Michel Delpech et Jésus-Christ : omertà sur France 2

« Eh bien … pas un mot. Silence complet, absolu sur le sujet. Pourtant, la vie de Michel Delpech va changer radicalement : même si ce ne sera pas un long fleuve tranquille, il sera apaisé et ne sombrera plus jamais comme auparavant. »

 

C’est le dernier jour de mars 1998. Interview calée ce jour-là autour de L’homme qui avait bâti sa maison sur le sable (1). Les questions ont été préparées à partir du livre. Première question : le chanteur blêmit : – Non, je ne veux plus parler de cette époque. J’en ai parlé dans mon livre. Aujourd’hui, c’est terminé.

Deuxième question, sous un autre angle, mais toujours à partir de ce qui a été préparé. L’artiste semble paniqué, il se lève :

– Non, on ne fait pas l’interview : je ne veux plus parler de tout ça.

Il est très mal à l’aise, presque en colère. Le journaliste s’excuse, demande quelques minutes pour tout repréparer :

– C’est ça, c’est ça, oui, faites, répond-il nerveusement.

Pendant que les questions sont bricolées à la va-vite, il tourne comme un lion en cage. Le sujet abordé va être très simple : Jésus-Christ, rien que Jésus-Christ, puisque son livre retrace, après sa descente aux enfers, sa remontée vers la lumière grâce à la rencontre de Geneviève, qui deviendra sa femme et l’amènera à se convertir au christianisme. L’entretien promet d’être aussi fade que les questions, mais 500 kilomètres de déplacement justifient qu’on tente quelque chose. On remet le magnétophone en marche. Et là, tout coule de source, paisiblement, joyeusement. Michel Delpech parle, simplement et, stricto sensu, de bonne grâce, de sa nouvelle vie avec le Christ.

Témoignage de foi, simplement

On aura compris qui était le journaliste. Une émission de radio et un article seront tirés de cette rencontre, qui aura même des prolongements épistolaires (2). Aussi, lorsque, le dimanche 16 septembre 2018 au soir, vingt ans après cette interview, je tombe sur l’émission de Laurent Delahousse, Une vie, un destin, consacrée à Michel Delpech sur France 2, je la regarde en entier. Ce biopic télévisuel est dans le style haché menu : dix ou quinze interviewés dont on croise les réponses avec des découpages de moins d’une minute, voire quelques secondes. C’est intéressant, quoiqu’un peu effiloché (il faut faire durer le suspense). Beaucoup de manipulations permettant beaucoup de … manipulation. Quand vont-ils en arriver à la rencontre avec Geneviève (qu’on voit intervenir) ? On y parvient enfin ; ils vont parler de la conversion concomitante de Delpech au christianisme, puisqu’ils ont auparavant évoqué sa visite chez un swami et son voyage en Inde. Eh bien … pas un mot. Silence complet, absolu sur le sujet. Pourtant, la vie de Michel Delpech va changer radicalement : même si ce ne sera pas un long fleuve tranquille, il sera apaisé et ne sombrera plus jamais comme auparavant.

Censure ou auto-censure ?

On sait qu’il y a des conversions peu probantes, ou qui ne tiennent pas. Eût-ce été le cas, cette conversion même avortée aurait fait partie de sa vie (comme la phase hindouiste). Mais sa foi a tenu bon. Delpech ne la met pas sous le boisseau. En 2000, il vient chanter à La Ferté-Saint-Cyr, dans le village solognot où il a la moitié de ses origines (Ma famille habite dans le Loir-et-Cher…), pour la béatification du père Brottier : « L’après-midi, le chanteur Michel Delpech, lui aussi enfant du pays, a témoigné avec sincérité et simplicité de sa foi » (3). Dans un portrait dressé par Constance Ledoux, Delpech évoque sa foi qu’il est venu partager dans le Festival de Pâques de Chartres, qui est un rassemblement musical œcuménique (4). Et sa carrière, il la terminera, avec une chanson bouleversante explicitement adressée à Dieu :

Il révèle alors au grand public sa foi chrétienne qui l’unit à sa femme depuis de longues années, dans un livre J’ai osé Dieu, paru en 2013. […] En octobre 2014, il évoque la mort, alors qu’il est en rémission et à nouveau apte à chanter, dans la chanson La fin du chemin, extraite de Dolly Bibble, un conte musical (livre + CD) qui comporte des passages de la Bible chantés : « Voici la fin de mon chemin sur terre/ Je suis à toi, accueille-moi, mon Père/ Voici mon âme, séchez vos larmes, mes frères/ Je m’en vais là où brille la lumière » (5).

Une vie, un destin, ceux de Michel Delpech qui auront donc été entièrement tournés vers Dieu pendant la deuxième partie de son existence. Les choix opérés par Laurent Delahousse et son équipe ne peuvent pas relever du simple oubli, ou du manque d’information, surtout quand on dispose des moyens du service public – et publiques, les informations données ici l’étaient de longue date. C’est donc clairement un acte de censure : Jésus-Christ ne doit pas même être nommé quand on parle d’un chanteur connu. Et pourquoi cela ? Parce que, si Geneviève a seulement été l’instrument permettant que Michel ne retombe pas en enfer, la conclusion s’impose d’elle-même : c’est la rencontre de Jésus qui change la vie, radicalement.

On retrouve la même censure autour de Bob Dylan, dont la conversion à Jésus-Christ en 1978 est constamment réduite à une lubie passagère, difficile, cependant, à passer sous silence, tellement les quatre 33T qui suivirent étaient explicites. Mais lui-même avait prévu le coup lorsqu’il écrivait dans Precious Angel ces paroles si pénétrantes : « Tu lui parlais de Bouddha, tu lui parlais de Mohammed dans un même souffle/ Tu n’as pas mentionné une seule fois l’homme qui est venu pour subir la mort d’un criminel » (6).

Il n’y a pas de persécution religieuse en France. Tout juste, comme le disait Jacques Julliard, (éditorialiste réputé, et chrétien pas honteux), l’injonction de retourner dans nos catacombes. Et d’y rester, bien cachés avec notre Jésus si dérangeant.

Philippe Malidor

(1) Robert Laffont, 1993.
(2) Plus qu’un flirt avec Dieu, Certitudes n°187, novembre-décembre 1998. Émission de radio réalisée pour Radio Réveil.
(3) Le petit Solognot, 8 mars 2000.
(4) Chanteur populaire et copte orthodoxe, Réforme n° 3170 du 6 avril 2006.
(5) Fiche Wikipedia sur Michel Delpech (le verbe révélé est un peu inexact, évidemment). La chanson, bouleversante, est facilement trouvable sur Internet.
(6) Precious Angel, Slow Train Coming, 1979.

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