«Ces phrases («C’est rien, c’est la ménopause», ou «Tu as tes règles, on dirait»), qui ne les as jamais entendues, jamais prononcées?», demande Valérie Rodriguez, directrice de la Mission Populaire de Trappes, pour qui elles sont «une manière plus ou moins déguisée» de faire comprendre aux femmes qu’elles ne sont capables «que de réactions purement physiologiques». Or la fatigue, la colère, l’exaspération sont d’abord provoquées «par des évènements extérieurs» qui affectent tout autant l’homme que la femme, l’un comme l’autre «personne à part entière dotée d’un corps, d’un esprit, d’une âme, d’un cerveau».

Texte publié sur Blog pop.

 

 

Au regard de l’actualité brûlante de ces derniers jours et de la pandémie qui semble prendre ses quartiers d’automne à l’échelle de la planète, le sujet évoqué dans ce billet vous paraîtra sans doute malvenu, inapproprié… Au regard des violences subies chaque jour par des milliers de femmes partout sur la planète, il paraitra peut-être même anecdotique! Et pourtant…

Voilà j’avoue… Hier mon sang (!) n’a fait qu’un tour et mes velléités féministes se sont réveillées en entendant les propos tenus par mon fils presque adolescent. Ces propos que sans aucun doute des milliers d’hommes tiennent tous les jours partout sur la planète… que des milliers de femmes entendent chaque jour sans vraiment y prêter attention…

«Ouh-là, maman, t’es très énervée, t’as tes règles on dirait…»

Alors oui, j’ose aujourd’hui en parler dans ce billet. Après tout, la Bible en parle aussi (relire à ce propos le chapitre 15 du Lévitique), alors pourquoi pas moi???

Nos sociétés occidentales – et notre monde protestant également – se targuent d’être particulièrement modernes et prônent l’égalité des sexes, l’empowerment des femmes, leur prise de responsabilité dans l’Église et la vie sociale. Et de nets progrès ont été accomplis en la matière mais, pour autant, un chemin reste encore à parcourir car ces phrases («C’est rien, c’est la ménopause», ou «Tu as tes règles, on dirait»), qui ne les as jamais entendues, jamais prononcées? Sur un ton plus ou moins humoristique? Avec un sourire en coin? Ce phénomène, purement physiologique, affecte toutes les femmes et certaines bien plus que d’autres: je pense à ces femmes hindoues, au Népal, victimes du chaupadi, une mise à l’écart de toute activité sociale durant la période de leurs règles pendant laquelle elles sont considérées comme impures… Ou encore nos concitoyennes musulmanes privées de mosquée durant leurs menstrues.

Et pourtant, même si ce phénomène purement physiologique affecte toutes les femmes en âge de procréer, il n’est pas pour autant responsable de toutes nos exaspérations, nos colères, nos humeurs chagrines… Alors oui, cette réflexion m’exaspère parce qu’elle me renvoie uniquement à ma condition de femme, que mes colères et humeurs noires ne sont légitimes et acceptables que parce que j’ai mes règles, que c’est encore et toujours une manière plus ou moins déguisée de me faire comprendre que je ne suis capable que de réactions purement physiologiques, que mon cerveau, ma raison, mon intelligence ne sont pas en capacité de générer ces colères…

J’ai rarement entendu ces mêmes propos tenus à des hommes. Eux ne sont jamais fatigués? Quand leurs propos dérapent, c’est toujours parfaitement voulu, choisi, maitrisé?

Durant des siècles et des siècles, les hommes ont dominé les femmes, c’est encore le cas dans bien des endroits sur la planète et ce n’est pas être féministe que de faire ce constat. J’ai entendu souvent – dans ma famille, dans le milieu professionnel aussi et même à la Mission Populaire – des hommes dire à leurs compagnes ou collègues: «Tu es fatiguée en ce moment, il faudrait que tu te reposes, ça ira mieux après»… J’ai rarement entendu ces mêmes propos tenus à des hommes. Eux ne sont jamais fatigués? Quand leurs propos dérapent, c’est toujours parfaitement voulu, choisi, maitrisé?

Alors oui, j’ose le dire, j’ai un cerveau qui fonctionne et il ne se met pas en off une semaine par mois, j’ai des colères légitimes qui n’ont rien à voir avec la manière dont fonctionne mon corps, j’ai des émotions provoquées par des évènements extérieurs, pas seulement par la physiologie de ma personne ; bref, je suis une personne à part entière dotée d’un corps, d’un esprit, d’une âme, d’un cerveau… Merci de ne pas l’oublier, même une semaine par mois!

 

Illustration : rayon des protections hygiéniques dans un supermarché finlandais (photo CC-Tiia Monto).

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