Faire hommage à la pensée complexe - Forum protestant

Faire hommage à la pensée complexe

«Ni une pensée compliquée ni une pensée obscure»: la pensée complexe selon Edgar Morin «vise à saisir les phénomènes dans leur pluralité, leurs relations et leurs contradictions». Une «méthode de pensée» qui est aussi aujourd’hui «une forme de résistance intellectuelle» à l’heure des «réactions immédiates», «oppositions binaires» et «certitudes rapides».

 

 

 

«Ce qui m’étonne, c’est qu’on s’étonne si peu de vivre !» (Edgar Morin) (1).

Ce dernier week-end de mai, des violences urbaines désormais rituelles ont salué un événement sportif et saturé l’espace médiatique. La nouvelle du décès d’Edgar Morin, samedi 30 mai, fut momentanément étouffée par les déferlements de hordes incontrôlables et destructrices saluant la victoire du PSG en Ligue des champions. Et malgré l’hommage officiel aux Invalides, en dépit des formules hâtives et convenues des politiques sur X, la question demeure: quelle place accorder aux grandes voix de la pensée ? Les œuvres qui invitent à comprendre la complexité du monde ne semblent plus trouver l’attention qu’elles méritent. Edgar Morin aurait trouvé là encore matière à réflexion, dans cette perpétuelle tension entre le spectaculaire et le réflexif. Lui qui n’a cessé d’interroger les mécanismes culturels, sociaux, médiatiques des sociétés contemporaines.

Mais il faut bien le constater: la mort d’un penseur devient un fait biographique, alors qu’elle ouvre un espace de lectures, ou de relectures, permettant de mesurer la portée d’une œuvre. Comme si la question était moins de savoir ce que signifie la disparition d’un penseur majeur que ce que signifie pour une société la capacité – ou l’incapacité – à recevoir une telle disparition comme événement de pensée. Entre l’effacement médiatique et la persistance des œuvres dans la durée, se joue une tension plus profonde: celle entre une culture de l’instant et une culture de la complexité. C’est dans cet intervalle que s’inscrit aujourd’hui la nécessité de revenir à Edgar Morin, non comme à une figure du passé, mais comme à un penseur critique permettant de reconfigurer notre rapport au réel. Et permettant aussi de penser contre nous-même, dans un souci d’exigence critique.

 

 

La pensée complexe: l’intelligence des relations, des contradictions et des totalités

La pensée complexe chez Edgar Morin n’est ni une pensée compliquée ni une pensée obscure. Cette notion qui est au cœur de sa réflexion (2) s’élabore contre la simplification excessive de la connaissance moderne et contre les cloisonnements disciplinaires qui fragmentent notre compréhension du réel. C’est une méthode intellectuelle qui vise à saisir les phénomènes dans leur pluralité, leurs relations et leurs contradictions. Il s’agit de comprendre ce qui relie, mais aussi ce qui distingue, voire oppose. Ce qui unit autant que ce qui sépare. Selon Edgar Morin, on ne peut appréhender le réel, sa richesse, qu’en dépassant les logiques réductrices.

La pensée complexe repose sur un constat fondamental: le réel ne se laisse jamais réduire à une seule cause. Encore moins à une seule discipline, voire à une seule explication. Les événements humains, sociaux ou naturels, sont constitués d’interactions multiples qui produisent des effets imprévisibles. Toute connaissance qui isolerait artificiellement les éléments d’un tout risque de perdre de vue ce qui leur donne sens.

Cela peut sembler évident. Mais cette perspective s’oppose à une longue tradition intellectuelle, qui perdure, fondée sur la séparation des savoirs. Toute spécialisation scientifique permet des avancées considérables de la recherche, en même temps qu’elle favorise, en l’amplifiant parfois, une fragmentation de la connaissance. Il ne s’agit pas de renoncer à l’analyse. Mais Edgar Morin critique son autonomie excessive lorsque le chercheur néglige de réinscrire les parties dans le tout. Comprendre ne signifie pas décomposer; cela implique également de mettre en relation.

L’un des principes fondamentaux sur lequel repose la pensée complexe est le principe dialogique (3) selon lequel des réalités apparemment opposées peuvent à la fois être antagonistes et complémentaires. Là où la pensée simplificatrice tend à choisir entre deux termes contradictoires, Edgar Morin invite à penser leur coexistence. L’ordre et le désordre, l’individu et la société, l’autonomie et la dépendance, la raison et l’émotion ne s’excluent pas mutuellement. Ils participent ensemble à la dynamique du réel. La complexité réside précisément dans cette capacité à tenir ensemble des dimensions que la logique classique tend à séparer.

Certains n’ont vu dans ces principes qu’une théorie alors qu’ils développent à vrai dire une véritable méthode de pensée. On ne peut connaître qu’en contextualisant, en reliant, en articulant les niveaux différents de la réalité et, par conséquent, accepter une part irréductible d’incertitude. La connaissance est un travail permanent de mise en relation. Approche d’autant plus pertinente et actuelle dans un monde où les questions essentielles, les problèmes majeurs, dépassent les frontières traditionnelles des disciplines. Le changement climatique, les migrations, les pandémies, les transformations numériques, les tensions géopolitiques ne peuvent être compris selon une unique perspective. Ces problèmes exigent une intelligence capable de penser simultanément des dimensions économiques, politiques, culturelles, biologiques, technologiques et éthiques.

 

Penser les crises contemporaines à la lumière de la complexité

L’actualité mondiale confirme la pertinence de la pensée d’Edgar Morin. Car les approches fragmentées se révéleront toutes largement insuffisantes pour faire face aux grandes crises contemporaines.

La crise écologique est sans aucun doute l’exemple le plus manifeste. Trop longtemps envisagée sous l’angle environnemental, elle n’a pas été considérée suffisamment tôt comme une crise globale. «À mon avis, les carences dans le mode de pensée, jointes à la domination incontestable d’une soif effrénée de profit, sont responsables d’innombrables désastres humains», déclare Edgar Morin (4). Les dérives d’un ultra-libéralisme, sa fuite en avant aveugle, sa poursuite d’intérêts à court terme, occultent sciemment cette globalité qui implique les modes de production, les systèmes énergétiques, les choix politiques, les comportements culturels, les représentations du progrès, les modèles de développement économiques, etc. Toute tentative de résolution qui négligerait l’une de ces dimensions demeurera partielle, donc inefficace et transformera l’évitable en inéluctable. «Relever le défi de la complexité afin de distinguer, relier et affronter l’incertain», disait-il dans ses conférences à l’Unesco et devant les étudiants en 1994, lors des rencontres Sciences et Citoyens, organisée au Futuroscope par le CNRS (5).

C’est dans ce contexte que les concepts de «terre-patrie» et de «communauté de destin terrestre» prennent tout leur sens, contributions majeures de ce penseur universel à la réflexion contemporaine. L’humanité partage désormais un destin commun à l’échelle planétaire. Les menaces climatiques, écologiques, économiques, sanitaires, nucléaires ignorent les frontières politiques. Elles rappellent que les sociétés humaines sont engagées dans une même aventure historique. Cette communauté de destin ne supprime pas les différences culturelles, nationales ou religieuses. Elles révèlent simplement que toutes ces différences s’inscrivent dans un horizon commun de responsabilité et de vulnérabilité.

Songeons à la pandémie du Covid- 19. Elle a illustré cette interdépendance généralisée. Un virus localisé a déclenché en très peu de temps une crise mondiale, affectant simultanément la santé publique, l’économie, les institutions politiques, les systèmes éducatifs, les modes de vie et les équilibres géopolitiques. Elle a révélé comment les sociétés contemporaines fonctionnent selon des mécanismes récursifs: les décisions sanitaires influencent l’économie, laquelle modifie en chaîne les comportements sociaux puis les choix politiques.

Les mutations ou les transformations liées à l’intelligence artificielle sont un autre exemple de cette complexité croissante. Ces technologies ne soulèvent pas seulement des questions techniques. Elles interrogent (et affectent durablement) non seulement l’économie, mais aussi le travail donc l’emploi, la création, les libertés individuelles donc les mécanismes démocratiques. Et jusqu’à la définition de l’humain. Plus que jamais, la pensée complexe apparaît comme un outil indispensable pour comprendre ces mutations sans pour autant céder ni à un enthousiasme aveugle ni à un catastrophisme simplificateur.

 

Une éthique de responsabilité, de solidarité et de conscience planétaire

La pensée complexe n’est pas uniquement une méthode de connaissance; elle porte une exigence éthique. Parce qu’elle met en lumière les interdépendances qui relient les individus, les sociétés et les cultures, les écosystèmes. C’est ainsi qu’elle conduit à une conscience accrue de la responsabilité. Dans un monde globalisé – nous en faisons chaque jour l’expérience – aucune action n’est isolée de ses conséquences. Les choix économiques, les décisions politiques, les innovations techniques, les comportements individuels ont des conséquences qui dépassent largement leur contexte immédiat. L’indifférence prévaut malheureusement, alors que cette réalité impose une éthique fondée sur la solidarité. Edgar Morin, trop souvent contesté par des idéologies aveugles ou un académisme universitaire jaloux (6), a constamment défendu cette idée qu’une véritable conscience humaine doit désormais être à la fois locale et planétaire. Chacun d’entre nous appartient à une famille, à une culture, à une nation; mais chacun d’entre nous appartient à l’humanité tout entière. La pensée complexe conduit à une citoyenneté élargie. Celle qui articule sans cesse le proche et le lointain, l’identité et l’universalité, la diversité et l’unité. Faire hommage à ce penseur visionnaire, c’est promouvoir une culture de la responsabilité. Celle qui, seule, pourra répondre aux défis communs de l’humanité sans renoncer à la richesse des diversités.

 

Une pensée ouverte : le dialogue des sciences et de la philosophie

Pensée originale, pensée féconde qui s’inscrit dans un vaste mouvement intellectuel. La pensée complexe n’est ni un système clos, ni une théorie isolée. Elle participe d’une transformation plus générale des modes de connaissance traversant les sciences, la philosophie, les sciences humaines depuis la seconde moitié du 19e siècle. De nombreux chercheurs se sont heurtés aux limites des modèles explicatifs, fondés sur la séparation, la mutilation (7), la réduction et la spécialisation excessive des savoirs. Ils ont alors cherché à élaborer des approches nouvelles capables de saisir l’interdépendance des phénomènes, la dynamique des systèmes vivants, mais aussi et surtout l’incertitude du réel.

Les travaux du chimiste et physicien Ilya Prigogine s’inscrivent dans cette perspective. Dans La fin des certitudes (Odile Jacob, 1996), il montre que le désordre n’est pas seulement une force de dégradation mais qu’il peut devenir une source d’organisation, voire d’innovation. Illustration exemplaire du concept de dialogisme: l’ordre peut émerger de situations instables, imprévisibles. Le chercheur rejoint l’intuition fondamentale d’Edgar Morin, à savoir qu’ordre, désordre et organisation entretiennent des relations de complémentarité et de tension permanentes. L’incertitude n’est plus la limite provisoire de la connaissance; elle est dimension constitutive du réel.

On pense également aux travaux de Gregory Bateson, anthropologue, biologiste et théoricien de la communication. Son concept d’«écologie de l’esprit» (Vers une écologie de l’esprit, Seuil, 1977) souligne que les processus biologiques, psychologiques et culturels participent d’une même dynamique d’interactions. Point de convergence majeur avec la pensée complexe. Cette attention méthodique portée aux relations, aux contextes, mais aussi aux rétroactions sont au cœur de la démarche d’Edgar Morin. Tous deux refusent les cloisonnements disciplinaires parce qu’ils cherchent à construire une intelligence capable de penser les parties et le tout, les individus et les systèmes auxquels ils appartiennent.

Enfin, plus récemment, les travaux du sociologue et philosophe Bruno Latour (1947-2022) ont renouvelé la compréhension des liens entre les êtres humains, les objets techniques et les milieux naturels. Sont remises en question les oppositions traditionnelles entre nature et société, sujet et objet; le monde contemporain se révèle constitué d’assemblages complexes au sein desquels interagissent les acteurs humains et non-humains. Les catégories héritées de la modernité deviennent insuffisantes pour comprendre la complexité des interdépendances qui structurent et régissent notre expérience collective. Les travaux de Latour (Nous n’avons jamais été modernes, La Découverte, 1991) convergent avec la réflexion d’Edgar Morin dans cet effort pour dépasser les cloisonnements artificiels afin d’élaborer une pensée complexe, capable d’intégrer la pluralité des dimensions du réel.

 

Le paradigme de la complexité. Une réforme de la pensée

Ces convergences confirment l’émergence d’un paradigme de la complexité qui traverse aujourd’hui de nombreux domaines: physique, biologie, écologie (8), sociologie, anthropologie, herméneutique littéraire, philosophie, psychologie… Bien sûr, les concepts et les méthodes sont et demeurent distincts, mais les chercheurs qui inscrivent leurs travaux dans ce paradigme partagent la même critique des approches réductrices strictement disciplinaires. Ils ont en commun cette même volonté de penser leurs objets de recherche dans leur contexte, leurs interactions et leur devenir. Dans ce paysage intellectuel, Edgar Morin occupe une place singulière, encyclopédique et transdisciplinaire. Plus qu’une théorie de la complexité, le penseur visionnaire propose une réforme de la pensée, en la fondant sur la capacité à relier ce qui est séparé sans abolir les différences.

À l’heure où les défis globaux mettent en évidence l’enchevêtrement des problèmes contemporains, la pensée complexe se révèle une ressource essentielle pour comprendre et habiter ce monde marqué par l’incertitude, l’interdépendance (9) et la pluralité.

 

La pensée complexe comme résistance à la simplification

L’une des dimensions les plus importantes de la pensée d’Edgar Morin, peut-être la plus décisive, est sa critique permanente de la simplification. Nos sociétés sont traversées par la multiplication des flux informationnels qui déclenchent les réactions immédiates, favorise les oppositions binaires et les certitudes rapides. Les phénomènes complexes sont systématiquement réduits à des alternatives simplistes: vrai/faux, progrès/déclin, ami/ennemi, etc. Face à cette tendance, la pensée complexe est une forme de résistance intellectuelle. Elle ne fait pourtant que rappeler ce que nous savons trop bien: les réalités humaines sont faites d’ambiguïtés, de tensions et de contradictions souvent irréductibles. Comprendre ne consiste pas à éliminer ces contradictions, mais à les penser. C’est là que le principe dialogique prend toute sa portée: il nous invite à reconnaître que des vérités partielles peuvent co-exister, qu’aucune perspective ne saurait, à elle seule, épuiser la richesse du réel.

Faut-il souligner que cette exigence éthique possède une valeur démocratique ? Une société capable de reconnaître la complexité est une société ouverte au dialogue, à la délibération, à la nuance. Le tableau de notre société est bien loin de refléter cette sagesse: les simplifications excessives alimentent les radicalisations, les replis identitaires et toutes les formes d’intolérance.

 

Le temps long de la pensée

Au fond, en rédigeant ces lignes et sur le point de conclure, je réalise combien la disparition d’Edgar Morin n’est pas un événement biographique que l’on peut réduire à un fait d’actualité. C’est plutôt un seuil symbolique qu’il faudrait savoir franchir. Cette disparition engage une interrogation plus profonde sur la manière dont une civilisation accueille – ou non – ce qui relève du temps long de la pensée. Là où l’événement médiatique sature immédiatement l’espace de notre attention, la pensée complexe introduit l’exigence de la lenteur, de la mise en relation, de la maturation intellectuelle. Peut-être est-ce cette dissymétrie qui donne à notre situation contemporaine sa portée philosophique. Car si la modernité tardive se caractérise par une accélération continue des flux d’informations, des affects collectifs et des formes les plus évidentes de visibilité, elle semble simultanément fragiliser nos capacités à reconnaître la densité propre des œuvres qui exigent du temps pour être comprises, et que l’on comprend souvent lorsqu’il est trop tard. La question n’est pas seulement de savoir ce que devient une œuvre après la disparition de son auteur, mais ce que devient une culture lorsqu’elle peine à maintenir vivante la distinction entre l’instant et la durée, entre le spectaculaire et le conceptuel, entre l’émotion et la compréhension.

 

Une épreuve critique adressée à notre époque

Faire hommage – et non «rendre hommage» – à la pensée complexe, c’est se garder de la figer selon les rites convenus de la commémoration. C’est éviter aussi ces enterrements de première classe qui la transformeraient en une sorte de doctrine patrimoniale. Car cela implique de maintenir vivante une exigence intellectuelle: ne pas céder à la tentation des évidences immédiates, résister aux simplifications rassurantes, préserver la possibilité d’une pensée capable de relier ce que le monde ne cesse d’opposer et de séparer. Car c’est en cela que la pensée d’Edgar Morin dépasse la figure de son auteur: elle devient une épreuve critique adressée à notre époque. Dans cette tension toujours active entre savoir et incertitude, la forme la plus juste d’hommage serait de ne pas saluer une pensée pour la clore, mais consentir à ce qu’elle continue à travailler notre réel, la manière dont on l’habite et le comprend.

Et à nous apprendre ainsi, malgré tout, à encore nous étonner de vivre.

 

Illustration: Edgar Morin à Porto Alegre en 2011 (Fronteiras do Pensamento, CC BY-SA 2.0).

(1) Quand Edgar Morin s’exprimait sur les réseaux sociaux (INA, 30 mai 2026). Extrait de l’entretien avec Laure Adler, INA, 2024.  

(2) Edgar Morin, La Méthode, tome 3, La connaissance de la connaissance, Seuil, 1986 (Points, 2014). J’ai personnellement abordé cette notion de pensée complexe dans le champ de l’herméneutique. Je me sers ici d’anciennes notes de cours (Sens et contre-sens) dans le cadre d’un master recherche.

(3) La pensée complexe repose sur trois principes. Edgar Morin complète le principe dialogique par celui de la récursivité organisationnelle, selon lequel les effets deviennent les causes de ce qui les produit (la société forme les individus qui transforment ensuite la société), et par le principe hologrammatique, qui affirme que le tout est présent dans les parties tandis que les parties contribuent à constituer le tout. Ces principes soulignent la causalité circulaire et l’interdépendance entre l’individu et le collectif dans les systèmes complexes.

(4) «Cette crise nous pousse à nous interroger sur notre mode de vie, sur nos vrais besoins masqués dans les aliénations du quotidien», Edgar Morin interrogé par Hervé Truong, Le Monde, 19 avril 2020.

(5) Cette intervention a été publiée par l’Actualité Poitou-Charentes (janvier 1995). Lire: Avec Edgar Morin, l’avenir de notre Terre-Patrie, Espace Mendès France. 

(6) On pense au célèbre article de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, publié en 1963 dans la revue Les Temps modernes et intitulé Sociologues des mythologies et mythologies des sociologues, à propos de L’esprit du temps, paru en 1962. Pitoyable entreprise visant à «bannir de l’univers scientifique» un ouvrage que les deux compères qualifiaient alors de «vulgate pathétique».

(7) «L’ennemi de la complexité, ce n’est pas la simplicité, c’est la mutilation», écrit Edgar Morin dans Messie, mais non, in Arguments pour une méthode, Seuil, 1990.

(8) On pourra lire la tribune qu’Edgar Morin signe le 12 juin 2009 dans Le Monde, intitulée Changer le rapport de l’homme à la nature n’est qu’un début.

(9) À la veille d’élections décisives, nos politiques – certains ayant visiblement perdu leur boussole – seraient bien inspirés de lire l’ouvrage de Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique, La Découverte (Cahiers libres), 2017. Je cite la critique que Sylvie Koller fait de l’ouvrage: «Si le sol se dérobe, c’est que nous vivons sous une triple menace: le Nouveau Régime climatique, l’explosion des inégalités et les migrations généralisées. Or, nous ne pouvons plus faire fond sur des catégories dépassées pour dégager un horizon commun. D’ailleurs, Bruno Latour montre que les élites y ont renoncé, faisant sécession pour vivre hors sol, dans le déni climatique, comme le revendique la Présidence américaine» (Études 4246, février 2018). 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Lire aussi sur notre site