Droits des femmes: quels enjeux en 2022 ? - Forum protestant

Droits des femmes: quels enjeux en 2022 ?

Si ces cinq dernières années ont été rythmées par des avancées encourageantes en matière de droits des femmes, le bilan global du combat contre les inégalités et les violences faites aux femmes demeure insuffisant. Quant aux candidats à la présidentielle 2022, ils semblent n’avoir que très inégalement saisi l’urgence du débat. Pourtant, des revendications pour une société plus égalitaire s’affirment et avec elles un engagement citoyen inédit. En dépit de répercussions parfois violentes, les luttes féministes s’imposent dans le débat public au moyen d’actions très diverses: engagement dans un parti, manifestations, collages de rue ou encore militantisme sur les réseaux sociaux.

Lire également les 5 premiers volets de notre série sur les déhats de la présidentielle: l’abstention, le vieillissement, la laïcité, les inégalités, l’écologie.

Quelles avancées pour les droits des femmes pendant le quinquennat?

Le bilan du quinquennat d’Emmanuel Macron pour l’égalité hommes-femmes est perçu comme mitigé alors même que le président avait déclaré au tout début de son mandat considérer cette lutte comme la «grande cause du quinquennat». En 2017, au cœur de la déferlante #MeToo, le contexte appelle à des mesures fortes: «portée par une nouvelle génération de militantes, soutenue par des féministes de longue date, la lutte contre le sexisme s’est déployée dans chaque sphère de la vie, pour mettre en lumière la violence machiste dans toute son amplitude. Jusqu’au sommet de l’État les autorités politiques se sont trouvées sommées d’agir». Malgré quelques progrès sociaux tels que l’élargissement de l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires ainsi que l’allongement du délai d’IVG de 12 à 14 semaines, la question des violences sexistes et sexuelles reste insuffisamment abordée alors que plus de 600 féminicides sont recensés de 2017 à 2022. Dans ce domaine, on note tout de même les avancées obtenues par le Grenelle des violences conjugales en 2019 avec l’ouverture de 1000 places d’hébergement et de logement temporaire pour des femmes victimes de violences étendue à 1000 places supplémentaires à l’horizon 2022. Il est par ailleurs reproché à la politique économique d’Emmanuel Macron d’avoir «fait des femmes les premières victimes du système».

Si l’on constate depuis #MeToo une augmentation des plaintes pour violences sexistes et sexuelles, la prise en charge des victimes semble souffrir de nettes insuffisances. C’est ce dont témoigne Emma Bougerol, appelant à une meilleure formation des policiers et gendarmes à cet égard.

Le 8 mars, dans le contexte très particulier des élections présidentielles, Le Monde passe en détail les revendications des manifestantes réunies à l’appel d’une soixantaine d’associations et de partis politiques (les candidats Yannick Jadot et Anne Hidalgo étaient présents dans le cortège) à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. Alors que la présidence d’Emmanuel Macron est décrite comme «cinq ans de perdus», les slogans évoquent tour à tour le scandale des féminicides («On ne nait pas femme mais on en meurt»), la récupération des combats féministes par l’extrême droite, les inégalités salariales ou encore le sexisme au travail.

Toujours le 8 mars, Libération relaie de son côté l’information choc de la Fondation des femmes affirmant que les inégalités femmes-hommes coûteraient entre 102 et 118 milliards d’euros par an à l’État. Justifiant la publication de ces données, Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation déclare: «On aimerait que le fait qu’il y ait autant d’abus dans les droits et d’atteintes à la dignité des citoyennes soit un argument suffisant pour que nos dirigeants réagissent. Mais puisqu’on n’a pas encore réussi à dégager les moyens nécessaires pour une politique ambitieuse de lutte contre les inégalités et les violences, on voit bien qu’il faut qu’on trouve d’autres arguments».

Quelle place pour les femmes à l’élection présidentielle?

Le début de l’année 2022 a été marqué par la création par le collectif MeTooPolitiques (lui-même lancé à l’automne 2021) d’un observatoire des violences sexistes et sexuelles dont l’objectif est de «recenser les violences commises dans le monde politique, soutenir et faciliter les actions visant à promouvoir la place des femmes dans la vie publique». Le collectif, composé de collaboratrices socialistes, écologistes et insoumises, «avait déjà demandé aux partis de faire en sorte que les personnes mises en cause pour violences sexistes et sexuelles ne figurent pas dans les équipes de campagnes et ne soient pas investies pour les législatives». Les accusations de violences sexistes et sexuelles éclaboussent en effet un nombre croissant de personnalités politiques. En janvier, trois candidats à la présidentielle étaient par ailleurs concernés par des affaires d’agressions sexuelles (Éric Zemmour, Jean Lassalle et François Asselineau). Dans Slate, Léa Lejeune désigne Emmanuel Macron  comme le «maître du féminisme washing». Elle rappelle certains propos étonnants de ce dernier, à propos du mouvement #MeToo, qui expliquait «qu’il ne souhaite pas passer d’une « société de l’oubli à une société de la délation généralisée », « où chaque rapport entre un homme et une femme devient suspect d’une domination »».

Pour Stéphane François, la deuxième candidate en lice au second tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen s’est quant à elle réapproprié le féminisme (un constat qui concernerait l’extrême droite de manière générale). On constate une récupération de certaines thématiques féministes: parmi les militantes RN, «toutes insistent sur l’insécurité (harcèlement de rue, agressions, violences, viols, etc.) dont sont victimes les femmes». La féminisation des partisanes est par ailleurs assez répandue, c’est le cas par exemple des porte-paroles de Génération identitaire, offrant au passage une image plus lisse au parti.

Dans le cadre de l’élection présidentielle, la revue féministe Causette a fait le point sur les engagements en faveur des droits des femmes des 12 candidats présents au premier tour. Sont détaillés les projets concernant la santé des femmes, l’égalité professionnelle et l’émancipation économique et enfin la lutte contre les violences faites aux femmes. Sur la question de la santé, Fabien Roussel, Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon figurent parmi les plus ambitieux, avec des propositions telles que la constitutionalisation du droit à l’IVG pour les candidats du PCF et de la France insoumise ou encore la gratuité de la contraception et la lutte contre les violences obstétricales pour la candidate PS. De son côté, Emmanuel Macron ne propose aucune mesure détaillée sur cette problématique alors que chez Marine Le Pen dominent les mesures natalistes et anti-avortement. Au regard des luttes contre les violences faites aux femmes, les deux candidats sélectionnés au second tour se voient attribués la mention «flou/passable» pour le premier et «pas ambitieux» pour la seconde.

Militantisme féministe et engagement politique féminin en 2022

Depuis quelques années, la France est traversée par un renouveau des mouvements féministes (propulsé notamment par le mouvement international #MeToo à partir de 2017) marqué par l’avènement de formes de militantisme politique elles aussi renouvelées.

Les femmes en politiques sont de plus en plus nombreuses, comme l’atteste cette étude de l’Observatoire des inégalités sur les mandats locaux, mais elles ne sont pour autant pas plus nombreuses aux postes de direction: «La place des femmes élues dans les instances régionales et départementales, où la règle de la parité s’applique aussi depuis 2013, est à peu près la même qu’au sein des autres structures locales. Logiquement, la moitié des conseillers départementaux sont des femmes en 2021, contre 13,8% en 2011 avant l’application de la loi sur la parité. Au niveau régional, de la même manière, on compte 48,6% de femmes conseillères en 2021, alors qu’elles n’étaient que 27,1% en 1998. La progression du nombre de conseillères au sein de ces instances ne s’est cependant pas traduite par une répartition paritaire au niveau des postes de direction: seuls 20% des départements sont présidés par une femme». Un plafond de verre toujours très réel, donc, même si la nouvelle génération des femmes qui s’engagent en politique, plus assurée et porteuse d’un message féministe, invite à l’optimisme.

Moins réjouissant, les plaintes pour propos misogynes ou pour harcèlement se multiplient chez les militantes politiques les plus exposées. Citant l’exemple d’Alice Coffin, Sandrine Rousseau ou encore Rokhaya Diallo, Titiou Lecoq affirme: «On construit aux femmes engagées une image médiatique de folles furieuses, on déforme leurs propos, on les traîne dans la boue. Même les hommes les plus odieux ne sont pas traités comme ça». Sur les réseaux, les militantes sont elles aussi particulièrement visées par ces attaques avec une augmentation des cas de cyberharcèlement. L’autrice et instagrameuse militante Elvire Duvelle-Charles aborde la question de la violence en ligne mais également celle de la récupération des discours féministes à des fins commerciales ou encore la censure exercée par les réseaux sociaux dès lors que le thème de la sexualité est abordé. Quant aux colleuses, ces féministes affichant sur les murs des villes des slogans dénonçant les violences faites aux femmes, elles sont elles-mêmes visées par des agressions d’une rare violence: «Plusieurs groupes rapportent avoir dû faire face à des insultes, des menaces ou des vols, mais on n’imaginait pas à quel point leurs actions pouvaient les mettre en danger».

Certaines insistent sur l’importance du choix des termes employés pour désigner les violences visant les femmes. Dans Le Club de Mediapart, une autrice féministe suggère de ne plus parler de «violences faites aux femmes», une expression qui met l’accent sur les victimes au lieu d’insister sur les agresseurs et leurs actes.  Elle analyse: «Non seulement, on qualifie mal les violences sexuelles qu’on minimise en « dérapages », « gestes déplacés », « drague lourde » ou « trop plein d’amour », mais il y a plus grave: on se refuse à nommer qui en est à l’origine.».

D’autres encore rêvent d’un futur plein de promesses où, bien loin des injonctions pesant sur les femmes à s’adapter aux dangers extérieurs, c’est l’espace public qui serait enfin adapté aux femmes.

 

Illustration: collage féministe à Rouen en septembre 2020, (photo Awkward Chester  CC-BY-SA-4.0).

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