Les normes écrasent les agriculteurs

 

« Un sentiment d’irréalité face à des demandes administratives inadaptées au concret du terrain saisit aussi certains agriculteurs. « J’ai eu un contrôle assez étrange sur les surfaces pâturées par mes bêtes, raconte Christophe Morantin, éleveur de brebis et maraîcher dans la Drôme. Eux ont un GPS et un écran avec des images satellite, et il faut faire correspondre avec les broussailles, les amas de pierres, les forêts. Heureusement, je ne m’étais pas trop mal débrouillé dans ma déclaration. Sinon, le risque est d’avoir à rembourser des sommes importantes alors que dans la très grande majorité des cas, l’erreur n’est pas volontaire. On trime et un contrôle peut tout mettre à terre. On ressent de l’impuissance et de l’injustice, surtout quand on voit que Lactalis ou la ferme “des 1.000 vaches” font des erreurs infiniment plus grandes et échappent aux sanctions. » »

La mort en 2017 d’un éleveur tué par les gendarmes à la suite d’un contrôle a attiré l’attention sur le stress vécu par les agriculteurs avec l’accumulation des normes et la multiplication des contrôles. Le sentiment d’inégalité (certains secteurs sont plus contrôlés que d’autres, les normes sont plus faciles à respecter pour les grosses exploitations) et de loterie (« L’interprétation des normes n’est pas la même qu’on soit à Dunkerque ou Biarritz. Dans le cas des produits fabriqués à la ferme, le paysan peut tomber sur une direction départementale zélée qui va regarder tous les produits, mais ailleurs, elle sera plus constructive. ») ajoutent au malaise qui a poussé la Confédération Paysanne à publier un Guide des droits et devoirs en situation de contrôle pour apaiser les relations entre paysans et contrôleurs (eux aussi étant demandeurs) et à pousser à ce que ces contrôles soient d’abord « une évaluation permettant à l’agriculteur d’améliorer ses pratiques ».

17 juillet 2018