Être sauvé(s) (méditation) - Forum protestant

Être sauvé(s) (méditation)

«Le salut, c’est entendre une parole plus forte que notre intime condamnation, c’est recevoir le droit de recommencer et ne plus être défini par le pire de soi.» À partir du psaume 27 et de ses craintes très terrestres, le salut s’élargit à beaucoup plus «qu’une simple délivrance post mortem»: «un seul salut», mais qui «commence ici-bas et ne s’arrête pas à la mort».

 

 

 

«Le salut en effet ne renvoie pas forcément à l’au-delà, il peut aussi concerner la vie d’ici-bas» (Joey Commes) (1).

C’est un jeune théologien qui s’exprime – qui ose s’exprimer – ainsi en chaire, commentant le psaume 27. Le salut posséderait-il une signification beaucoup plus large qu’une simple délivrance post mortem ? Yeshoua, nom hébreu prophétique, qui signifie salut, c’est-à-dire délivrance, assistance, affranchissement, mais aussi bonheur. Dieu sauve et délivre.

Délivrer: rendre libre; délivrance: être arraché à son esclavage. Sauvé.

 

«Sauvé, oui, mais de quoi ?»

Il est vrai que le psaume 27 donne une réponse. Le psalmiste ne parle pas d’abord de l’au-delà, mais de peurs très terrestres.

«Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ?»
 


Être sauvé, c’est d’abord être gardé debout au milieu de ce qui menace. Théologie du salut comme confiance et non comme assurance d’un au-delà.

Mais si je ne parle pas de paradis, de purgatoire ou de jugement dernier… de quoi puis-je être sauvé, de quoi puis-encore parler quand je dis «salut» ? Au fond, le psaume 27 le dit simplement. «De qui aurais-je crainte ?» 



La peur, sinon l’angoisse, traversent notre temps, et rongent aujourd’hui nos existences. Peur de l’avenir, peur de l’autre, peur de vieillir, peur de ne pas être à la hauteur, peur de soi. Être sauvé serait ne plus être gouverné par la peur. Ce serait pouvoir agir, aimer, s’engager et risquer malgré tout, malgré l’incertitude. Libération intérieure et non garantie extérieure.

Ce serait être sauvé de l’insignifiance. Cette autre angoisse dont parlent Camus, Sartre et même Ricœur lorsqu’il parle de la «symbolique du mal» et de la difficulté de se comprendre soi-même. Être sauvé n’est pas l’être de la colère de Dieu. Mais du sentiment tenace que ma vie ne compte pas. De la tentation du désespoir. De l’idée que rien n’a de valeur ultime.

Être sauvé aussi de l’aliénation dont nous ne sommes pas toujours conscients: aliénation par l’économie, les idéologies, les identités fermées. Mais aussi par ses propres pulsions, ses blessures, ses répétitions. Être sauvé: être dépris de ce qui me possède. C’est-à-dire: ne plus être réduit à un rôle, une fonction, une performance. Retrouver une liberté intérieure pour être capable de dire «je» autrement. Être libéré de la honte, de la haine de soi et de la nécessité de se justifier sans cesse. «Acceptation de soi par le Dieu qui nous accepte» (Tillich).

 

Sauvé… de Dieu ou sauvé pour Dieu ?

Que d’hommes ont le souci d’être sauvés de Dieu ! De l’image toxique qu’ils ont de Dieu. Un Dieu comptable, conditionnel. Être sauvé, c’est découvrir un Dieu qui libère, qui relève et qui humanise. Barth disait qu’en Jésus-Christ, Dieu se révèle comme celui qui est pour nous et non contre nous. Être sauvé, c’est l’être de l’idole pour le Dieu vivant.

Mais être sauvé n’est pas seulement un de quoi, mais un pour quoi. Pour vivre en confiance, pour aimer et être aimé, pour participer aussi à une histoire plus grande que soi. Sauvé, oui, mais pour qui, pour quoi, pour quelle vie ?

Sauvé de soi-même. Oui, nous avons besoin d’être délivré de nous-même. Le péché est cette courbure sur soi (Luther). Être sauvé, c’est ne plus être incurvé sur soi, mais ne plus être le centre de sa propre vie, comprendre chaque jour, aussi sombre soit-il, que la vie est reçue et non possédée.

Sauvé de notre incapacité à nous pardonner. À oublier la honte tenace, la culpabilité qui ne nous laisse aucun répit. Le salut, c’est entendre une parole plus forte que notre intime condamnation, c’est recevoir le droit de recommencer et ne plus être défini par le pire de soi.

«Le salut en effet ne renvoie pas forcément à l’au-delà, il peut aussi concerner la vie d’ici-bas.»

 

Pourquoi séparer un salut pour plus tard d’un salut ici et maintenant ?

Il n’y a qu’un seul salut.

Il commence ici-bas et ne s’arrête pas à la mort.

Ici-bas: une vie bouleversée et transformée. Dieu sauve. Parce qu’il me libère de la peur, de la haine et du ressentiment. Dieu sauve, parce qu’il me donne de vivre autrement ma relation à l’autre et mes échecs. Dieu sauve parce qu’il m’ouvre à une confiance qui ne dépend pas des circonstances. Oui, «Je verrai la bonté du Seigneur sur la terre des vivants».

Au-delà, car la fidélité de Dieu est plus forte que la mort.

Obsédante question: «Sauvé(s), oui, mais de quoi ?».

 

Illustration: au temple de l’Oratoire, à Paris.

(1) Joey Commes (étudiant en théologie, prédication du dimanche 17 mai 2026 à l’Oratoire du Louvre, Paris): «Si le Seigneur est ma lumière, brille-t-elle seulement pour moi ?».

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Lire aussi sur notre site

Le campus adventiste de Collonges-sous-Sallève

Sauvé, oui, mais de quoi ?

17/04/2026
Rendez-vous de la pensée protestante
«Le terme ‘salut’ est parmi les plus utilisés en christianisme pour désigner à la fois l’aspiration ultime de l’être humain...