Quelques nouvelles de la citadelle

« Nous allons devoir penser l’avenir autrement. » En première ligne pour tenter de limiter les rudes effets du confinement sur l’économie, le ministère de l’Économie et des Finances est le lieu d’un brusque (et provisoire ?) « changement de paradigme » dont témoigne l’un des hauts-fonctionnaires chargé de coordonner l’action de l’État pour aider les entreprises.

Texte paru sur Le blog de Frédérick Casadesus.

 

Où l’on voit que les ronds-de-cuir ont pris la poudre d’escampette

Lors de son intervention télévisée, le Président de la République a salué la discipline, la solidarité, les capacités d’innovation dont font preuve nos concitoyens. Alors que les spéculations vont bon train au sujet des intentions du gouvernement dans le domaine économique, Emmanuel Macron s’est bien gardé de dévoiler quelles mesures il entendait mettre en œuvre. Ce n’était pas le moment. Toutefois, dans les circonstances actuelles, plus que jamais, le ministère de l’Économie et des Finances est appelé à jouer les premiers rôles.

Crise oblige, les chefs d’entreprises et les artisans se tournent vers l’État, demandent son aide. La maison brûle et, pour le coup, nul ne regarde ailleurs. Haut fonctionnaire chargé de coordonner l’action de l’État dans ce domaine, Paul (1) a bien voulu témoigner de son travail quotidien. Ce n’est pas le gratte-papier de Courteline, pas non plus le robot technocratique dont les Français s’exaspèrent. Précis mais sensible, Paul met du cœur à son ouvrage, convaincu que chacun doit se mobiliser pour éviter le naufrage.

« Il est essentiel de penser, d’agir de façon positive, explique Paul. Tout le monde le sait désormais, le ministère des Finances a décidé de soutenir toutes les entreprises, quel qu’en soit le prix. Par notre intervention, nous voulons sauver les entreprises et préserver l’emploi. Ce que nous faisons chaque jour a vraiment du sens et tous nos agents sont mobilisés dans cette direction. Les chambres de commerce et d’industrie, les chambres de métier et d’artisanat, les chambres d’agriculture font preuve d’une réactivité de tous les instants. Nous agissons avec un volontarisme qui surprend peut-être, mais qui maintient l’activité à flot. »

Le retour d’un État protecteur est-il au programme ? Paul a toujours considéré que les pouvoirs publics et le secteur privé devaient marcher d’un même pas. Libéral bon teint, notre homme estime néanmoins qu’aujourd’hui nous changeons de paradigme : « Bruno Le Maire lui-même est en train de devenir néo-keynésien, puisqu’il va jusqu’à préconiser, dans certaines circonstances, des nationalisations. » Les déclarations du président du Medef mais aussi celles d’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État à l’Économie, pourraient tempérer cette appréciation (2).

« Pareilles interventions, prématurées, maladroites, risquent d’attiser les conflits alors que nous devons au contraire nous rassembler, estime Paul. Et j’observe que le Président, bien qu’il ne se soit pas avancé nettement sur les mesures à prendre, a insisté sur le caractère collectif et égalitaire des efforts à fournir. » Dans un tel contexte, ce haut fonctionnaire considère que les réformes prévues pour cette année ne pourront sans doute pas voir le jour. Du moins pas de la même façon, pas suivant la même philosophie. « Qu’il s’agisse des hôpitaux, de l’Éducation nationale, de la situation des personnes âgées, voire de la réforme des retraites, nous allons devoir penser l’avenir autrement, déclare encore Paul avec humilité. Cela ne signifie pas que les vannes vont s’ouvrir sans limites. L’État peut se montrer généreux, mais chacun doit assumer ses responsabilités. Les citoyens doivent respecter les consignes de prudence et les entreprises doivent anticiper la sortie du confinement, sinon, tout le monde prendra le bouillon. »

C’est l’homme d’action qui s’exprime. Les Nostradamus ne manquent pas pour nous prédire cataclysmes ou grands soirs. On appréciera donc à sa juste mesure la confiance et le sang froid d’un haut fonctionnaire au travail. En France, qu’on s’en réjouisse ou le déplore, c’est l’État qui a façonné la nation. Les protestants de ce pays ne s’y sont pas trompés, comme l’ont montré notamment les historiens Laurent Theis et Bernard Cottret (3). La citadelle établie dans le quartier de Bercy, peut encore servir à quelque chose. Et vive l’esprit d’équipe !

 

Illustration : le ministère de l’Économie et des Finances vu du quai.

(1) Son prénom a été changé.

(2) Le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a déclaré vendredi 10 avril au Figaro qu’il faudrait « se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire ». Il est revenu dessus mardi 14 avril sur Europe 1 en précisant que cela ne pourrait « se faire que dans le dialogue social avec les syndicats, par entreprise » et que « le débat est clos d’une certaine manière, puisqu’ils ont tous répondu plus ou moins fortement qu’il n’en était pas question ». La secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher a elle déclaré le samedi 11 avril sur France Info  qu’« il faudra probablement travailler plus que nous ne l’avons fait avant ».

(3) Laurent Theis (1948) a été président de la SHPF et est un spécialiste de l’œuvre de François Guizot, historien protestant et principal ministre de Louis-Philippe de 1840 à 1848. Bernard Cottret (1951) est un spécialiste de l’histoire britannique et de celle du protestantisme.

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