«Sortons notre société de l’ingratitude»

Georgina Dufoix a été secrétaire d’État à l’Immigration puis ministre des Affaires sociales dans les gouvernements socialistes du début des années 1980. Lors de son intervention, qui a clos la 6Convention du Forum à Nîmes le 1er décembre, elle a profité de cette expérience pour rappeler l’importance et la « place » que peut prendre la société civile dans l’action politique. Mais aussi pour appeler, puisque l’on arrive à la «fin d’un temps», à modifier notre manière de nous voir et de voir ceux qui nous « font le cadeau » de nous demander de l’aide.

 

« Les mêmes problèmes qu’il y a 30 ans »

Il y a 30 ans, j’étais responsable de l’immigration et il y a trente ans, j’étais responsable du ministère des Affaires sociales avec un temps très important sur la pauvreté (1). Si c’était moi qui étais là aujourd’hui, je ferais quoi ? Je pense à l’accumulation des difficultés dont ont parlé Philippe Verseils, Marie Orcel, Christophe Deltombe et Éric Thimel. Je pense à chacun d’entre vous et je me dis : je ferais quoi si j’étais à cette place-là ? Il y a longtemps que je ne m’étais pas posé cette question et ce qui est assez impressionnant, c’est qu’au fond, les problèmes sont les mêmes. J’ai entendu les mêmes mots qu’il y a 30 ans, les mêmes … J’ai entendu les mêmes peurs du peuple français, j’ai entendu la même proposition de solution par le développement économique, j’ai entendu exactement les mêmes problèmes, les mêmes besoins de protection, la même insécurité … On n’a pas bougé depuis 30 ans ? Si, on a bougé. Mais les problèmes restent les mêmes par certains côtés. Par d’autres côtés, ils sont très différents : le phénomène d’échelle est très fort (en particulier pour l’immigration), la communication numérique fait que toute chose est beaucoup plus rapide, émotionnellement beaucoup plus forte, avec une réponse qui doit être vraiment très compliquée … Je plains les gens qui sont au gouvernement aujourd’hui ! Parce que quand on gouverne aujourd’hui, avec ces nouvelles luttes inédites bien-sûr, importantes bien-sûr … comment faire face ? Quand je vois combien c’était difficile pour moi, j’imagine combien c’est difficile pour eux. Je suis de tout cœur avec eux même quand je ne suis pas d’accord avec eux …

 

De la Marche des beurs à la carte de 10 ans, le « miracle » de 1983-84

D’abord un témoignage sur le temps qui a été le mien au gouvernement et qui a bénéficié du travail fait avec la Cimade. Parmi les sujets que j’ai pu traiter et que j’ai pu résoudre, il y en a un qui s’appelle la carte de 10 ans des travailleurs immigrés. Aujourd’hui, la carte de 10 ans vous semble normale. À l’époque, il fallait très régulièrement retourner à la Préfecture pour montrer où l’on habitait et ce que l’on faisait. J’ai pu faire voter à l’unanimité du Parlement la carte de 10 ans des travailleurs immigrés (2). C’était une sorte de miracle. Pourquoi ce miracle ? Parce qu’il y avait eu avant une Marche des beurs (3), dans un moment où la colère contre le monde maghrébin était énorme, pire qu’aujourd’hui peut-être parce qu’elle était ciblée non pas sur tous les migrants mais précisément sur les maghrébins. La Marche des beurs est partie de Marseille, elle est arrivée à Paris avec entre autres Costil et Delorme (4) et j’étais en responsabilité de ça, j’étais secrétaire d’État à l’Immigration et le président de la République m’avait dit : « Si il y a la moindre histoire, il n’y aura pas la carte de 10 ans » … Il faisait froid, c’était un jour de décembre, on se gelait, on a accueilli cette énorme manifestation sans drame … C’était une sorte de miracle. Il n’y avait pas le téléphone portable à l’époque mais on avait des amis qui étaient à l’Élysée et on se téléphonait. Et j’ai su que le président de la République était d’accord pour que je puisse annoncer la carte de 10 ans des travailleurs immigrés … Ça me fait encore pleurer ! Quand vous voyez cette masse de gens qui étaient là, un froid pelard, et un risque de leur dire : « Non, ça ne marche pas » … Le risque était réel. Et François Mitterrand décide : « Il n’y a pas eu d’histoire, vous pouvez y aller » … Vous n’imaginez pas à quel point j’étais inquiète de penser que peut-être il allait falloir dire non … Je dois la possibilité de le faire à un homme qui s’appelait Roby Bois (5) et qui était secrétaire général de la Cimade. Si Roby n’avait pas fait son boulot, s’il n’avait pas rassemblé des quantités d’associations qui voulaient la carte de 10 ans pour les travailleurs immigrés … Il a travaillé des mois et des mois et puis après ça, je m’en souviendrai toujours, il est venu me voir en me disant : « Madame la ministre, il faut faire ça ». Moi, je me suis dit : « Il est fou, on n’y arrivera jamais ! » On y est arrivé et on a fait voter la loi sur la carte de 10 ans à l’unanimité du Parlement ! Alors qu’avant cela, il y avait eu des élections municipales (6) avec une violence contre l’immigration maghrébine à mon avis plus forte que ce que nous connaissons aujourd’hui. On doit ce retournement à quoi ? À la société civile, à un bonhomme appelé Roby Bois qui a pris son bâton de pèlerin et qui a eu l’intelligence de rassembler autour de lui un certain nombre de gens et d’aller jusqu’au bout avec beaucoup d’intelligence, de finesse, de subtilité et tout ce que vous pouvez imaginer. Quelqu’un ici a dit : « Les politiques sont couards » … Je me suis dit : « Il n’a pas tort mais en même temps, il ne se rend pas compte qu’il y a une marge de manœuvre énorme ! » Et cette marge de manœuvre dépend de la société civile, elle ne dépend pas des politiques ! Elle dépend de la société civile et de sa qualité ou de sa capacité à se réunir et à proposer. Et ça, je l’ai expérimenté d’une façon précise. J’étais autant couarde que ceux-ci sont couards ! Mais il a fallu un bonhomme et il a fallu un moment.

 

De la nouvelle pauvreté en 1984 au RMI en 1988

Même chose pour la pauvreté. Il y a eu un temps politique extrêmement actif, en octobre 1984, où on a dit : « Ces socialistes sont des salauds, tout ce qu’ils ont fait est épouvantable : à cause d’eux, une nouvelle pauvreté est en train de naitre ». Vrai, faux ? Ça ne fait rien. Il y a eu une émotion collective très forte à l’Assemblée nationale mais surtout dans le peuple de France … Il ne faut pas croire que le peuple de France s’en fichait qu’il y ait une nouvelle pauvreté ! Elle était là, cette nouvelle pauvreté ! Alors Laurent Fabius, qui est premier ministre à l’époque, décide de mettre 500 millions de francs sur la ligne budgétaire 47.21 du ministère des Affaires sociales, qui était uniquement destinée aux secours aux plus défavorisés. Et je me retrouve, ministre des Affaires sociales, avec une ligne budgétaire abondée de 500 millions de francs … À part dire merci, il y a pas grand chose à faire ! Et comment fait-on, dans ces cas-là ? Eh-bien c’est de nouveau la société civile qui a été pour moi un acteur essentiel. J’ai réuni des gens qui ne s’aimaient pas beaucoup : l’abbé Pierre, Wresinski (7), le Secours Catholique, le Secours Populaire … et probablement un ou deux autres. Mais rien que ceux-là, je peux vous garantir qu’ils ne se voyaient pas souvent et qu’ils ne s’appréciaient pas beaucoup ! On a fait un repas très bien, très sympathique … À la sortie du repas, je leur ai dit : « Écoutez, j’ai 500 millions de francs mais je ne vais pas les mettre sur la table comme ça. Donc : ou vous vous entendez et on fait un travail collectif, ou vous ne vous entendez pas et, malheureusement, je serai obligée de jouer de l’autorité de l’État ». Ils ont fait un boulot formidable et je voudrais rendre hommage à un homme qui s’appelle René Bosc et qui en a profité pour créer l’Entraide protestante (8) qui n’existait pas préalablement. René Bosc et Bernard Rodenstein (9) ont décidé de créer pour toutes ces petites associations protestantes une association-chapeau capable de recevoir la subvention à laquelle elles avaient droit. Donc on s’est retrouvés avec le Secours Catholique, l’Entraide Protestante et les autres et en fonction des besoins, on a réparti les crédits. Mais j’ai dit : « J’abonde vos lignes budgétaires à une condition : si dans un an vous avez utilisé cet argent pour créer des emplois qui peut-être ne seront pas pérennes, si dans un an vous n’avez pas donné cet argent … je suis désolée, il n’y aura plus rien ensuite ! » Et je me souviens encore de Mitterrand qui m’a dit : « Vous êtes capable de tenir votre promesse ? » J’ai dit : « Absolument, je suis capable de tenir ma promesse ! S’ils ne jouent pas juste, je ne jouerai pas juste non plus » … Il m’a dit : « Vous êtes sûre que vous êtes capable de tenir ? » « Cent pour cent, président. » « Ah mais vous êtes finalement assez protestante … » Et donc ça s’est vraiment très bien passé. Cette ligne budgétaire 47.21 a été reconduite, elle est devenue beaucoup plus large et c’est elle qui a servi ensuite lors de la création du Revenu minimum d’insertion. C’est avec Michel Rocard comme premier ministre que j’ai déposé le projet de loi du revenu minimum d’insertion. Après ça, j’ai quitté le gouvernement parce que j’ai été battue ici à Nîmes et c’est Claude Évin qui a fait la loi (10). Moi, je souhaitais l’insertion dès le début … Je souhaitais dès le début qu’on puisse sortir des gens de la misère et qu’on leur demande quelque chose qui équilibrait ou qui participait à la vie commune … C’était mon idée à cette époque-là mais ça n’a pas marché.

 

« Nous sommes dans un temps où l’ingratitude est devenue la règle »

Je voulais vous raconter ces histoires-là parce qu’elles vous disent qu’en tant que société civile, vous avez une très importante action à jouer et que vous avez la place de le faire. Vous ne vous rendez pas compte à quel point cette place existe, elle est considérable, même sur la ville de Nîmes ! Il y a beaucoup de place, à condition qu’on ait une stratégie assez constructive et qu’il y ait tout le monde en même temps. Et puis une stratégie constructive pour des politiques qui, bien-sûr, ne sont pas très courageux … C’est possible ! Mais quand on leur propose une solution, ils sont bien contents ! Il y a une place beaucoup plus grande que vous ne le croyez. Pas pour pleurnicher, pas pour critiquer … mais pour avancer ! Et avancer ensemble …

Aujourd’hui, si j’avais à refaire le même job, devant les mêmes circonstances, je le ferais dans un autre état d’esprit. Ça ne serait pas le même. Alors vous direz : « Oui, Georgina, elle a changé ». Oui, Georgina a changé. Qu’est-ce qui lui est arrivé ? Il lui est arrivé la présence de Christ dans son bureau et ça a changé toute ma vie. Et qu’est-ce que je vois dans l’Évangile ? Je m’aperçois que quand on pense à la pauvreté ou quand on pense à l’action collective, on tombe sur des phrases qui sont absolument laïques, qui sont la règle d’or : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le de même pour eux. De là découlent la loi et les prophètes » (Matthieu 7,12). Ce n’est pas important, ça ? C’est absolument essentiel ! C’est central ! Quand Jésus, le juif Jésus dans une société juive, dit : « De là découlent la loi et les prophètes », ça a beaucoup d’importance, c’est essentiel, c’est crucial, c’est central … Donc, je vois dans l’histoire de Jésus des choses parfaitement laïques et valables universellement. Ça nous donne un énorme élan, ça nous donne une énorme envie d’agir ! Parce qu’il y a beaucoup de choses qu’on a envie qu’on fasse pour nous.

Et je crois qu’aujourd’hui, nous sommes à la fin d’un temps dans lequel il y a eu des règles, pas toujours mauvaises mais qui ont fait leur temps. La solidarité de l’après-guerre, aussi belle soit-elle, arrive à des limites. Aussi belle soit-elle, cette solidarité qui nous a construits tous autant qu’on est ici, quel que soit notre âge, cette solidarité arrive à des limites parce que maintenant on trouve normal d’être soignés correctement (même si malheureusement tout le monde ne l’est pas) … On trouve normal d’avoir un hôpital de très bonne qualité. Tout ça, c’est de l’acquis. Et pourtant, ça ne l’est pas vraiment parce qu’on est dans un moment où tout va changer. Sur quoi construire un temps nouveau ? Sur quelles bases ? On peut aller chercher des bases écologiques, elles sont bien nécessaires. On peut aller chercher des bases familiales, elles sont bien nécessaires : la fragilité de la famille est certainement une des choses qui entrainent la fragilité du tissu social et la fragilité de beaucoup d’êtres humains. On peut aller dans beaucoup de domaines. Néanmoins je crois que, dans la profondeur des choses et dans l’état d’esprit individuel qui va rejaillir sur le collectif, on a une première action à mener qui est de comprendre à quel point nous sommes dans l’ingratitude. Olivier Abel a titré son article dans Réforme : Sortons notre société du mépris (11). Moi j’aimerais dire : sortons notre société de l’ingratitude. On est complètement ingrats ! On trouve normal d’être bien habillés et d’avoir chaud, normal de manger à notre faim, normal d’avoir un toit sur la tête … Il y a tous ces gens en difficulté et on trouve normal d’aller les aider … Mais, ce n’est pas si normal que ça. Nous sommes dans un temps où l’ingratitude est devenue la règle …

Ma proposition est de comprendre qu’un être humain, individuellement et profondément, ne vit pas sans gratitude. La gratitude, ça n’est pas un sentiment (comme la bienveillance). Ça n’est pas un état de pensée (comme la pensée positive) … C’est un état intérieur, c’est la couleur de notre état intérieur. Je pense à Jean-Yves Orcel qui illumine les Arènes : quand les Arènes sont illuminées, il n’y a pas la même attirance que quand elles ne le sont pas. Et c’est vrai pour notre vie en règle générale. Nous avons été programmés par un Dieu (que je crois tout puissant) pour être des êtres de louange, des êtres de gratitude, des êtres de remerciement. Plusieurs paroles de l’Ancien Testament le disent : « Le vivant, c’est celui qui le loue » (prière d’Ezékias, Esaïe 38,19). C’est lorsqu’on est vraiment vivants qu’on est capables de louer, de dire : « C’est formidable ce que je vis ». C’est valable pour le croyant mais pour le non-croyant, la gratitude est également quelque chose qui transforme sa vie. Si vous regardez un très beau coucher de soleil, vous pouvez être dans l’émotion, dans l’émotion esthétique … mais passez immédiatement dans la reconnaissance et vous verrez : vous serez beaucoup plus vivant. Expérimentez-le, ne me croyez pas sur parole ! La gratitude est, je pense, le fondement de la joie sur la terre, le fondement de notre vie. On peut se demander en quoi être reconnaissants quand on voit toutes les difficultés que chacun d’entre nous a dans sa vie et que collectivement on trouve aussi fortes ? Moi, je vous propose trois directions.

 

3 directions pour sortir de l’ingratitude

La première direction, c’est de réaliser personnellement, intimement, profondément, individuellement, la richesse de ce que nous sommes. Et au lieu de se dire : « Oui mais je pourrais être plus gros, plus maigre, plus jeune, plus vieux … avoir des yeux bleux ou des yeux verts » … être simplement reconnaissants. Reconnaissants de ce que vous êtes, aujourd’hui. Essayez et vous verrez, vous ne serez pas la même personne : la gratitude nous transforme. Réaliser, collectivement, ce que nous serions si, au lieu d’avoir Emmanuel Macron, avec ses qualités et ses défauts, nous avions Donald Trump … C’est dans le domaine du possible, non ? Eh-bien on ne l’a pas ! Je ne vous dis pas que tout est parfait chez Emmanuel Macron mais il n’est pas Donald Trump. On peut être reconnaissant, y compris de choses comme celle-là.

La gratitude à l’égard de nous-mêmes, de qui nous sommes aujourd’hui mais aussi la gratitude à l’égard de celui qui arrive : la gratitude à l’égard du migrant, c’est la deuxième direction. La gratitude à l’égard de celui qui est en difficulté et qui nous donne la possibilité de donner. Quelqu’un qui vient à vous et qui est en difficulté et que vous pouvez aider à aller mieux, c’est à vous d’abord qu’il fait du bien. Il y a beaucoup plus de joie à donner qu’à recevoir. Je ne dis pas ça pour faire comme la Bible, je le dis parce que je l’ai expérimenté des milliers de fois : quand vous aidez quelqu’un, vous donnez. Vous donnez de votre temps, vous donnez de votre argent, vous donnez beaucoup de choses, vous donnez ! Donc vous pouvez être reconnaissants d’avoir à donner. Même si parfois c’est épuisant, même si c’est terriblement compliqué et difficile. Néanmoins, quelle chance vous avez de pouvoir, à un moment donné, donner … Quelqu’un vient à vous et vous demande de l’aider … qui fait le cadeau ? Vraiment, sérieusement : qui fait le cadeau ? C’est la personne qui vous le demande : vous l’avez tous vécu des centaines de fois. Combien vous avez été contents quand vous avez pu aider quelqu’un à sortir de la difficulté … c’est vrai ou ça n’est pas vrai ? Je crois que c’est vrai pour chacun d’entre nous.

Alors on peut penser : « Oui mais les gens que je vais aider, les gens que je vais peut-être sortir de la difficulté, eux ne seront pas reconnaissants » … La troisième direction, c’est de se dire : « Qu’est-ce que ça fait ? Ça n’est pas important ! » Il y en aura qui seront reconnaissants, il y en aura qui ne seront pas reconnaissants. Tout le monde ne sera pas reconnaissant, ça c’est clair ! Les familles syriennes que l’on accueille nous rendent service à nous, c’est à nous qu’elles font le cadeau d’être chez nous. S’il y en a une qui le transforme en reconnaissance et pas l’autre … et alors ? On a le même bénéfice, on a la même joie, on a le même sentiment très positif en nous. C’est ce changement de l’imaginaire qui nous fait changer de regard sur nous-mêmes, changer de regard sur l’autre, celui qui est un peu compliqué, qui est un peu difficile, qui me demande de me lever un peu plus tôt le matin. Demandez à Philippe Verseils, Marie Orcel ou Éric Thimel le nombre de fois où ils doivent recevoir des gens … et puis ça ne marche pas. C’est difficile : ils ne font pas exactement ce qu’ils voudraient ou ce qu’ils pourraient. Et alors ? Ils ont fait ce qu’ils pouvaient et, en ça, c’est positif, de ça on peut avoir de la gratitude.

Donc, si j’ai un changement d’imaginaire à vous proposer, c’est un changement d’imaginaire dans lequel vous intégrez l’état intérieur de gratitude qui n’est ni un sentiment, ni une pensée positive, qui est un état intérieur, une couleur intérieure, une lumière intérieure, sur tout ce que vous vivez, y compris les choses difficiles. Si vous y arrivez, eh-bien on va d’abord se changer soi-même, et puis changer les copains autour de nous, et puis petit à petit et de fil en aiguille et d’aiguille en fil, on changera un petit peu la société, ce qui après tout est notre espérance.

 

(1) Georgina Dufoix est d’abord secrétaire d’État à la Famille dans les gouvernements Mauroy 1 et 2 de mai 1981 à mars 1983 puis est chargée en plus de la Population et des Travailleurs immigrés dans le dernier gouvernement Mauroy de mars 1983 à juillet 1984. Elle devient ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale dans le gouvernement Fabius de juillet 1984 à mars 1986.

(2) La loi 84-622 du 17 juillet 1984 relative aux étrangers séjournant en France et aux titres uniques de séjour et de travail précise les conditions pour bénéficier d’une carte de séjour temporaire et d’une carte de résident dont l’article 16 énonce qu’elle est « valable pour dix ans » et « renouvelée de plein droit ».

(3) Après les affrontements de l’été 1983 dans le quartier des Minguettes à Vénissieux et moins d’un mois après la victoire de la liste RPR-FN à Dreux, la Marche pour l’égalité et contre le racisme part de Marseille le 15  octobre avec des militants des Minguettes et arrive à Paris avec une centaine de milliers de personnes le 3 décembre.

(4) Le pasteur Jean Costil, alors délégué de la Cimade à Lyon, et le père Christian Delorme, curé des Minguettes, sont deux des initiateurs de la Marche pour l’égalité et contre le racisme. On peut lire le récit qu’en fait Jean Costil en 2013 sur le Journal Officiel des Banlieues à l’occasion de la sortie du film La marche.

(5) Roby Bois (1926-2009), fils de pasteur et petit-fils du théologien Henri Bois, est d’abord pasteur 10 ans en Algérie de 1949 à 1959. Spécialiste de l’immigration algérienne en France, il est secrétaire général de la Cimade de 1973 à 1984.

(6) Six ans après le raz de marée de gauche de 1977, les élections municipales des 6 et 13 mars 1983 sont marquées par une vague plus mesurée en sens contraire, favorisée par les difficultés de la gauche au pouvoir qui perd 31 villes de plus de 30 000 habitants. Le PS perd entre autres Grenoble, Avignon, Brest et Nantes, le PCF Saint-Étienne, Nîmes, Béziers et Sète. Battue de quelques voix à Dreux, une liste d’union RPR-FN bénéficie d’une annulation et l’emporte lors d’une nouvelle élection en septembre suivant, marquant la véritable entrée du Front National sur la scène politique nationale.

(7) Le père Joseph Wresinski (1917-1988), fils d’immigrés polonais et espagnols passé par la JOC, fonde en 1957 le mouvement ATD-Quart monde pour venir en aide aux familles des cités d’urgence puis lutter contre toutes les formes d’extrême pauvreté.

(8) La Fédération de l’Entraide protestante nait comme Entraide protestante fédération nationale (EPfn) en 1984, fusionne avec la Fédération protestante des œuvres (ex-Fédération des institutions chrétiennes) en 1992 et s’associe à la Fédération des œuvres évangéliques en 1994.

(9) Bernard Rodenstein a fondé à Colmar en 1973 l’association Espoir qu’il a présidée jusqu’en 2019.

(10) Nommée ministre déléguée à la Famille, aux droits de la Femme, à la Solidarité et aux Rapatriés en mai 1988 à la suite de la réélection de François Mitterrand, Georgina Dufoix doit démissionner en juin après avoir été battue aux législatives à Nîmes par Jean Bousquet. C’est donc son successeur Claude Évin qui fait voter, à la quasi-unanimité, la loi créant le Revenu minimum d’insertion (RMI) le 1er décembre suivant. Géré depuis 2003 par les départements (mais toujours versé par les Caisses d’allocations familiales et de MSA), le RMI a été transformé en 2009 en RSA (revenu de solidarité active).

(11) Sixième article de la série liée à la 6Convention du Forum dans Réforme du 28 novembre 2018.

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