Une guerre juste ? La « guerre juste » devant l’abîme
Avec la nouvelle guerre contre l’Iran, «l’histoire s’emballe» mais «il faut des repères» et ne pas renoncer à penser la guerre, même si «tout se dissout: la vérité, la mesure, la limite même du mal». De Thomas d’Aquin et Clausewitz à Michael Walzer et Jeff McMahan, il est toujours aussi difficile d’«inscrire la guerre dans une structure rationnelle» et «la guerre juste, au terme de ce parcours», si elle n’est pas morte, reste «une tension vive, douloureuse, entre nécessité tragique et exigence morale». «Sans illusion ni désespoir.»
«Quand vous entendrez parler de guerres et de menaces de guerres, ne vous laissez pas effrayer, car il faut que ces choses arrivent. Cependant, ce ne sera pas encore la fin» (Marc 13,7).
«Combien de fois faudra-t-il le répéter ? Il y a des guerres justes» (Bernard-Henri Lévy).
À travers les traditions morales et politiques, comment penser le sens du recours à la guerre après les événements du 7 octobre 2023 ? Comment discerner ce qu’il reste de guerre juste dans un monde que la foi a quitté et que le tragique obsède ? Comment répondre à ces questions qui nous hantent tous ? Et ont-elles une réponse ?
Voir le monde «comme un homme qui va s’en aller»
«Je vois le monde par les yeux d’un homme qui va s’en aller», écrit Julien Green dans son Journal. Peut-être est-ce ainsi qu’il faut regarder et tenter de comprendre notre époque. En adoptant le point de vue de la finitude, et regarder véritablement les choses, les hommes, les événements, l’Histoire et le monde depuis ce seuil. En se désengageant de toute illusion. Regarder notre époque non avec la froide rigueur du stratège, mais avec cette lucidité parfois blessée de celui qui sait être de passage et veut assumer la part de responsabilité que cela impose.
Dans un récent article, La guerre en Iran est juste (1), Bernard-Henri Lévy semble affronter une tension similaire: comprendre la tragédie sans s’y résigner, juger sans renoncer. Rappeler que la justice demeure possible même au cœur du tumulte. Sa réflexion, apparemment mal comprise par certains médias (je ne parle pas des insultes des réseaux sociaux), implique, semble-t-il, une réflexion collective (ou qui devrait l’être): comment penser moralement un conflit quand le monde se déchire et se défait ? Comment juger sans haine et rappeler, dans le tumulte, la nécessaire persistance de l’esprit de justice ? Même solitaires, nos voix doivent réveiller sans cesse cette question aussi vieille que la philosophie: peut-on encore parler de guerre juste alors que tout se dissout: la vérité, la mesure, la limite même du mal ?
Depuis le 7 octobre 2023 (2), l’histoire s’emballe. Les alliances vacillent, les certitudes fragiles tombent, les menaces nucléaires s’imposent en arrière-plan de désastres visibles. Notre regard ne peut être celui d’un expert. Il a pour seule ambition d’être lucide. Et nous n’oublions pas non plus les paroles de Jésus sur le mont des Oliviers :
«Quand vous entendrez parler de guerres et de menaces de guerres, ne vous laissez pas effrayer, car il faut que ces choses arrivent. Cependant, ce ne sera pas encore la fin.»
Appel au discernement, dans la paix intérieure en Dieu, même quand les nations s’agitent. Penser aussi la guerre à la lumière de ce verset n’est pas chercher à la justifier, mais à tenter de la comprendre. Y discerner, au milieu du chaos, la trace toujours possible d’une nécessité tragique. Et, peut-être, à travers elle, aussi faible soit-elle, dans un monde assombri, la lumière d’une fragile Espérance, celle que tout n’est pas perdu. Veiller dans l’équilibre brisé du monde.
Oui, c’est ainsi qu’il faut regarder notre époque. Le monde nous survivra et, malgré tout, quoi que nous en pensions, nous en portons une responsabilité morale. Mais il faut des repères. Lorsque tout s’effondre, il faut revenir aux sources de la pensée. Aristote cherchait l’équilibre des vertus, Augustin voyait dans la guerre un symptôme du péché originel, mais c’est Thomas d’Aquin qui, le premier, a su inscrire la guerre dans une structure rationnelle. Avant toute analyse moderne (3), c’est à lui qu’il faut revenir. Revenir à cette quête médiévale d’une «cause juste» dans un monde qui ne l’est pas.
Thomas d’Aquin: justice et nécessité
Pour le théologien (4), la guerre peut-être juste mais elle n’est jamais bonne. Elle relève d’une nécessité morale: protéger l’innocent et maintenir la paix. Il propose un ordre moral à l’acte de guerre: la légitimité du prince, la justice de la cause, la rectitude de l’intention. L’action guerrière, même lorsqu’elle s’impose, reste marquée par une faute originelle. Les événements de 2023 ravivent ce dilemme. L’Iran, par son soutien au pogrom du 7 octobre, son programme nucléaire clandestin (5), son dessein déclaré de détruire Israël, manifeste une hostilité violente et totale (6) qu’aucune diplomatie ne semble pouvoir apaiser (7). Défendre un peuple menacé d’effacement devient alors un impératif moral. La voix de l’Évangile trouve ici un étrange écho: «Il faut que ces choses arrivent». Non en bénédiction de la guerre, mais en reconnaissance de la gravité tragique du monde. Thomas d’Aquin verrait dans cette lutte le mal nécessaire à la survie du juste. Ainsi la guerre demeure-t-elle permise mais jamais pure. Elle s’autorise au nom de la justice, tout en confessant sa propre misère. Agir justement n’est jamais se croire juste: c’est reconnaître la souillure attachée à toute victoire humaine.
Huit siècles plus tard, cette structure théologique vacille. Mais elle continue d’habiter la pensée de nombreux philosophes de la guerre. Le pouvoir politique s’est détaché de la transcendance, la foi s’est effacée devant la raison d’État. Penser la guerre ne consiste plus uniquement à la moraliser. Cependant, même dans un monde sécularisé, il s’agit de savoir si elle peut encore être mesurée par une exigence éthique. C’est à cette frontière que se tient Michael Walzer (8): entre la mémoire des guerres nécessaires et la peur des guerres totales, il tente de sauver, malgré tout, une morale du combat.
Michael Walzer. L’hésitation morale avant la reconnaissance
Chez Michael Walzer, la distinction entre la justice du recours à la guerre (jus ad bellum) de la justice dans la guerre (jus in bello) est essentielle car elle éclaire l’ambivalence première. Le jus ad bellum concerne la justice des raisons d’entrer en guerre: en gros, la guerre défensive contre une agression est le cas paradigmatique de guerre juste. Le jus in bello concerne les moyens employés (discrimination entre combattants et non-combattants, proportionnalité des frappes, respect de certaines limites) quelles que soient les raisons de la guerre. Chez Walzer, ces deux jugements sont indépendants: une guerre peut être juste quant à sa cause et injuste dans sa conduite, ou inversement. C’est cette indépendance qui éclaire l’ambivalence première. On peut reconnaître une cause apparemment légitime tout en doutant fortement de la moralité des moyens employés, ou l’inverse, ce qui rend difficile le jugement moral global sur le conflit. Notre titre sous la forme d’une question ne peut donc pas faire l’économie de l’analyse de ce philosophe. Car les objectifs affichés par Washington oscillent entre la neutralisation d’une menace nucléaire (objectif défensif, proche de la logique ad bellum classique de Walzer: prévenir une agression grave), et le remodelage politique du Moyen-Orient (objectif de transformation régionale, plus proche de l’interventionnisme ou du changement de régime, ou non). «La guerre à tâtons» a titré Le Monde. Ce qui exige, chez Walzer, une justification beaucoup plus précise. Il faut bien reconnaître que la juxtaposition et les variations permanentes de ces finalités – Trump disant tout et son contraire – produisent une confusion sur la vraie juste cause. On est en droit de se poser la question: s’agit-il d’empêcher un danger imminent ou de redessiner l’ordre régional au profit d’intérêts stratégiques plus larges ? Cette indétermination rejaillit sur le critère de proportionnalité ad bellum: la quantité de destructions et de risques acceptés est-elle calibrée sur la neutralisation d’une menace précise, ou sur un projet politique beaucoup plus large et imprécis ?
Or, pour Walzer, on ne peut évaluer la proportionnalité des moyens qu’en fonction d’un but clairement délimité: un objectif maximaliste tend à justifier une extension quasi illimitée des moyens, et c’est précisément ce glissement qu’il dénonce lorsqu’il montre comment, en temps de guerre, les fins s’élargissent pour s’ajuster aux moyens disponibles. Après avoir écouté attentivement l’intervention du Président de la République (allocution du 3 mars, à 20h), on peut juger de l’extrême gravité de la situation. Et comprendre l’hésitation européenne (9), dans un premier temps, qui est, à notre avis, le symptôme de cette ambivalence. Les appels européens à la retenue (critiqués par des commentateurs qui n’ont certainement pas connaissance de Walzer) montrent, en creux, la crainte que l’élargissement des fins incertaines n’entraîne un élargissement corrélatif des moyens. Ce que Walzer identifie comme «une pente dangereuse» où l’on finit par adapter les fins aux moyens plutôt que l’inverse. Entre jus ad bellum et jus in bello s’inscrit l’hésitation morale des démocraties. Et c’est tout à leur honneur.
La neutralisation de menaces précises
L’«ambivalence première», c’est donc le fait que la guerre puisse se présenter comme moralement nécessaire tout en restant moralement suspecte, parce que la cause n’est pas univoque et que la séparation entre jus ad bellum et jus in bello oblige à tenir ensemble des jugements partiellement contradictoires.
Pourtant, il s’agit bien d’abord, c’est-à-dire essentiellement, de la neutralisation de menaces précises. D’une part, l’agression du 7 octobre, appuyée par Téhéran, donne à la guerre un sens défensif indéniable. D’autre part, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) continue de dénoncer les violations répétées par l’Iran du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). En juin 2025, son Conseil des gouverneurs a adopté une résolution (10) accusant Téhéran de non-respect de ses obligations, notamment pour absence d’explications sur des traces d’uranium non déclarées réparties en plusieurs sites. Emmanuelle Galichet, enseignante-chercheuse en sciences et technologies nucléaires au CNAM, faisant un point sur la situation actuelle (11), précise que l’Iran refuse depuis des années d’accorder un accès complet aux inspecteurs de l’AIEA et accumule de l’uranium enrichi au-delà des limites autorisées par l’accord de Vienne du 14 juillet 2015 (JCPoA (12)), dépassant largement les 3,67% et les stocks maximaux permis. Fin février 2026, l’AIEA signalait toujours un blocage sur certains sites, malgré ses obligations légales sous le TNP.
Des pays comme la France, les États-Unis et la Suède ont condamné cette escalade lors de réunions du TNP en mai 2025 (13), appelant à une coopération pleine et menaçant un renvoi au Conseil de sécurité de l’ONU. Début mars 2026, suite à des frappes américaines et israéliennes contre des sites iraniens, l’AIEA a confirmé qu’aucune installation nucléaire clé n’avait été touchée. Aujourd’hui, l’Iran, ayant pour objectif déclaré la disparition d’Israël, posséderait 440 kilos d’uranium enrichi, soit l’équivalent de dix bombes atomiques (14).
Dès lors, en connaissances de ces faits, peut-on parler de guerre juste ? Selon la perspective de Michael Walzer, sioniste libéral, et en tenant compte des menaces (15) précises ici rappelées, certainement: frapper avant la catastrophe devient une obligation morale. Mais le philosophe rappelle que, même dans la guerre juste, la conduite reste soumise à la loi morale: la discrimination et la proportionnalité (16). L’ambivalence de Waltzer, entre une cause défensive légitime et le risque d’excès dans les moyens, trouve à notre avis sa limite dans la reconnaissance des menaces précises. Pourtant, «il faut que ces choses arrivent, mais ce ne sera pas encore la fin». La guerre juste, même nécessaire pour neutraliser une menace réelle, n’épuise pas la quête du Bien et interdit l’illusion d’une victoire totale ou vengeresse. Bernard-Henri Lévy complète ici en affirmant crûment «Il y a des guerres justes», validant l’intervention contre un régime agresseur. Affirmation qui ne peut atténuer cependant l’hésitation morale des démocraties européennes, symptôme salutaire d’une proportionnalité souhaitée maintenue.
La figure de cette «pente dangereuse» est, au fond, brisée par une double voix. Celle de Bernard-Henri Lévy, qui légitime les frappes préventives, et celle du Christ, qui relativise son aboutissement final. En son principe défensif, la guerre en Iran s’avère juste. Mais, comme toute guerre, elle restera «moralement suspecte» tant que la discrimination et la proportionnalité ne seront pas respectées. La victoire militaire n’est qu’un jalon. Elle n’est pas la fin du jugement.
Jeff McMahan. La responsabilité personnelle dans la tourmente
Pourtant, même lestés de certitudes, il nous faut sans cesse reposer cette même question, qui ne peut trouver réponse dans un oui ou dans un non. Une guerre juste ? Walzer nous oblige à regarder la guerre non plus seulement depuis ses causes, mais dans son cours même. Il sait qu’une guerre juste peut devenir injuste à force d’acharnement; que la pureté du motif ne garantit jamais la pureté des moyens. Mais son réalisme demeure collectif: peuples, nations, alliances. Que devient, dans cette architecture, la responsabilité individuelle ? À l’heure des drones, des décisions automatisées, des chefs invisibles, qui porte encore la faute ? C’est cette question, la plus nue, la plus vertigineuse, que Jeff McMahan (17) affronte. Avec lui, la guerre se dépouille de toute grandeur: elle redevient ce qu’elle n’a jamais cessé d’être, une somme de décisions humaines, chacune lourde de culpabilité possible.
On le pressent, l’approche de McMahan, centrée sur la culpabilité individuelle, complique l’analyse. La guerre ne serait pas affaire d’institutions, mais de consciences. Mais qui mérite d’être visé ? Les civils, les soldats, les dirigeants ? L’exigence morale devient presque intenable. Pourtant, la responsabilité explicite des ayatollahs, des Pasdarans et des scientifiques impliqués dans la guerre ou le projet nucléaire justifie leur neutralisation ciblée. Les civils, eux, doivent être protégés, car ils ne sont pas, selon le philosophe, responsables du mal collectif.
Ainsi, même quand la justice commande l’action, demeure le rappel évangélique: «Ne vous effrayez pas…». Invitation non à la passivité, mais à la lucidité face à un monde pécheur où «il faut que ces choses arrivent». Cependant, même chez McMahan, une inquiétude semble persister: celle du sens politique. Si la responsabilité se fragmente à l’infini, elle risque d’effacer le cadre où s’exerce la justice. Qui décide ? Qui assume la finalité de la guerre ? Il semble qu’à trop scruter la conscience des acteurs, on oublie le mouvement général qui les entraîne ou les emporte. C’est précisément ce déséquilibre que Clausewitz réintroduit dans toute sa radicalité. On le sait, sa pensée ne vise pas la moralisation du conflit, mais son intelligibilité politique: la guerre y apparaît non comme une faute morale, mais comme une forme extrême du rapport de forces, une modalité de la raison d’État où la survie collective fonde la norme de l’action. Certes, ce déplacement n’abolit pas la question du mal; il la reconfigure. Il en déplace la portée en la rendant encore plus explicite et plus inéluctable (18). Le mal cesse d’être l’effet d’une conscience défaillante pour devenir le corrélat nécessaire d’une logique du pouvoir; le moment tragique où le politique excède le moral sans pourtant s’en affranchir.
La guerre politique et son horizon incertain
Pour Clausewitz, la guerre prolonge la politique par d’autres moyens. Les formules changeantes et contradictoires du président des États-Unis dévoilent un manque de cohérence stratégique. Mais face à un ennemi qui nie jusqu’au droit d’exister du peuple d’Israël, la négociation ne suffit plus. La guerre devient le dernier langage de la survie. Neutraliser les capacités iraniennes serait alors un objectif limité, rationnel, mais vital. Et pourtant, la voix de Christ rappelle: «Ce ne sera pas encore la fin». Parce que la victoire militaire après la guerre ne clôt pas l’histoire; elle ne fait qu’en repousser les limites tragiques. Chez Clausewitz, tout semble ramené à la froide dialectique de la force. La guerre ne relève plus d’un jugement moral, mais d’un langage politique lorsqu’elle ne trouve plus d’autres mots. Pourtant, même dans cette froide rigueur stratégique, quelque chose résiste: le sentiment que la raison pure ne suffit pas à rendre compte du désastre.
C’est là que la pensée redevient humaine. Après Thomas, Walzer, McMahan et Clausewitz, après les justifications et les remords, il reste cette interrogation nue: comment demeurer juste dans un monde où la justice ressemble parfois à la guerre ? Comment continuer à penser quand la pensée elle-même paraît impuissante ?
La guerre juste, au terme de ce parcours, n’est pas une théorie mais une blessure dans nos consciences. Et c’est dans cette blessure que s’ouvre la dernière étape de cette modeste réflexion. Non plus sur la légitimité de la guerre, mais sur ce regard d’effroi et de lucidité qui en mesure le prix.
Une reconnaissance morale traversée d’effroi
Ainsi, face à l’abîme, la guerre juste n’est ni un dogme ni une illusion. C’est une tension vive, douloureuse, entre nécessité tragique et exigence morale. Les paroles du Christ nous y invitent: «Quand vous entendrez parler de guerres et de menaces de guerres, ne vous laissez pas effrayer, car il faut que ces choses arrivent. Cependant, ce ne sera pas encore la fin». Bernard-Henri Lévy le martèle avec certitude: «Combien de fois faudra-t-il le répéter ? Il y a des guerres justes».
Mais c’est Julien Green qui, par-dessus et au-delà de ces vérités, nous aide à porter le regard décisif: «Je vois le monde par les yeux d’un homme qui va s’en aller».
Depuis ce seuil de la finitude, sans illusion ni désespoir, nous discernons la guerre non comme fin du jugement, mais comme un jalon fragile vers une Espérance persévérante. Veiller à ce que la justice humaine demeure possible, tenter de comprendre, juger sans parti pris, agir si l’on peut. Voilà notre humble responsabilité, dans un monde qui nous survit mais que nous ne devons jamais cesser d’éclairer, coûte que coûte, jusqu’au bout.
Illustration: Trump «supervise l’Opération « Epic Fury » à Mar-a-Lago» le 28 février 2026 (photo Daniel Torok, Maison Blanche).
(1) Bernard-Henri Lévy, La guerre en Iran est juste, Le Point, 2 mars 2026. La guerre juste est «une notion qui résiste» (Matthieu Richelle, De la guerre juste à l’éthique, Forum protestant/Foi&Vie/Rendez-vous de la pensée protestante, 20 février 2026 (25 juin 2023)).
(2) Le 7 octobre 2023, Israël était frappé par des attaques terroristes d’une ampleur et d’une brutalité sans précédent, pire massacre antisémite depuis la Shoah.
(3) «De saint Augustin à saint Thomas, Hugo Grotius et, aujourd’hui, Michael Walzer, il y a une théorie de la guerre juste…», écrit BHL. C’est le cheminement que nous poursuivrons à peu près ici, sans oublier McMahan et Clausewitz.
(4) Thomas d’Aquin, Somme théologique, De la guerre.
(5) L’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) estime que, lorsque Israël a lancé ses frappes aériennes le 13 juin, l’Iran disposait d’un stock de 440 kg d’uranium enrichi à 60% de pureté, soit à quelques «pas techniques» seulement du niveau de 90% requis pour la fabrication d’armes nucléaires. (Rapport GOV/2025/12 sur le programme nucléaire iranien.) Nous y reviendrons.
(6) N’oublions pas que le 1er octobre 2024, l’Iran a lancé environ 200 missiles balistiques vers Israël en deux vagues. Les autorités iraniennes ont justifié ces tirs par les assassinats de dirigeants du Hezbollah, du Hamas et des Gardiens de la révolution.
(7) Des voix apparemment autorisées jugent que plusieurs voies diplomatiques n’auraient pas été pleinement explorées, voire délibérément «contournées» avant le passage à la guerre. Ces alternatives existeraient dans le cadre du droit international et des pratiques classiques de résolution des crises. En substance, la guerre pourrait apparaître comme une «option politique choisie», alors que de nombreuses alternatives diplomatiques étaient encore possibles, notamment: négociations directes ou indirectes, renforcement des sanctions multilatérales, conférences régionales et mécanismes de contrôle internationaux.
(8) Michael Walzer, Guerres justes et injustes, Argumentation morale avec exemples historiques, traduit par Simone Chambon et Anne Wicke, Belin, 1999 (réédition chez Gallimard (Folio Essais), 2006, 2026), édition originale: Just and Unjust Wars, A Moral Argument with Historical Illustrations, Basic Books, 1977). On pourra consulter: Nicolas Weill, Guerres justes et injustes, de Michael Walzer: typologie de l’enfer, Le Monde, 6 avril 2006. On pourra également consulter une étude dont nous nous inspirons ici: Maíra Dos Santos Matthes Da Costa, La théorie révisionniste de la guerre juste et la dépolitisation de la guerre, Philosophiques 49/2 (automne 2022), pp.499-510. Ce texte compare deux approches de la théorie de la guerre juste. L’auteure montre comment Michael Walzer défend une vision traditionnelle qui sépare la justice du recours à la guerre (jus ad bellum) de la justice dans la guerre (jus in bello). Selon elle, cette distinction permet de juger séparément les décisions politiques et le comportement des soldats. Il aborde comparativement les théories Jeff McMahan (que nous évoquerons ultérieurement) et des révisionnistes qui refusent cette séparation puisque pour eux, seule la responsabilité morale individuelle compte. Une personne peut être une cible légitime uniquement si elle est moralement responsable d’un tort, qu’elle soit soldat ou civil. Mais Maíra Dos Santos Matthes Da Costa souligne que cette logique remet en cause les bases du droit international humanitaire: si on juge chaque soldat selon sa responsabilité morale, les protections juridiques entre civils et combattants disparaissent. L’auteure critique cette vision, qui, selon elle, oublie que la guerre est un acte politique collectif, et non une somme d’actions individuelles. En cherchant à moraliser la guerre comme une situation de paix, le révisionnisme en nierait la spécificité et les réalités violentes. On pourra éventuellement consulter l’article War (Guerre) dans l’encyclopédie de la philosophie Stanford. Article dont je me suis également servi pour rédiger ces lignes.
(9) Et comprendre aussi l’apparente politique du «en même temps», certains journalistes reprochant au Président de la République de «mettre longtemps à réfléchir» (dont Nicolas Betous, Esprits libres, Radio Classique, 4 mars 2026).
(10) Accord de garanties TNP avec la République islamique d’Iran, résolution IAEA adoptée le 12 juin 2025.
(11) L’invité de la matinale, Radio Classique, 4 mars 2026.
(12) Joint Comprehensive Plan of Action, Plan d’action global commun (PAGC) en français.
(13) «L’Iran n’a toujours pas fourni d’explications techniquement crédibles concernant la présence de matières nucléaires détectées sur des sites non déclarés» (Farid Mahoutchi, L’escalade nucléaire du régime iranien dénoncée lors de la réunion du TNP, CNRI (Conseil national de la résistance iranienne), 7 mai 2025.
(15) Des experts du droit international considèrent cependant que l’argument de «menaces imminentes» est insuffisamment prouvé et juridiquement contesté. Selon eux, l’objectif d’empêcher toute arme nucléaire ne reposerait pas sur une menace concrète et immédiate, mais sur des scénarios ou des hypothèses possibles. Ainsi plusieurs pays du Sud, mais aussi… la Russie, ont dénoncé une attaque «illégale». Stéphanie Maupas, Que dit le droit international sur l’attaque israélo-américaine sur l’Iran, et sur les représailles de Téhéran ?, Le Monde, 2 mars 2026. Ces spécialistes du droit international voient dans cette intervention «une agression unilatérale» non encadrée par le droit.
(16) Michael Walzer interrogé par Valentine Faure, «L’engagement militaire israélien contre l’Iran était justifié, mais je suis horrifié à à l’idée qu’il puisse conduire à une nouvelle victoire électorale de Netanyahou», Le Monde, 9 juillet 2025.
(17) Jeff McMahan, Killing in war, Oxford University Press, 2009. Aucune traduction française, malheureusement. Voir note 7. On pourra consulter The Ethics of Killing in War, Brain in a Vat, 29 octobre 2023. À partir de nombreux articles lus, je crois cependant pouvoir préciser la théorie du philosophe dont l’ouvrage est parfois présenté comme supplantant celui de Michael Walzer. Dans Killing in War, Jeff McMahan soutient que la responsabilité morale de tuer en guerre dépend avant tout de la responsabilité face à une menace injuste: ceux qui participent à une guerre sans cause juste portent une responsabilité morale individuelle pour les préjudices qu’ils contribuent à causer. Cette thèse remet en question plusieurs principes centraux de la théorie traditionnelle de la guerre juste, encore dominante mais de plus en plus contestée. Par la profondeur et la portée de son analyse, McMahan semble renouveler radicalement la réflexion sur la moralité des meurtres en temps de guerre. Voir la critique de Maíra Dos Santos Matthes Da Costa (note 7).
(18) Réactualiser Clausewitz ? Une diplomatie à la dérive, Forum protestant, 27 juin 2025.
