Guy Bottinelli, une pastorale populaire - Forum protestant

Guy Bottinelli, une pastorale populaire

Guy Bottinelli, pasteur de l’Église réformée, reinvente à partir des années 1960 la présence protestante dans le monde du travail français: Équipes ouvrières, Mission dans l’industrie, entreprises d’insertions… Sa pastorale est aussi une méthode d’action et de réflexion où évangélisation et éducation populaire sont les deux faces d’une même pièce.

Article publié dans le dossier ‘Le travail, entre contrainte économique et vocation’ du numéro 2021/1-2 de Foi&Vie.

 

Leurs prières concernent leur métier…

Tous ces gens-là

Peuvent compter sur leurs mains.

Chacun est habile dans son métier.

Sans eux,

aucune ville ne pourrait être construite,

on ne pourrait pas l’habiter,

ni se promener dans ses rues.

Mais au conseil de la ville,

personne ne demande leur avis.

Dans l’assemblée

ils n’occupent pas les places d’honneur.

Ils ne s’assoient pas sur le siège du juge,

ils ne comprennent rien à la loi ni au droit.

Ils ne sont pas brillants

dans le domaine de l’éducation ou des lois.

Ils ne font pas partie de ceux qui inventent des proverbes

mais ils maintiennent ce qui a été créé pour toujours,

et leurs prières concernent leur métier. (1)

 

Un enfant du peuple

Guy Bottinelli (1922-2018) était un enfant du peuple, «de naissance et de reconnaissance» (2)

Ses parents étaient italiens, immigrés en France. Gamin, il vivait dans le 15e arrondissement de Paris, alors ouvrier et pauvre. De cette période, il disait: «Pour parler comme Georges Charpak, tout m’a manqué sauf la tendresse…».

Protestante, sa mère voulut pour son fils une instruction religieuse. Elle l’envoya au Foyer évangélique de Grenelle. Ce fut là «qu’il commença sa réflexion sur le sens de la vie, et que naquit en lui l’aspiration à un monde meilleur débouchant plus tard sur une vocation pastorale» (3).

Il se présentait lui-même comme un fils de l’immigration, avec une forte volonté d’intégration. Il découvrit le christianisme social et l’injustice tout en même temps, fit le choix d’un ministère pastoral auprès du peuple, ce qui le mena, du Foyer du peuple (4) à la Mission populaire à Nantes (1949), à la Mission dans l’Industrie à Lyon (1983) en passant par les Équipes ouvrières protestantes (EOP) à Montbéliard (1963).

«Qu’est-ce que Guy Bottinelli, au cours de son ministère au service du protestantisme français, a apporté aux personnes et aux groupes désireux de mettre en accord l’évangile de leurs convictions et la réalité de leurs actes en société?» (5) Question de Jean-Pierre Molina, compagnon de route et bibliste hors pair qui, longtemps, marcha à ses côtés. Réponse: «L’attention au monde du travail, avec un a priori de sympathie envers les travailleurs subalternes» (6).

Un pasteur qui, d’un engagement précis dans une population donnée, a su tirer des enseignements généraux. Dit avec un langage théologiquement codé, l’option préférentielle pour les pauvres (7), telle qu’elle a été pratiquée par Guy Bottinelli, l’a mené à l’universel. Une sorte d’éducation populaire mâtinée d’Évangile qui, au fil des ans, forgea des principes pertinents dans tous les milieux sociaux.

 

Une pensée? Non, une pastorale…

Ils sont rares les universitaires dont les travaux apparaissent dans les écrits de Guy Bottinelli. S’il savait puiser chez eux, de Marie-Dominique Chenu (8) à Fernand Braudel (9), de Michaël Novak (10) à Amartya Sen (11), s’il lisait continûment des revues, et parmi les plus prestigieuses (12) dans son secteur de prédilection, il ne visait pas le savoir encyclopédique sur tel ou tel problème. Avec le père Lebret, fondateur en 1943 de la revue Économie et Humanisme, il considérait que ce qui est scientifique, c’est d’impliquer les gens dans le processus de connaissance.

Guy Bottinelli était donc pasteur, avant d’être penseur. Il fabriquait ce que le théologien Stéphane Lavignotte appelle aujourd’hui une éthique embarquée (13). Au plus près des gens et des contraintes économiques: «Une éthique qui se refuse à se penser ‘volant’ au-dessus des personnes et des situations mais ‘voguant’ dans les barques humaines complexes, contradictoires, agitées, attachant de l’importance aux sentiments et au vécu des personnes» (14).

C’est d’une pastorale particulière qu’il est question ici, une pastorale populaire. Pour le dire avec les mots des Équipes ouvrières protestantes, il «s’est agi d’aborder le monde du travail par la catégorie sociale la plus assujettie aux fins de mois difficiles, car l’Évangile est prioritairement adressé aux moins favorisés» (15). Ce qui n’empêchait nullement Guy Bottinelli de cheminer avec des cadres et dirigeants. Plus même, il disait «admirer les entrepreneurs» et nombre de chefs d’entreprise avaient une évidente considération pour le pasteur Bottinelli qui, lui, «ne parlait pas à la place des gens».

«Il a porté inlassablement cette conviction: avant de prêcher aux travailleurs il faut les écouter. C’est bon pour les gens, c’est bon pour la prédication aussi» (16). Guy Bottinelli pratiquait assidûment la visite pastorale.

Et il prêchait. Pas tant lors des cultes, qu’à l’occasion de conférences, de réunions, de ce qu’il appelait à Lyon ses Méditations sociales. À mi-chemin entre l’analyse et la prédication… des réflexions partagées. Mieux que d’autres, il savait exposer les paradoxes d’une situation, poser les contradictions, faire apparaître les équilibres instables à maintenir. Il avait le goût de la formule qui éclaire la situation sans la réduire. C’était vrai en matière économique, ça l’était en matière spirituelle. «Je ne te demande rien, mais j’attends tout de toi», priait-il à la fin de sa vie.

Entrer dans cette pastorale par le vécu populaire, c’était immanquablement se colleter avec les problèmes économiques:

«Il fallut bien affronter des questions comme le besoin d’une hiérarchie dans l’entreprise ou la fonction du propriétaire. La curiosité n’ayant pas de limite quand il s’agit du revenu et donc du pouvoir d’achat, des salariés voulaient savoir comment le patron gérait la concurrence ou les investissements : où trouver l’argent ? Bref, ce sont les secrets de l’économie qui pointaient les règles d’un jeu qu’on n’avait pas appris à l’école» (17).

C’est la mise en place dans les années 1970 de la Mission dans l’Industrie (18) d’abord dans le pays de Montbéliard, puis à Paris, à Strasbourg, et enfin à Lyon. L’on y prenait au sérieux les contraintes de la production et les enjeux de la consommation, bref «la réalité économique… sans laquelle la politique reste un jeu pour enfant capricieux. Le jeu du ‘Y’a qu’à’…» (19).

Dans ce cadre, il organisait des visites d’entreprise pour ceux et celles qui jamais ne pouvaient pénétrer une usine, ou bien ne connaissaient que la leur. Les techniciens et cadres devinrent alors un maillon incontournable dans la pastorale de Guy Bottinelli. Il monta des cycles de réflexion avec des ingénieurs qui, dépassant le cadre national, furent «à l’origine de la Société coopérative œcuménique de développement (SCOD) devenue Oikocrédit qui continue de prospérer 40 ans après» (20).

Plateforme de réflexion et de formation, la Mission dans l’Industrie appliquait une règle d’airain qui orienta toute la vie ministérielle de Guy Bottinelli: c’est avec des personnes directement concernées par les questions débattues qu’on réfléchit avec le plus de profit.

 

Arthur Rich, source d’inspiration

Il me faut noter une référence particulière dans le parcours de Guy Bottinelli, celle d’Arthur Rich (21), cité à de multiples reprises après 1994 (date de la traduction en français de Éthique économique, «une somme magistrale» (22)). Théologien protestant suisse alémanique, «insuffisamment connu en France» (23), Rich a consacré sa vie à éclairer les enjeux de société. Il répond aux interrogations sur le lien entre les convictions évangéliques et la pratique économique, en dépassant la dissociation entre le collectif et l’individuel. Il est impossible de s’inspirer à la lettre des textes bibliques. La foi, l’espérance et l’amour «ne sont pas l’apanage des chrétiens, mais des catégories fondamentales de l’existence» (24). Pour être opérationnelle, l’éthique sociale, basée sur ces trois catégories fondamentales, doit se décliner dans le relatif.

Et de raconter, à la suite de Paul Ricœur, la parabole du passager d’un train qui regarde par la fenêtre:

«Sous ses yeux le paysage défile mais pas à la même allure. Il y a le lointain, quasiment immobile: c’est le ‘fondement immuable’ de l’amour de Dieu à traduire en ‘foi, espérance et amour’. Puis il y a des plans intermédiaires, à quelques kilomètres qui bougent lentement : ce sont des ‘normes relatives’ à une certitude fondatrice, la dimension communautaire, le respect de la création, le jeu concurrence et régulation, l’efficience de la production, etc. Ce sont des ‘critères qui rendent justice à l’humain’. Enfin, il y a ce qui est le long de la voie et qui défile à toute vitesse, change constamment, réapparaît, disparaît : le montant des revenus, la protection sociale, la hiérarchie dans le travail, les circuits de distribution, les appétits de consommation. Ce sont des ‘maximes opératoires’ qui cherchent à ‘harmoniser la conviction et la réalité’.» (25)

 

Mais… «y a-t-il encore des ouvriers?»

«Y a-t-il encore des ouvriers?» La question, souvent posée en des termes aussi abrupts, a accompagné Guy Bottinelli tout au long de son ministère (26). Non que lui-même ait douté un instant de l’existence d’un peuple. Fils d’un maçon immigré, il était bien placé pour ne pas se poser la question, mais l’interrogation lui était constamment adressée : n’avait-il pas une vision passéiste de la société, ou bien ouvriériste sectaire? En lui posant la question, certains remettaient en cause son ministère. D’autres voulaient simplement comprendre les évolutions du milieu populaire. Sagement, il ouvrait ses relations pastorales bien au-delà des seuls cercles populaires.

Pour Guy Bottinelli, l’interrogation n’était pas simplement sociologique. Elle était fondatrice: «Le monde ouvrier est absent des Églises: comment pouvons-nous manifester le message évangélique dans ce milieu qui nous échappe?» (27). Au fil des soixante-cinq années de son activité (1950-2015, date de son dernier article sur le sujet (28)), Guy Bottinelli a posé des balises, tant pour se repérer lui-même que pour accompagner le réseau au sein duquel il exerçait. Il souhaitait ainsi à la fois informer le monde des Églises et être fidèle à la réalité populaire: être compris à la fois des clercs et du peuple.

Il serait fastidieux de citer tous les textes en ma possession, qui ont ponctué le ministère pastoral de Guy Bottinelli. Le premier, à ma connaissance, se situe en 1969: «Nous constatons que nos Églises ont une certaine difficulté à comprendre les problèmes du monde ouvrier. Beaucoup pensent que la classe ouvrière n’existe plus et que l’exploitation économique de l’homme est en voie de disparition» (29). Le dernier en 2015: «Nous sommes aujourd’hui dans une nouvelle ère de l’économie mondialisée où la recherche d’un profit immédiat exige la mobilité, donc une certaine précarité chez les travailleurs… ces défis provoquent les Églises à mettre en œuvre leur imagination créatrice» (30).

Étonnante constance… pour celui qui a su travailler avec des cadres comme avec des exécutants tout au long de son ministère.

 

Le peuple c’est qui? En sortir et s’en sortir…

Pour Guy Bottinelli, parler du peuple et parler au peuple était de l’ordre de la fidélité. À l’Évangile et au peuple.

Le peuple, c’est qui?

«Ce sont les gens ordinaires, de condition modeste qui dans leur vie sociale et professionnelle exécutent et ne décident pas, répètent les mêmes gestes, les mêmes fonctions, bénéficient de petites promotions, sont bloqués au rez-de-chaussée de l’ascenseur social, n’ont pas réussi à faire des études en demeurant au mieux au niveau du bac, ne commandent à personne, sentent le poids des ans dès 50 ans (surtout quand on est chômeur), mangent leur salaire en loyer, nourriture, vêtement, transport et quelques loisirs, voient fondre leurs réserves dès qu’un obstacle un peu sérieux perturbe le train-train quotidien (santé, séparation du couple, renouvellement de la voiture, etc.).» (31)

La France est composée de groupes sociaux divers dont la majorité est constituée de familles d’employés et d’ouvriers, de gens d’exécution : ils composent bon an mal an la moitié de la population active (15 millions de personnes en 2020, sur une population active de 29 millions), soit une bonne moitié de la population totale. Ils se situent au bas de l’échelle sociale, ne tirent généralement qu’un faible revenu de leur travail (32) et sont les moins bien armés pour résister au moindre choc économique.

Seuls les observateurs superficiels pouvaient penser ces dernières années que le peuple avait disparu… C’est de leurs écrans qu’il avait disparu, pas de la réalité du pays. Le mouvement des Gilets jaunes en 2018 ou la reconnaissance des métiers de deuxième ligne à l’occasion des confinements de 2020 le montrent abondamment. En 2015, Guy Bottinelli notait qu’il existe une France périphérique, fragile et populaire où se creusent les inégalités…

«Il s’agit d’un ensemble hétérogène d’ouvriers, d’employés, de déclassés qui transcende les barrières ethniques et générationnelles. Les élites ont vite fait de dénoncer le populisme en faisant l’économie du diagnostic de cette protestation populaire qui aura tout intérêt à récupérer les valeurs traditionnelles de la classe ouvrière (internationalisme, solidarité, sens du collectif) pour ne pas tomber dans l’escarcelle de l’extrême droite» (33).

La caractéristique culturelle principale du monde ouvrier?

«Si l’on compare avec d’autres catégories sociales, le vouloir s’en sortir est certainement le caractère le plus homogénéisant du monde ouvrier. La condition ouvrière est vécue comme inférieure… indépendamment de la qualification professionnelle ou du goût pour le métier» (34).

 

«The economy, stupid!» ou «les puissances célestes»

L’expression en anglais est d’un conseiller de Bill Clinton alors candidat à la présidence des États-Unis (1992), la citation biblique de l’apôtre Paul.

Face à un concurrent qui dissertait sur la politique étrangère, il fallait signifier qu’avec Clinton, fils du peuple, l’emploi et le revenu, donc la situation économique, comptaient en premier lieu.

Clin d’œil américain à celui qui a toujours refusé gentiment mes sollicitations pour venir à mes côtés accompagner des groupes des Équipes ouvrières protestantes visiter les États-Unis. Guy Bottinelli n’en voyait pas vraiment l’intérêt, sans doute au vu de la dépense. Ou bien trop loin des préoccupations populaires?

Avant beaucoup, dans les milieux politiques, associatifs et ecclésiastiques, Guy Bottinelli se préoccupait de l’économique. Non seulement des conséquences du système socio-économique sur la vie des gens, mais aussi des conditions de production de la richesse. Il arrivait à entendre ce que les gens vivaient au travail ou au chômage et, en même temps, à comprendre les contraintes des organisations du travail productif.

Il racontait, avec humour, cette anecdote. D’une femme d’ouvrier à qui il disait qu’il fallait intégrer les données économiques dans les réflexions sociales pour préparer un avenir meilleur, il entendit la réponse: «Oui, vous avez raison, pasteur, pour préparer l’avenir il faut faire des économies…».

En 2006, à la pressante demande de ses amis et de la presse protestante, il a rédigé Non à la fatalité du tout économique (35), petit ouvrage d’éthique économique fort complet. S’il faut dire non au tout économique, écrit Guy Bottinelli, c’est afin de retrouver une place pour l’homme dans le système économique et de refuser de transformer en «puissances célestes» (36) ce qui est le fruit de décisions humaines: «La dynamique de l’économie capitaliste, système producteur de richesses et d’inégalités le plus performant, a engendré une attitude fataliste chez la plupart de nos contemporains» (37). Fatalité laissant la part belle à une sorte de tyrannie au pouvoir qui se traduit par une complète résignation devant «une évolution qualifiée de naturelle, alors qu’elle est le produit élaboré de choix humains» (38). Un gigantesque meccano paraît bien installé aux commandes, qui fait penser aux puissances célestes évoquées par l’apôtre Paul, susceptibles de présider à la «vie des nations en étant tour à tour soumises ou démoniaques. Devant ce mur, beaucoup de citoyens renoncent, mais d’autres veulent savoir comment fonctionne ce ‘meccano’ qui, lui, n’est pas tombé du ciel!» (39).

À un pasteur désabusé qui écrit en 2014 que «ce sont en réalité les multinationales, les fonds de pension et les banques qui orientent l’économie et ce qui en découle», Guy Bottinelli oppose une méthode d’analyse. Celle de l’éducation populaire. Il prend l’exemple de la paroisse protestante d’Oullins, dont il est alors membre, qui a lancé un cycle de réflexions/méditations sur les sujets économiques par méthode interactive: formulation de questions par les participants, brèves réponses par des professionnels, commentaires de l’assemblée et réflexion éthique/biblique, et pour finir évaluation écrite pour préparer la suite. Les sujets sont socio-économiques, l’expertise est requise sans être dominante, la vie professionnelle des participants est intégrée. L’éthique est le point de passage obligé dans ces réflexions: «Un tel cheminement peut nous amener à découvrir des moyens d’espérer et d’agir en dépassant le constat désabusé auquel se tiennent trop d’entre nous» (40).

 

La vie de l’Église

Si l’Église, en matière sociale, est familière des hommes en danger ou abattus, Guy Bottinelli regrettait qu’elle se cantonne trop souvent à un rôle d’«infirmière de la société» (auprès des pauvres, des blessés…). Il déplorait que les Églises ne s’intéressent que trop peu à la vie professionnelle des gens, alors même que c’est au travail qu’ils passent le plus clair de leur temps éveillé.

L’Église a du mal à se situer, dans le monde socio-économique, face à des «hommes debout» (41).

«Heureux sommes-nous encore quand elle ne s’adresse pas aux hommes debout en leur faisant observer qu’ils pourraient bien tomber… De fait, en son sein, l’Église a parfois hérité de personnes qui n’ont pas trouvé leur place dans la vie … à genoux dans la société, ils ont cherché à se tenir debout dans l’Église. Ne faut-il pas aussi rassembler des hommes qui se tiennent debout dans la société, et à genoux dans l’Église?» (42)

Il ne s’agit pas de confondre être debout et être instruit. Nombre d’exécutants sont de ces hommes et femmes debout qui mènent tant bien que mal leur vie. L’expérience montre que si l’on ne pose pas une priorité à l’égard du peuple, disons a minima une attention particulière, alors le milieu populaire, et sa vie quotidienne, devient le grand absent des paroisses. Ou bien tombe dans les bras de mouvements religieux qui font leur miel d’une prédication moraliste, bien loin de l’éducation populaire.

Les croyants doivent activer des groupes de réflexion et de méditation au sein de leurs Églises car, même si elles sont plus friandes de déclarations que de débats, «elles demeurent des espaces privilégiés dont notre société a le plus grand besoin: il s’agit de remonter la filière pour mieux comprendre des phénomènes complexes mais maîtrisables» (43).

 

Évangile et éducation populaire… Cinq maximes pour un clerc

«De ce compagnonnage avec le monde ouvrier, qu’avons-nous appris?», se demandait Guy Bottinelli (44) au soir de sa vie. De cet apprentissage, je retiens non pas les dix mais les cinq commandements du clerc protestant qui voudrait développer une éducation populaire mâtinée d’Évangile.

 

1. Avec les concernés tu chercheras à comprendre

À celui qui veut comprendre ou faire comprendre une question et en débattre, il revient de «s’assurer autant que possible de la participation de personnes directement concernées par le sujet»: on ne débat pas avec profit de la place des femmes… entre hommes, ou de la reconnaissance des salariés de deuxième ligne… entre retraités. Avec les concernés et pas seulement avec les intéressés, disait gentiment Guy Bottinelli à ses collègues friands de réflexions sur le monde du travail…

 

2. Aux non-instruits tu feras place

Le milieu populaire partage largement le sentiment de ne pas avoir suffisamment d’instruction et le vit comme une pauvreté. Les gens du peuple bien souvent se taisent ou, à tout le moins, ne contrent pas un «mieux instruit» dans les discussions portant sur des sujets généraux. Quoi qu’ils en pensent dans leur for intérieur… et «lorsque l’on ne dit pas ce qu’on pense à des mieux instruits que nous, on finit par ne plus penser du tout!» (45).

En filigrane, cette attention aux non-instruits justifie une pratique de Guy Bottinelli, souvent questionnée dans le monde des paroisses: réunir dans un premier temps des personnes par catégories socio-professionnelles du monde du travail. Ce qui permet à Josette Pétrequin d’écrire: «Les Équipes ouvrières me permettaient de mieux maîtriser les choses dans ma boîte. Guy Bottinelli savait que quand on mettait des cadres et des ouvriers ensemble, il n’y a que les cadres qui parlaient, d’où des groupes par catégorie» (46).

Les sujets sont abordés autant que possible à partir du vécu, et l’on accepte de ne pas faire le tour complet d’un problème avant de pouvoir en parler. Il s’agit d’éviter «un langage pédant ou un raisonnement intemporel. On doit laisser l’érudition au vestiaire. Un auditoire populaire écrasé par toute cette science gardera pour lui les questions qui l’intéressent, de crainte qu’elles ne soient ‘bêtes’ puisqu’elles n’ont pas été abordées par l’érudit» (47).

 

3. Du collectif tu partiras, au personnel alors tu iras

Comment ne pas jouer à l’éternel ping-pong avec, d’un côté de la table, les structures sociales qui corrompent l’homme et, de l’autre, le cœur de l’homme qui corrompt les structures? Le jeu est sans fin, il est classique dans les débats d’Église et souvent ne mène à rien… tout le contraire de ce à quoi nous appelle l’Évangile.

Dans «le fameux débat ‘changer l’homme ou changer la société’, nous avons appris qu’on rejoint plus facilement le personnel en partant du collectif alors qu’on s’élève plus difficilement au collectif en partant de l’individuel».

 

4. Leader et serviteur tu sauras être

Si le culte est un temps édifiant dans la vie du croyant, il «évoque, chez les non-pratiquants, une sorte de messe dont les spécialistes font leur affaire, où l’on est invité à écouter, mais pas à dire ce qu’on pense» (48). Dans les rencontres centrées sur la vie des institutions d’Église (synodes, conseils, etc.), les clercs sont souvent leaders.

«Lorsque c’est la vie quotidienne qui est à l’ordre du jour, ils se retrouvent davantage ‘serviteurs’. Il ne s’agit pas d’opposer l’un à l’autre mais en faisant exister une autre approche, de mettre en relief leur indispensable complémentarité» (49).

Dans un cadre plutôt inductif (50), celui d’une réunion autour d’une table qui démarre du vécu des participants, le clerc n’est plus celui qui pose un discours préalablement construit à partir de matières extérieures. Il/elle doit savoir, parfois sur l’instant, chercher des résonances entre le vécu raconté et le message évangélique. Il/elle aide alors «à repérer l’Évangile surgissant ou absent des échanges et débats» (51).

 

5. À la théologie tu feras place

Que peut donc apporter un théologien aux débats socio-économiques? Aux problèmes professionnels? Aux tensions sociales? Dans le langage courant, faire de la théologie c’est soit couper les cheveux en quatre, soit défendre des théories ou des dogmes…

Il ne faut pas confondre «faire de la théologie avec un public populaire et jouer au tiercé» (52). Faire de la théologie, c’est à dire «s’interroger, sur sa situation d’animal mortel et sensible face à un Dieu qu’on ne voit pas, sur une terre où rien n’est simple» (53), est un acte important mais pas forcément facile.

Il s’est agi alors pour Guy Bottinelli, au fil des décennies, d’élaborer une réflexion théologique qui «se veut avant tout servante, de partager des méditations (54) qui proposent un recul, un environnement, un accompagnement qui viennent éclairer les choix, les décisions, les protestations… elle provoque tout un chacun, croyant et non-croyant, pratiquant et agnostique, à donner un contenu à son imaginaire social et, pour tout dire, à son espérance» (55).

Il s’agit ainsi de ne pas en rester aux seules questions, et de travailler des réponses. A fortiori avec un public populaire car «répondre clairement aux questions, c’est se donner le droit d’en poser» (56). Les échanges sont conduits par l’animateur (pasteur ou autre) vers la quête de sens, et pas seulement dans l’exploration des moyens.

Cerise sur le gâteau, la découverte revigorante qu’«une indifférence à l’égard des Églises [est] tout à fait compatible avec une ouverture à l’Évangile» (57).

 

Du besoin d’être à la soif de croire… ou comment l’évangélisation et l’éducation populaire sont les deux faces d’une même pièce

Quand les membres des Églises parlent de foi et de témoignage, le commun des mortels – non pratiquant – parle plus aisément de culture et de morale.

«Pour beaucoup la connaissance de la Bible représente une forme de culture, mais pas gratuite puisqu’elle correspond à la recherche d’un mode de vie, et, pour tout dire, d’une morale. On désire voir un peu plus clair sur des questions comme le péché, la loi, voire même la récompense des actes. On cherche des justifications positives ou négatives à ce qu’on fait.

Il s’agit probablement là d’un besoin d’être, plus que d’une soif de croire.

Quand on est à même de connaître l’étonnante aventure du peuple de la Bible, on ne peut éviter d’être mis en présence du souffle et de la dynamique qui l’animait.

Quant à Jésus, il retient l’attention moins par son caractère d’idole divine, que par sa manière d’être, son non-conformisme courageux et le souffle dont il est porteur.

Il est celui grâce auquel on découvre que le besoin d’être et la soif de croire ne vont pas l’un sans l’autre.» (58)

Cette longue citation que Guy Bottinelli a rédigée en 1982 à l’attention d’un public populaire, peut s’appliquer largement à tout public non-pratiquant, non-instruit et même… instruit (!).

C’est ainsi que le particulier mène à l’universel.

«Il s’agit de naviguer à vue, plutôt que de mettre un cap, pratique courante aujourd’hui, et pas seulement en matière religieuse. Il ne s’agit pas de l’accepter simplement parce qu’on ne peut pas faire autrement: il existe une raison plus profonde de procéder ainsi. C’est peut-être la seule façon de laisser affleurer une Parole vivante au cœur de notre lecture de la Bible, de nos échanges, de nos actions. Certes on ne la définira jamais sur un mode simple : contentons-nous d’une approche. C’est accueillir l’intime conviction qu’au bout de notre cheminement, Dieu nous donne rendez-vous.» (59)

 

Un habile artisan…

Évoquer la vie pastorale de Guy Bottinelli, c’est parler d’un artisan qui devinait dans les fondations creusées la cathédrale achevée, d’un maçon qui maniait la truelle avec habileté, d’un pasteur qui savait être visionnaire et praticien, attentif aux personnes et subtil animateur.

Pour moi, qui fut son stagiaire puis son successeur dans les Universités d’été des Équipes ouvrières protestantes (EOP), et son collègue à la Mission populaire, c’est rendre hommage à un frère qui, tout aussi humblement que fortement, a su tracer son sillon, celui d’un fils du peuple qui participa à la création de Dieu.

Dans le cadre fixé pour cet article consacré à la vie pastorale de Guy Bottinelli et à ses enseignements, j’ai dû passer sous silence sa vie familiale, ses quatre filles et ses petits-enfants, les soixante années heureuses de vie avec Anne-Marie, son épouse décédée en 2009. De judicieuses réflexions sur Angela Merkel ou sur l’islam…

Cet article est rédigé sur le bureau que Guy utilisa tout au long de sa vie, et que ses quatre filles m’offrirent à sa mort. J’y travaille avec émotion et reconnaissance.

Avec cette reconnaissance dont parle Guy Bottinelli dans le texte que je cite in extenso en conclusion ci-après, un texte non daté… comme un signe d’éternité.

Bertrand Vergnol, décembre 2020

Bertrand Vergniol a été pasteur à la Mission populaire et, maintenant, dans l’Église protestante unie. Il a dirigé durant quinze ans des établissements de formation professionnelle au travail social. Il a été président de la Mission populaire évangélique entre 2000 et 2010.

 

Rien n’est plus difficile que d’être vraiment reconnaissant

Rien n’est plus difficile que d’être reconnaissant,

dans un peuple comme le nôtre où l’on a:

le salaire fier, le pourboire spontané, l’entraide

réciproque.

Dans un monde poli qui dresse bien à mériter ce qu’on reçoit, à rendre la pareille, à offrir des fleurs.

Sous une morale qui proclame : toute peine mérite salaire, les parents boivent, les enfants trinquent. Le ciel te le rendra.

Rien n’est plus difficile que d’être vraiment

reconnaissant parce que nous sommes tous des marchands.

Des marchands de travail.

Des marchands d’affection.

Des marchands de piété.

Des marchands d’éducation.

Heureux ceux qui laissent monter en eux le

mouvement de refus: «assez de ce commerce!»

Heureux ceux qui ont faim et soif de gestes d’amour à sens unique.

Heureux ceux qui n’aiment pas leur prochain

contre-remboursement.

Heureux ceux qui se découvrent frères et sœurs, et non pas débiteurs.

Heureux ceux qui ne font pas payer «à la sortie» après avoir affiché «entrée gratuite».

Heureux ceux qui ne se convertissent pas pour un casse-croûte ou une bonne place.

Et surtout, heureux, heureux ceux et celles qui puisent à la source du seul geste libre, du seul geste gratuit, du seul geste consenti librement et gratuitement, que nos yeux ont contemplé au bout d’une croix où les criminels «payaient leur dette à la société».

Le frère trahi, le juste jugé, le saint condamné, et moi, le pécheur, reconnaissant.

Guy Bottinelli

 

Guy Bottinelli

1922: naissance à Paris.

1936-1945: divers emplois sans qualification, lingerie, imprimerie, comptabilité.

1949: Nantes, pasteur à la Mission populaire évangélique.

1963: Pays de Montbéliard, pasteur Église luthérienne et Mission populaire évangélique.

1968: Lire l’Évangile et le vivre à partir de la révolution de mai, brochure éditée par la Mission populaire évangélique.

1982: «Y’a plus de morale», une lecture des Béatitudes, brochure rédigée avec Jean-Pierre Molina et les Équipes ouvrières protestantes (EOP).

1983: Lyon, pasteur, fondation de la Mission dans l’industrie de la région lyonnaise (Mirly).

1987: Lyon, retraite.

2000-2001: Face à la mondialisation, une parole d’Église?, conférences rédigées dans le cadre de l’Église réformée de France.

2006: Non à la fatalité du tout économique, Lyon, éditions Olivétan.

2015: Pour l’histoire, des Équipes ouvrières protestantes et de la Mission dans l’industrie, témoignage écrit (18 pages).

2018: mort à Lyon.

Guy Bottinelli a notamment publié plusieurs articles dans Autres Temps. Cahiers du Christianisme social, accessibles sur internet via le site Persée:

‘Le coût social de la modernisation’ (n°26, juillet 1990, pp.13-19);

‘Quand l’économie provoque la réflexion des Églises’ (n°27, novembre 1990, pp.58-64);

‘L’horreur économique’ (n°55, automne 1997, pp.59-66);

‘Prévoir sans prédire. Peut-on voir loin en manière économique?’ (n°59, pp.85-95);

‘Avant le partage. Environnement économique, réflexion biblique et actions concrètes’, (n°63, automne 1999, pp.73-83).

 

(1) Dans le livre du Siracide (ou Ecclésiastique), au chapitre 38. Ce livre de l’Ancien Testament n’est pas reconnu comme canonique dans la tradition protestante.

(2) Guy Bottinelli et Jean-Pierre Molina, Y’a-plus de morale, Montbéliard, 1982, p.1.

(3) Jacques Walter, Jeunesse de Guy Bottinelli, document personnel, septembre 2020.

(4) Robert Olivier, Un missionnaire autrement, document personnel, novembre 2018.

(5) Jean-Pierre Molina, Pour le culte d’adieu, Oullins, 24 novembre 2018.

(6) Ibid.

(7) Une expression que Guy Bottinelli utilisait parfois dans ses écrits.

(8) Marie-Dominique Chenu, Pour une théologie du travail, Seuil, 1955.

(9) Fernand Braudel, La dynamique du capitalisme, Arthaud, 1985.

(10) Michaël Novak, Une éthique économique : Les valeurs de l’économie de marché, Cerf, 1987.

(11) Amartya Sen : Repenser l’inégalité, Seuil, 2000.

(12) Esprit, Études, Économie et Humanisme, Foi&Vie, Projet, pour n’en citer que quelques-unes.

(13) Stéphane Lavignotte, André Dumas : Habiter la vie, Labor et Fides, 2020, p.243.

(14) Ibid.

(15) Guy BottinelIi, Pour l’histoire, Lyon, 2015, p.6.

(16) Ibid.

(17) Ibid., p.10.

(18) Mieux dénommée ensuite Service protestant dans le monde du travail.

(19) Guy Bottinelli, L’après 16 mars 1986, Paris, 1986, p.4.

(20) Étienne Petitmengin (qui fut son successeur à Montbéliard), lettre personnelle, décembre 2020.

(21) Arthur Rich, Éthique économique, Labor et Fides, 1994.

(22) Guy Bottinelli, Comment agir avec l’économique, Lyon, 1999.

(23) Ibid.

(24) Ibid.

(25) Ibid.

(26) De 1969 à 2015, la même question, les mêmes mots… dans les Églises comme dans le reste de la société, décennie après décennie, le peuple reste le grand oublié des élites, le peuple à qui, selon le livre du Siracide, personne ne demande jamais son avis (Siracide 38,32).

(27) Guy Bottinelli, Pour l’histoire, p.1. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, ce n’était pas l’existence des ouvriers qui était en cause, mais leur absence dans les milieux paroissiaux protestants.

(28) Guy Bottinelli, Où sont passées les classes populaires?, Lyon, 1er mai 2015. À partir de 1987, date de son départ en retraite, Guy se qualifiait lui-même «d’intérimaire durable».

(29) Manifeste des Équipes ouvrières protestantes.

(30) Guy Bottinelli, Pour l’histoire, p.15. Pour l’histoire constitue une sorte de conclusion de ce long cheminement pastoral avec le monde populaire, rédigée par Guy Bottinelli au soir de sa vie.

(31) Guy Bottinelli, Éducation populaire, Lyon, 2004.

(32) Le salaire net médian en 2019 s’élève à 1850 € / mois. La moitié de la population active se trouve donc avec un salaire net mensuel de moins de 1850 €.

(33) Guy Bottinelli, Où sont passées les classes populaires ?.

(34) Guy Bottinelli, Y-a-t-il encore une classe ouvrière ?, Lyon, 1991.

(35) Guy Bottinelli, Non à la fatalité du tout économique, Lyon, Olivétan, 2006.

(36) Épitre aux Éphésiens, 3,12.

(37) Guy Bottinelli, ‘Une nouvelle forme de totalitarisme est en place’, Réforme, janvier 2007.

(38) Ibid.

(39) Réforme, courrier des lecteurs, 16 avril 2014.

(40) Ibid.

(41) Pour reprendre l’expression de Dietrich Bonhoeffer, fameuse chez les théologiens.

(42) Guy Bottinelli : Notes pour une pastorale, Montbéliard, 1980.

(43) Réforme, janvier 2007.

(44) Pour l’histoire, op. cit., p.9.

(45) Ibid.

(46) Présence, journal de la Mission populaire évangélique, avril 2019, p.5.

(47) Guy Bottinelli et Jean-Pierre Molina, Y’a plus de morale, p.6.

(48) Ibid., p.2.

(49) Philippe Morel et Guy Bottinelli, Échos du colloque ‘Les transformations du monde du travail’, Lyon, 1991.

(50) On pourrait qualifier de déductif le culte où l’on entend une parole préparée, et d’inductif la réunion où l’on parle du vécu, l’une et l’autre méthode étant complémentaires. Au cours du culte, il revient au fidèle de chercher le lien entre son vécu et la parole entendue. Dans une réunion où les participants parlent de leur vécu, c’est au clerc qu’il revient de chercher le lien entre ce qu’il entend et le message biblique.

(51) Guy Bottinelli, Rencontre Mission dans l’Industrie, Montbéliard/Paris, 1977.

(52) Guy Bottinelli et Jean-Pierre Molina, Y’a plus de morale, p.1.

(53) Ibid.

(54) Un des meilleurs exemples d’une telle réflexion théologique est constitué par le livre de Didier Crouzet: Travailler, faire son marché, lire la Bible, Olivétan, 2006. L’ouvrage est rédigé à partir des interventions théologiques faites par l’auteur lors des rencontres organisées par la Mission dans l’Industrie à Lyon dans les années 1990.

(55) Guy Bottinelli, Pourquoi de la théologie dans nos rencontres?, Lyon, 2000.

(56) Ibid., p.6.

(57) Guy Bottinelli, Pour l’histoire, p.9.

(58) Guy Bottinelli et Jean-Pierre Molina: Y’a plus de morale, p.6.

(59) Ibid.

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