Algorithmes. La bombe à retardement

 

« Les ADM sont opaques, (…) invisibles de tous sauf des mathématiciens et des informaticiens, (…) leurs verdicts, fussent-ils nuisibles ou erronés sont sans appel, ne rendent compte de rien et ne souffrent aucune discussion, (…) leurs algorithmes confondent corrélation et causalité, (…) elles privilégient l’efficacité au détriment de l’équité, (…) elles ont tendance à punir les plus défavorisés et les opprimés tout en rendant les riches encore plus riches (…). »

Publié en 2016 aux États-Unis, Weapons Of Math Destruction (Algorithmes. La bombe à retardement), écrit par la mathématicienne et activiste Cathy O’Neil, s’attache, selon Jean-Raymond Masson qui en analyse la traduction française, à « identifier parmi les algorithmes les modèles nocifs qu’elle appelle ADM, Armes de Destruction Mathématique (Weapons of Math Destruction) et à en analyser les effets au sein de la société américaine ». Ainsi du classement des détenus selon le niveau de risque lié à leur milieu d’origine qui pousse à les condamner plus durement et donc à renforcer de fait leur probabilité de récidive. « Le modèle ainsi conçu alimente lui-même un cycle malsain qui contribue à l’entretenir. C’est la signature d’une ADM. » Après avoir passé en revue les multiples effets de ces techniques dans la société américaine, Cathy O’Neil ne livre pas un diagnostic désespéré et croit que l’on peut « contrer ces ADM » et « promouvoir l’équité dans la conception et le maniement des algorithmes » : responsabilisation des concepteurs, audit des effets par les commanditaires, vigilance de la réglementation … un modèle selon elle pour l’instant plutôt européen qu’américain.

21 janvier 2019

« Le bitcoin est une monnaie en devenir »

 

« Pour résumer, le bitcoin est une quasi-monnaie, ou une monnaie en devenir. On verra bien si sa qualité monétaire continue de se développer dans les années qui viennent. Cela nécessitera que son cours se stabilise et que son usage se développe. Historiquement, les nouvelles formes de monnaie ont toujours mis beaucoup de temps à s’imposer, parfois des siècles. »

Pour le magistrat à la Cour des comptes Yorick de Mombynes interrogé par Renaud Loubert-Aledo, il « est indéniable que la qualité monétaire du bitcoin se renforce globalement depuis sa création il y a moins de 10 ans  ». Un « chemin parcouru assez stupéfiant » puisqu’il « a été créé et diffusé sans leader identifié, sans entreprise, sans budget, sans salariés, sans marketing, sans lobbying ».

Un succès, hors effets d’innovation technologique, peut-être dû au fait que les devises officielles souffrent d’un déficit de confiance. En cause, à la fois « l’augmentation sans limite de la production monétaire » qui affaiblit la « valeur relative de chaque unité monétaire », « crée des bulles d’actifs de plus en plus impressionnantes » et « engendre des redistributions de richesse relative qui augmentent les inégalités sociales » … mais aussi un prétendu « pilotage fin de la conjoncture par la politique monétaire » qui « est largement illusoire et ne peut qu’entamer la qualité et la crédibilité des monnaies fiduciaires ».

Le bitcoin jouit lui d’une confiance due à deux éléments : un « consensus distribué » qui sécurise le réseau, une « politique monétaire neutre » et prévisible. Sans parler de son « caractère décentralisé » qui « favorise un rythme d’innovation technologique sans commune mesure avec ce que l’on observe dans les systèmes financiers centralisés traditionnels ».

7 janvier 2019

Les normes écrasent les agriculteurs

 

« Un sentiment d’irréalité face à des demandes administratives inadaptées au concret du terrain saisit aussi certains agriculteurs. « J’ai eu un contrôle assez étrange sur les surfaces pâturées par mes bêtes, raconte Christophe Morantin, éleveur de brebis et maraîcher dans la Drôme. Eux ont un GPS et un écran avec des images satellite, et il faut faire correspondre avec les broussailles, les amas de pierres, les forêts. Heureusement, je ne m’étais pas trop mal débrouillé dans ma déclaration. Sinon, le risque est d’avoir à rembourser des sommes importantes alors que dans la très grande majorité des cas, l’erreur n’est pas volontaire. On trime et un contrôle peut tout mettre à terre. On ressent de l’impuissance et de l’injustice, surtout quand on voit que Lactalis ou la ferme “des 1.000 vaches” font des erreurs infiniment plus grandes et échappent aux sanctions. » »

La mort en 2017 d’un éleveur tué par les gendarmes à la suite d’un contrôle a attiré l’attention sur le stress vécu par les agriculteurs avec l’accumulation des normes et la multiplication des contrôles. Le sentiment d’inégalité (certains secteurs sont plus contrôlés que d’autres, les normes sont plus faciles à respecter pour les grosses exploitations) et de loterie (« L’interprétation des normes n’est pas la même qu’on soit à Dunkerque ou Biarritz. Dans le cas des produits fabriqués à la ferme, le paysan peut tomber sur une direction départementale zélée qui va regarder tous les produits, mais ailleurs, elle sera plus constructive. ») ajoutent au malaise qui a poussé la Confédération Paysanne à publier un Guide des droits et devoirs en situation de contrôle pour apaiser les relations entre paysans et contrôleurs (eux aussi étant demandeurs) et à pousser à ce que ces contrôles soient d’abord « une évaluation permettant à l’agriculteur d’améliorer ses pratiques ».

17 juillet 2018