La France à l’épreuve du tragique, ou l’infernal cercle vicieux des crises - Forum protestant

La France à l’épreuve du tragique, ou l’infernal cercle vicieux des crises

«La crise politique paralyse la décision publique. Le contexte géopolitique réduit la possibilité de toute action autonome. L’état des finances publiques interdit de répondre aux urgences. Et les fractures sociales rendent impossible, en l’absence de majorité parlementaire, le consentement aux sacrifices et aux réformes nécessaires.» Pour Jean-Paul Sanfourche, ces crises qui s’accumulent et s’alimentent en France font craindre que «les réponses» deviennent «de plus en plus difficiles, voire impossibles», et que la période à venir soit «difficile, éprouvante, peut-être tragique». Le tragique naissant «à ce point précis où l’on comprend ce qu’il faudrait faire» et où on réalise que les conditions «se dérobent».

 

 

«C’est les ténèbres.»

Prudences préliminaires

Ces lignes sont le fruit d’observations, de lectures et de réflexions personnelles sur la situation de la France et les incertitudes qui pèsent sur son avenir. Elles ne prétendent ni à l’expertise d’un économiste ou d’un politologue, ni à l’exhaustivité d’une analyse universitaire. Elles procèdent d’une démarche plus simple: celle d’un citoyen attentif aux évolutions de son temps, soucieux, malgré son âge, de continuer à comprendre le présent et inquiet de ne pas entrevoir clairement ce que sera demain.

Cette réflexion ne suit donc pas toujours un chemin rectiligne. Ma démarche pourra parfois sembler hésitante. Elle l’est par nécessité. Face à des crises qui s’entrecroisent, se renforcent et se transforment mutuellement, il faut parfois revenir sur une idée, reprendre un raisonnement, explorer une hypothèse, en éprouver les limites avant de pouvoir en mesurer la portée. C’est une démarche tâtonnante, au sens où elle cherche son chemin en avançant, et heuristique, parce qu’elle vise moins à démontrer une thèse arrêtée d’avance qu’à faire émerger progressivement des relations, des mécanismes et des risques qui ne sont pas immédiatement perceptibles.

Il ne s’agit donc ici ni de prédire l’avenir ni d’imposer des conclusions définitives, mais de mettre en relation plusieurs évolutions préoccupantes, d’examiner leurs interactions et de mesurer les risques qu’elles font peser sur notre avenir collectif. Cette communication se veut, avec d’éventuelles répétitions ou reformulations dont je tiens par avance à m’excuser, le témoignage honnête et sans apprêts de l’effort de saisir un même phénomène sous différents angles pour tenter d’en comprendre la logique profonde. Lorsque les incertitudes s’accumulent et que les décisions présentes engagent les générations futures, l’absence de certitudes ne saurait justifier que l’on détourne le regard. Encore faut-il accepter de chercher, quitte à tâtonner, plutôt que de renoncer à comprendre.

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«C’est les ténèbres.» La formule était inscrite sur des pancartes brandies par de jeunes manifestants le 17 octobre. On a alors parlé de colère, de rejet de ceux qui nous gouvernent. On a aussi parlé d’une profonde inquiétude. Celle que l’on éprouve lorsqu’on a le sentiment que nos repères se dérobent. Celle que l’on éprouve aujourd’hui lorsque les crises s’accumulent et que l’avenir, au lieu d’être un horizon envisageable, se laisse entrevoir sous la forme d’une succession d’événements que l’on s’apprête à subir.


«C’est les ténèbres.» Formule brève qui révèle cette question lancinante qu’on se pose sans oser la formuler clairement par peur de la réponse: la France, est-elle encore en mesure de choisir son destin, ou commence-telle à perdre la capacité de le maîtriser ? Interrogation issue du constat de la convergence de difficultés qui, prises séparément, seraient préoccupantes, mais dont l’étroite combinaison change totalement les perspectives. La crise politique paralyse la décision publique. Le contexte géopolitique réduit la possibilité de toute action autonome. L’état des finances publiques interdit de répondre aux urgences. Et les fractures sociales rendent impossible, en l’absence de majorité parlementaire, le consentement aux sacrifices et aux réformes nécessaires. Or chacune de ces crises a beau sembler avoir sa propre logique, mises ensemble elles s’inscrivent dans une sorte d’engrenage dont on ne pourrait freiner la rotation. Les réponses devenant de plus en plus difficiles, voire impossibles, lorsque les problèmes se font de plus en plus pressants. C’est cette convergence et cette mécanique qui nous obligent à envisager la perspective d’une période à venir difficile, éprouvante, peut-être tragique. Et tout cela sur le fond permanent d’une crise climatique !

Tragique ?

Tragique. Ce mot ne doit pas être employé à la légère. Il «exprime la terreur, l’angoisse, une émotion violente», liées à «quelque événement qui bouleverse par son caractère désastreux». C’est ce que dit le dictionnaire (1). C’est ce que laisse entendre la situation actuelle de notre pays, dans laquelle les difficultés cessent d’être simplement juxtaposées pour se transformer en contraintes réciproques. Une situation où les choix deviennent plus douloureux, les solutions moins accessibles, et les conséquences des décisions anciennes beaucoup plus difficiles à corriger. Comme dans nos vies, le tragique naît à ce point précis où l’on comprend ce qu’il faudrait faire, mais que l’on réalise, sans se l’être avoué auparavant, que les conditions politiques, financières ou sociales permettant de le faire se dérobent. Le franchissement du seuil de 5% par le rendement de l’emprunt souverain français à dix ans constitue un signal d’alerte. Il rappelle que la confiance financière n’est pas acquise une fois pour toutes et que l’accumulation des déséquilibres finit par avoir un prix. L’enjeu ne réside pas uniquement dans le niveau des taux, mais dans ce qu’ils révèlent, au moment même où le pays aurait le plus besoin de reconstituer ses marges de manœuvre. Il faudra y revenir.

 

L’exercice empêché d’une souveraineté

Le danger véritable n’est peut-être pas, comme certains le redoutent, un effondrement soudain, une catastrophe immédiate et spectaculaire. Au contraire, il pourrait être plus insidieux sous forme d’une perte progressive de liberté d’action, d’une succession de décisions prises dans l’urgence et, on peut le craindre, sous la menace de la rue. Sous la forme aussi de compromis d’autant plus difficiles que notre société ne parvient plus à se rassembler autour d’orientations communes. Imaginons que les institutions continuent de fonctionner, que les responsables politiques continuent malgré tout de gouverner alors que la capacité collective à déterminer le cours des événements se réduirait comme peau de chagrin. Alors le tragique résiderait dans un terrible paradoxe: la France conserverait les attributs de sa souveraineté tout en perdant petit à petit les moyens concrets de l’exercer. Le tragique résiderait dans la possibilité qu’un pays conserve ses institutions et ses apparences de puissance tout en perdant, peu à peu, la capacité effective d’orienter son avenir. «C’est les ténèbres.» Sait-on vraiment ce que sera la période qui s’ouvre ? Mesure-t-on vraiment son caractère potentiellement dangereux ?

 

La crise politique: gouverner sans pouvoir durablement décider

La première crise est politique. La Ve République a été conçue pour garantir la stabilité de l’exécutif et permettre la conduite d’une politique cohérente dans la durée. Certes, la concentration constitutionnelle du pouvoir ne suffit pas à assurer son efficacité. Encore faut-il qu’existent une majorité capable de soutenir les décisions, une autorité politique reconnue et une possibilité réelle de faire accepter les arbitrages nécessaires. La fragmentation du paysage parlementaire, accentuée par les élections législatives de 2024, a révélé cette difficulté. L’exécutif conserve certes ses prérogatives, mais sa capacité à construire des compromis durables est quasi nulle. Les gouvernements deviennent vulnérables, les négociations se transforment en rapports de force permanents – «On a réussi à leur faire peur», triomphent des responsables du mouvement lycéen – et les grandes réformes sont soumises à des échéances politiques qui favorisent les petits calculs immédiats au détriment des objectifs de long terme.

Le problème est désormais profond: il concerne la capacité du pays à définir une direction, à la maintenir suffisamment longtemps et à convaincre une part significative de la population de sa nécessité. Un État peut traverser des alternances fréquentes sans perdre le fil de son action. Aujourd’hui, le rendez-vous insurrectionnel hebdomadaire le rend vulnérable; chaque décision paraît provisoire, chaque réforme réversible et chaque compromis suspect.

À cela s’ajoute une grave crise de confiance. Une partie des citoyens ne voit plus dans les institutions un espace où les désaccords peuvent être arbitrés de façon intelligible et légitime. Les décisions publiques sont vécues comme des impositions, des manœuvres ou des manifestations d’impuissance. La défiance alimente de jour en jour la contestation. Et la contestation réduit les marges de manœuvre des gouvernants. Cette réduction nourrit à son tour le sentiment que rien ne peut véritablement changer.

 

Temps politique et temps des crises

Un premier mécanisme potentiellement tragique se révèle ici. Les décisions difficiles deviennent plus nécessaires à mesure que les déséquilibres s’aggravent, mais la capacité politique à les prendre et à les faire accepter se fragilise. Plus le temps passe, plus les choix risquent de devenir douloureux. Plus ils le sont, plus leur adoption devient politiquement périlleuse. Le report apparaît dès lors la solution la moins risquée à court terme, tout en sachant qu’il augmente le coût des décisions futures. La difficulté est aggravée par le décalage entre le temps politique et celui des crises. Une dette s’accumule sur plusieurs années; les infrastructures vieillissent progressivement; les rapports de force internationaux évoluent selon des temporalités qui échappent à tous les calendriers électoraux. Mais, pendant ce temps-là, les responsables publics sont soumis à l’urgence du quotidien, aux sondages, aux crises parlementaires et aux mobilisations immédiates et violentes. Ce qui exigerait de la continuité est confié à un système politique de plus en plus contraint par l’immédiat.

Le pouvoir conserve les instruments de la décision sans parvenir à garantir une action durable. Il gouverne, mais ne s’oriente plus. Il commente et annonce, promet, mais sait ne pouvoir garantir la continuité. Il s’obstine à jouer les arbitres, tout en sachant ne pas pouvoir établir une hiérarchie des priorités capable de résister aux pressions successives.

 

La crise géopolitique: un destin national soumis à des forces extérieures

La deuxième crise tient à la transformation de l’environnement international. La France tente de demeurer une puissance diplomatique et militaire importante. Elle dispose de l’arme nucléaire, d’un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, d’un réseau diplomatique étendu et d’une économie diversifiée. Bien que réels, il faut reconnaître que ces atouts ne garantissent pas une liberté d’action illimitée dans un monde où les rapports de force se durcissent. Dans ce contexte – guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient, rivalité entre les États-Unis et la Chine, incertitudes concernant les engagements de sécurité américains, compétition pour les technologies stratégiques – les Européens doivent repenser leur sécurité. C’est-à-dire protéger leurs approvisionnements, préserver leur capacité industrielle, renforcer leur défense et réduire leurs dépendances. Or ces objectifs exigent des investissements considérables, une coopération européenne efficace et une continuité politique. Exigences mises à mal par les divisions nationales.

 

Contraintes et liberté de choix

La France souffre de cette situation. Elle doit préserver ses capacités militaires, soutenir ses alliances, investir dans l’industrie et la transition énergétique, dans le contexte de finances publiques fragilisées, qu’elle ne parvient pas à stabiliser. Or la conciliation de ces impératifs exige là encore des choix explicites, une stratégie durable et des ressources que le pays ne peut considérer comme indéfiniment disponibles. Faut-il rappeler qu’à cette contrainte stratégique s’ajoute notre vulnérabilité économique ? Les tensions énergétiques, les ruptures d’approvisionnement, les décisions commerciales des grandes puissances et les conflits internationaux pèsent sur les prix, l’activité industrielle et affectent le pouvoir d’achat. C’est ici que prend sens – un sens concret – la possible perte de maîtrise du destin national. La liberté effective de choix se réduit inéluctablement lorsque les contraintes s’accumulent. Comment réagir à des événements dont la France n’est pas responsable, comment mobiliser des ressources qu’elle ne pourra consacrer ailleurs, comment prendre des décisions dans des délais qu’elle ne contrôle pas ? Si une crise internationale se déclarait – hypothèse tout à fait concevable – comment imposer des dépenses de défense alors que le budget exige plus que jamais de drastiques économies ?

Une crise énergétique pourrait contraindre ménages et entreprises alors que le gouvernement cherche – sans vraiment y parvenir – à restaurer la confiance économique. Nous savons tous qu’une dégradation de la sécurité européenne – hypothèse envisageable dans le climat actuel de guerre hybride – rendrait urgents des investissements industriels que des années de croissance largement insuffisante ne permettront pas de financer. La simultanéité de ces contraintes est inquiétante: comment une nation pourrait-elle faire face à la conjonction redoutable de chocs majeurs alors que ses finances sont fragilisées, son exécutif violemment contesté et sa cohésion sociale profondément éprouvée ? Situation tragique que celle d’un pays contraint de choisir entre des nécessités également impérieuses: financer sa sécurité ou préserver certains investissements civils, soutenir son économie ou accélérer son redressement budgétaire, défendre ses intérêts extérieurs ou répondre à l’urgence sociale. Ces arbitrages ne sont pas toujours insurmontables, à condition qu’une stratégie ait été préparée en amont. Mais est-ce le cas ? Et si les choix devenaient impossibles ?

 

Puissance extérieure et solidité intérieure

Il peut exister une autre forme de perte de maîtrise: celle qui résulterait d’un repli national motivé par l’épuisement intérieur. Comme une paresse morale. Si la France se détournait de ses engagements européens et internationaux en alléguant de ne pouvoir les expliquer ou les financer – cette hypothèse est aussi malheureusement envisageable (2) –, elle réduirait son influence sur les décisions qui déterminent pourtant sa sécurité et sa prospérité. Mais, à l’inverse, si elle maintenait des ambitions élevées sans pouvoir les soutenir matériellement, l’écart entre ses objectifs et ses moyens ne deviendrait-il pas une source de fragilité supplémentaire ?

Faut-il rappeler que, dans un monde devenu brutal, la souveraineté ne consiste pas à décider mais à disposer encore des moyens pour faire respecter ses décisions ? C’est pourquoi la crise géopolitique ne peut être dissociée de la crise budgétaire. La puissance extérieure dépend aussi de la solidité intérieure. Et lorsque les deux se fragilisent en même temps, le champ des choix possibles se rétrécit au point de devenir inexistant.

 

La crise budgétaire : quand la dette réduit la liberté de choisir

Ayons d’abord les chiffres en tête. Avant de poursuivre votre lecture, consultez, si vous le voulez bien, l’Horloge de la dette publique de la France (3).

Peut-être est-ce la crise la plus déterminante. Non parce qu’elle expliquerait les difficultés françaises, mais parce qu’elle conditionne les seuls moyens de les surmonter. Le déséquilibre des finances publiques est durable (4). Les dépenses excèdent les recettes, les déficits se prolongent et la dette s’accumule. Tant que la (faible) croissance, les (ultimes) conditions de financement et la confiance (déclinante) des investisseurs semble permettre encore d’absorber cette situation, ses conséquences peuvent sembler supportables. Mais cette apparente tolérance ne doit pas être confondue avec une absence de limites.

 

Un signal à prendre au sérieux

Le franchissement du seuil de 5 % par le rendement de l’emprunt français à dix ans, évoqué précédemment, prend ici une signification particulière. Ce taux correspond au rendement exigé sur le marché secondaire pour détenir des obligations françaises à dix ans. Il ne signifie donc pas – comme on le croit souvent on qu’on le laisse entendre – que l’ensemble de la dette soit immédiatement refinancé à ce niveau. Mais le coût moyen de la dette évolue progressivement, au rythme des nouvelles émissions et du renouvellement des obligations arrivant à échéance (5). Et ce signal doit être pris très au sérieux (6). Lorsque les investisseurs exigent une rémunération plus élevée, le financement futur de l’État devient plus coûteux. Si cette situation persiste, la charge d’intérêts augmente progressivement et absorbe une part croissante des ressources publiques. Les sommes consacrées au service de la dette ne peuvent alors plus être affectées aux infrastructures, à l’éducation, à la recherche, à la sécurité ou à la transition écologique. Certes, on nous répète très souvent, sous la forme d’un message subliminal, que le marché obligataire n’est pas un juge infaillible (7). Cela n’est pas faux, puisque les taux dépendent de nombreux facteurs. Soit. Mais le vrai problème réside dans le mécanisme cumulatif que peut déclencher une dégradation durable des conditions de financement (8). L’État ne peut stabiliser sa dette qu’en réduisant son déficit. Il lui faut donc choisir entre des économies, des recettes supplémentaires ou une combinaison des deux. Un ajustement radical peut affaiblir l’activité industrielle, peser sur l’emploi et diminuer les recettes fiscales. À l’inverse, le renvoi répété des décisions laisse l’endettement progresser et rend les arbitrages ultérieurs plus difficiles, impossibles peut-être.

 

La question budgétaire est une question de souveraineté

La France risque ainsi de se trouver enfermée entre deux impasses relatives. D’un côté, un redressement mal conçu qui provoquerait une diminution de l’activité économique et l’accroissement des tensions sociales compromettant ses propres objectifs (9). De l’autre, l’absence de redressement pourrait accroître la charge financière et réduire progressivement la capacité de l’État à répondre aux besoins collectifs. La coexistence de ces deux risques complique considérablement toute décision. Ou la paralyse. La solution ne réside ni dans la préservation indifférenciée de toutes les dépenses, ni dans des coupes uniformes qui affaibliraient les fonctions essentielles de l’État. Elle suppose de distinguer ce qui prépare l’avenir de ce qui produit peu de résultats, de réexaminer les dispositifs fiscaux et sociaux et de préserver les investissements qui soutiennent la productivité. La croissance probablement faible, associée à des déficits persistants et à des taux d’intérêt durablement élevés, rendrait le redressement beaucoup plus difficile. La difficulté française tient précisément au risque de voir ces facteurs défavorables se combiner au moment où les besoins d’investissement augmentent. La question budgétaire deviendrait alors une question de souveraineté à part entière: l’État pourrait voir ses choix entièrement déterminés par les ressources dont il dispose, et par les conditions auxquelles il emprunte. Certains économistes ne redoutent pas la tutelle du FMI, sachant – sans toutefois le dire explicitement – qu’il n’est pas nécessaire qu’une autorité extérieure impose directement à la France ses décisions pour que sa liberté effective se réduise. On l’aura compris, mais il est bon de rappeler cette évidence: à mesure que la charge de la dette augmente, certaines dépenses deviennent plus difficiles, puis impossibles à financer. Le gouvernement devra justifier davantage ses arbitrages. Tout investissement de long terme sera exposé au risque d’être sacrifié au profit des urgences pressentes, immédiates. Et les crises sociales trouveront un État disposant de moins de réserves pour y répondre.

Le véritable piège de la dette est de rendre incontournables demain les décisions que l’on a refusé de prendre, hier et aujourd’hui, par manque de courage et d’autorité. Entendons-le bien (il faut absolument en prendre conscience): le pays ne sera pas privé de sa souveraineté; il pourra cependant lui être retirée, année après année, une partie des moyens matériels nécessaires à son exercice. C’est en ce sens que la situation budgétaire peut contribuer à une période tragique. Non parce qu’un taux particulier annoncerait mécaniquement la catastrophe, mais parce que l’accumulation des déséquilibres finira par imposer des arbitrages dans des circonstances très défavorables, c’est-à-dire lorsque les besoins seront les plus élevés et la capacité politique à les assumer la plus faible.

 

La crise sociale: quand la société perd confiance dans la possibilité d’agir sur son avenir

La quatrième crise est sociale. Conséquence des difficultés politiques et économiques, elle est l’un des facteurs susceptibles de retarder, voire d’empêcher leur résolution. Une société peut accepter des efforts importants lorsqu’elle les juge nécessaires, équitablement répartis et porteurs de résultats. Elle les supporte beaucoup plus difficilement ou les refuse lorsqu’elle a le sentiment que les sacrifices se répètent, que les perspectives se ferment et que les règles du jeu ne sont pas les mêmes pour tous.

La France conserve – malgré d’inquiétantes évolutions – un système de protection sociale développé, des services publics étendus et des mécanismes de redistribution qui limitent certaines inégalités. Il serait certainement excessif de parler d’une désagrégation sociale déjà accomplie, comme on peut le lire sous la plume de certains journalistes. Mais ces protections qui s’affaiblissent ne suffisent pas à dissiper toutes les inquiétudes. Les difficultés croissantes réelles d’accès au logement et aux soins, les préoccupations liées à l’emploi et au pouvoir d’achat, les déclassements, le chômage, les disparités territoriales et le constat de la dégradation progressive de certains services publics alimentent et justifient une insatisfaction durable. Le malaise ne se réduit pas au niveau des revenus. Il touche à la possibilité de se projeter dans l’avenir. Lorsqu’un travail ne garantit plus, aux yeux de certains actifs, une amélioration de leur niveau de vie; lorsqu’un jeune couple peine à accéder à un logement ou à envisager une trajectoire professionnelle; lorsqu’une famille redoute de ne plus pouvoir faire face aux dépenses ordinaires, toute progression possible se fragilise et devient illusoire.

Cette perte de confiance est particulièrement grave lorsqu’elle atteint les générations qui devraient porter les transformations à venir, construire le monde de demain. Une société peut supporter des difficultés matérielles si elle croit qu’elles sont temporaires et qu’un avenir meilleur demeure accessible. Lorsque l’incertitude s’accompagne de la conviction que les efforts ne permettront plus d’améliorer une situation apparemment compromise, cette société devient vulnérable.


 

Une crise de représentation

À cette inquiétude matérielle s’ajoute une crise de représentation. Une grande partie des citoyens – toutes classes et âges confondus – estime que les responsables politiques ne mesurent pas suffisamment les difficultés quotidiennes et ne parviennent plus à transformer les revendications en décisions durables. Les institutions sont dès lors moins perçues comme des lieux d’arbitrage que comme des structures éloignées, voire hostiles, incapables d’infléchir ou de modifier concrètement le cours des choses. Dans le contexte social explosif d’aujourd’hui, les manifestations, les mobilisations, les grèves et les formes diverses de contestation expriment cette rupture. Certes, elles peuvent porter des revendications hétéroclites et contradictoires, mais elles traduisent de toute évidence une même exigence: retrouver une prise sur les décisions collectives et sur un avenir devenu trop incertain. La colère sociale ne peut donc être mésinterprétée, ou sous-estimée: elle témoigne du déficit de confiance sans lequel les changements nécessaires deviennent presque impossibles à conduire.



Mais la difficulté est immense car le redressement des finances publiques exigera des arbitrages douloureux. Qu’il s’agisse de dépenses, de prélèvements ou de réorganisation des services, toutes les décisions auront des conséquences concrètes et probablement contraires aux attentes pourtant légitimes. Comment pourraient-elles être acceptées si elles ne font pas la démonstration immédiate de leur efficacité économique et de leur respect de la justice ? Si l’effort paraît peser essentiellement sur les catégories les plus vulnérables ou sur ceux qui disposent déjà de marges financières limitées, la défiance s’aggravera. Si, à l’inverse, aucune catégorie ne consent à contribuer à l’effort collectif (10), le déséquilibre budgétaire persistera et la contrainte financière se durcira. Le gouvernement se trouvera alors confronté à un conflit entre la nécessité d’agir et la difficulté de réunir les conditions sociales de l’action.

 

Le cercle vicieux des crises concomitantes

Le cercle vicieux des crises concomitantes peut devenir dangereux, explosif. Faut-il rappeler pédagogiquement cette mécanique infernale (11) ? La contrainte budgétaire appelle des décisions qui susciteront la contestation. La contestation fragilisera encore plus l’autorité politique. L’affaiblissement politique rendra plus difficile l’adoption d’un programme cohérent. Les retards qui en résulteront aggraveront les difficultés financières et rendront les mesures ultérieures potentiellement plus sévères… «C’est les ténèbres», disait la pancarte.

Le conflit social appartient évidemment à la démocratie et doit permettre de corriger des politiques injustes ou inefficaces. Mais pourrait-il contribuer à un déclin irréversible ? Le danger est réel lorsque les acteurs ne reconnaissent plus de terrain commun, lorsque toute concession est assimilée à une capitulation et lorsque la confrontation permanente (que d’aucuns entretiennent par calcul politique) remplace irrémédiablement la recherche d’un compromis possible. Une société peut traverser une crise sévère sans se désagréger. Une crise sociale touche à la ressource fondamentale dont dépend toute politique de redressement: la capacité d’une société à reconnaître un avenir commun malgré ses désaccords.

 

Une insoluble contradiction

Le tragique tiendrait alors au risque d’une société enfermée dans une insoluble contradiction: elle aurait besoin de solidarité pour traverser l’épreuve, mais ses fractures seraient telles qu’elles rendraient cette solidarité difficile sinon impossible à construire. Elle aurait besoin d’une décision politique légitime, mais la défiance affaiblirait les conditions de cette légitimité. Elle aurait besoin de consentir à des efforts pour préserver son avenir, mais l’incertitude sur leur répartition et leurs résultats en rendrait l’acceptation très incertaine. Pourquoi ce conditionnel ?: cette société enfermée est déjà la nôtre. L’agence américaine Moody’s, consciente que la France n’est pas capable de rectifier sa trajectoire budgétaire dans l’actuel contexte social, a préféré maintenir sa notation Aa3. Isabelle Chaperon, chroniqueuse au service économie du journal Le Monde, titre sa courte chronique avec lucidité: «Dette française: « Le seul signal donné par Moody’s, c’est que le moment est trop inflammable pour craquer une allumette »» (12).

 



Le cercle infernal des quatre crises

C’est donc dans l’interaction des quatre crises que réside la véritable gravité de la situation. La crise politique compromet l’adoption d’un budget crédible. L’incertitude budgétaire augmente le financement de l’État. La hausse durable de la charge d’intérêts réduit les ressources disponibles pourtant indispensables aux politiques publiques. Les arbitrages deviennent douloureux, voire impossibles et alimentent la contestation sociale. Cette contestation fragilise encore plus la capacité des gouvernants à décider. Pendant ce temps, les tensions géopolitiques accroissent les besoins de défense, d’investissement et de sécurisation des approvisionnements. On ne peut que constater une multiplication d’interactions défavorables. Une difficulté initialement maîtrisable se transforme dès lors en un problème complexe dû à la réduction progressive des marges de manœuvre. Chaque crise mobilise des ressources et exige du temps. Or le temps politique se raréfie, les ressources budgétaires se trouvent de plus en plus contraintes et la confiance sociale n’est plus mobilisable. Nous en sommes à ce point que les réponses apportées à une crise affaiblissent la capacité à en résoudre une autre.



 

Une crise potentiellement tragique

Une réforme budgétaire techniquement cohérente court à l’échec faute de légitimité politique. Une politique sociale ambitieuse sera difficile à financer sans stratégie crédible. Une ambition diplomatique est appelée à perdre de sa portée si les moyens économiques nécessaires font défaut. Une politique de redressement économique est vouée à l’échec si les conflits intérieurs empêchent sa mise en œuvre et sa continuité. À la veille de l’élection présidentielle, certains politiques semblent considérer que nous traversons une crise ordinaire et proposent leurs solutions simplistes, dangereuses et peu réalistes. Les voix populistes fuient toujours la complexité. Elles ne tiennent aucun compte de ce système de rétroactions négatives qui fait apparaître une différence essentielle entre une crise ordinaire et une crise potentiellement tragique (13).

Oui, cette crise est potentiellement tragique. Dans une crise ordinaire, les difficultés sont sérieuses mais les instruments permettant de les traiter demeurent suffisamment accessibles. Dans la seconde, les difficultés finissent par compromettre l’utilisation de ces instruments eux-mêmes. Le problème n’est plus seulement de savoir quelles mesures seraient souhaitables. Il est de savoir si le pays sera encore en mesure de les prendre au moment où elles deviendront indispensables. C’est ce décalage entre la nécessité urgente d’agir et l’incapacité apparente de le faire qui justifie le terme de tragique.

Le tragique ne suppose pas un destin surnaturel ou une fatalité historique. Il désigne une dynamique dans laquelle les décisions sans cesse différées, les compromis rendus impossibles et les déséquilibres ainsi accumulés réduisent les possibilités d’en sortir. Une telle crise impose l’action; une érosion lente permet à chacun de repousser la décision, jusqu’au moment où le coût du retard deviendra un obstacle majeur.

 

Ne pas minimiser les risques

La France possède pourtant des atouts importants: une économie diversifiée, des infrastructures publiques, une épargne intérieure substantielle, des compétences scientifiques et industrielles, des institutions qui continuent de fonctionner et une position diplomatique encore significative. Elle n’est pas encore privée de ses moyens d’action. Mais ces atouts ne doivent pas servir de prétexte à minimiser les risques. Les ressources d’un pays ne produisent leurs effets que si celui-ci sait et peut les mobiliser. La puissance potentielle ne garantit pas la capacité d’action effective. Et les avantages accumulés au fil des décennies ne compenseront pas indéfiniment les difficultés présentes.

Alors, la question la plus inquiétante ne cesse de se poser: la France saura-t-elle réagir tant qu’elle dispose encore de marges de manœuvre, ou attendra-t-elle que les contraintes lui imposent des décisions plus brutales, plus coûteuses et plus impopulaires ?

C’est à ce point que la période qui vient pourrait prendre un caractère tragique. Non parce que le déclin serait écrit d’avance; il ne l’est jamais. Mais parce que le pays risque de découvrir tardivement que les choix les plus difficiles ne sont plus ceux qu’il aurait librement préférés, mais ceux qu’il ne peut plus éviter. C’est ce passage de la liberté de choix à la gestion de l’inévitable qui constitue le cœur du tragique. Il faut craindre l’engrenage possible des événements. Ce serait quelque chose d’insidieux, mais de politiquement considérable: la réduction de la liberté de choisir ce à quoi l’on accepte de renoncer.

 

Prévenir cet engrenage

Admettons que, dans un excès de pessimisme, nous nous livrions ici à un dangereux exercice de politique fiction. La description de cet engrenage montre au moins pourquoi il serait inconséquent de considérer les difficultés actuelles comme une succession de problèmes techniques que l’on pourrait traiter séparément. Car la question est désormais celle de la capacité collective à prévenir cet engrenage. Certes, ce cercle infernal n’est pas invincible; mais il ne se brisera pas de lui-même. Il supposerait une clarification des priorités, une stratégie budgétaire crédible, une capacité de compromis politique et une répartition des efforts qui puisse être comprise et discutée. Il supposerait également que les citoyens soient traités comme des acteurs responsables de la décision collective, et non comme les destinataires passifs de mesures dont ils ne percevraient ni la nécessité ni la justice.

 

Une période tragique…

«C’est les ténèbres», disait donc la pancarte. Comme si nous avancions à l’aveugle vers l’inconnu. Il serait tentant de répondre à cette inquiétude par un discours rassurant: la France a déjà traversé des crises, elle possède des institutions solides, une économie développée, des compétences et des ressources importantes, etc. Mais ce constat suffit-il ? L’histoire ne garantit pas que les difficultés présentes seront surmontées simplement parce que les crises précédentes l’ont été.

Il serait tout aussi inconséquent de céder à la conclusion inverse et d’annoncer un effondrement inévitable. Il faut refuser l’idée que la France serait condamnée. Elle conserve des capacités d’action, des atouts économiques, des institutions et une place internationale qui lui permettent encore d’infléchir son avenir. Les difficultés qui sont évoquées ici ne constituent pas la preuve qu’un point de non-retour aurait déjà été franchi. Mais entre la certitude rassurante d’une issue favorable et l’annonce d’une catastrophe inévitable, il existe une perspective plus exigeante: celle d’une période qui pourrait être particulièrement difficile, voire tragique, si les crises continuaient de se renforcer et si les décisions nécessaires étaient une fois de plus différées.

 

C’est cette perspective qu’il faut regarder en face

Le tragique ne résiderait pas seulement dans les difficultés matérielles, dans les sacrifices budgétaires ou dans les tensions politiques. Le tragique résiderait dans le fait de devoir affronter ces épreuves avec des marges de manœuvre réduites par les décisions passées, dans une société en crise, peu disposée à consentir aux efforts et un système politique faible, ou aveuglément idéologique, incapable de tracer une direction durable. 



Le véritable enjeu est de savoir si la France sera capable de rétablir une hiérarchie claire de ses priorités avant que les circonstances ne lui imposent des arbitrages brutaux. Cela suppose de restaurer la crédibilité des finances publiques sans sacrifier les investissements essentiels, de retrouver une capacité de compromis sans nier les divergences, de préserver les conditions de la puissance extérieure et de reconstruire un contrat social dans lequel les efforts puissent être reconnus comme légitimes.

Certes, une telle orientation ne supprimera ni les conflits ni les contraintes. Elle ne permettra pas de maîtriser les guerres, les décisions des grandes puissances ou les évolutions de l’économie mondiale. Mais elle peut rendre au pays une capacité essentielle: celle de choisir ses réponses plutôt que de les subir.

Il faut prendre au sérieux, oser envisager la période difficile, voire tragique, qui vient. Non pour céder à la peur, mais parce que le refus de regarder les risques en face serait une manière supplémentaire de perdre la maîtrise de notre destin. Le véritable danger serait que la France ne mesure la gravité de ses contradictions qu’au moment où elle ne disposerait plus des moyens de les résoudre dans de bonnes conditions. La période qui s’ouvre pourrait être celle de décisions difficiles, de renoncements, de tensions et d’une remise en cause douloureuse de certaines certitudes. Elle pourrait devenir tragique si les crises se renforçaient mutuellement au point de rendre les choix nationaux de plus en plus contraints, jusqu’à transformer la politique en gestion de l’urgence et la souveraineté en capacité diminuée d’exécution.

 

…mais peut-être pas fatale (14)

La différence entre une crise traversée et un destin subi dépendra de la capacité du pays à agir avant que l’urgence ne décide à sa place. Elle dépendra du courage de reconnaître les déséquilibres, de la lucidité dans la hiérarchisation des priorités, de la justice dans la répartition des efforts et de la constance dans l’action publique. Retrouver la maîtrise de son destin ne signifie pas abolir les contraintes d’un monde interdépendant. Cela signifie conserver suffisamment de liberté politique, de solidité économique et de confiance sociale pour déterminer comment y répondre.

C’est à cette condition que la France pourra éviter que la période difficile qui vient ne devienne tragique au sens le plus profond: non pas simplement une période de souffrance, mais celle où un pays découvre qu’il s’est privé de la possibilité de choisir son propre avenir.

 

Illustration: lors de la manifestation du 17 octobre à Nancy (détail de la photo de Florian Cuny, CC BY-SA 4.0).

 

(1) Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990). Voir aussi note 14.

(2) Consulter l’enquête Ipsos bva-CESI Intentions de vote : Marine Le Pen en tête, Jean-Luc Mélenchon progresse (24 octobre 2026).

(3) Horloge de la dette publique.

(4) Inutile d’évoquer le «triste spectacle» que donnent les députés ne faisant que semblant d’examiner le budget 2027, et n’attendant qu’un 49.3 ou les ordonnances avant (évidemment) de protester avec une feinte véhémence. Hugo Babay, Budget 2027: «On va arrêter de faire semblant», les députés n’attendent plus que le 49.3 ou les ordonnances, Capital, 23 octobre 2026. Peut-on espérer que les parlementaires fassent preuve de responsabilité ?

(5) Voir Dette de la France.

(6) Philippine Robert, Dette: le seuil des 5%, nouveau signal d’alarme pour la France, Le Point, 21 octobre 2026. 

(7) On pourra éventuellement consulter: Emma Dassé, Les clés pour comprendre le marché obligataire, First Finance, 12 novembre 2025.

(8) Sans construire un scénario catastrophe, on peut douter de la patience des marchés dans les six mois qui nous séparent de l’élection présidentielle.

(9) On parle de contraction: ralentissement de l’économie, qui peut déboucher sur une récession (diminution du PIB sur au moins deux trimestres consécutifs), voire une dépression, forme durable de contraction de la production et de la consommation (cf. 1929). Voir: Récession et dépression: quelles différences ?, Vie publique, 10 mai 2023.  

(10) Kévin Badeau, Dette: 84% des français veulent la réduire, aucun de la même façon, Le Point, 29 octobre 2026. 

(11) Aucune intervention du Président de la République n’a fait avec courage ce que nous pourrions appeler la pédagogie de la crise.

(12) Isabelle Chaperon, Dette française: «Le seul signal donné par Moody’s, c’est que le moment est trop inflammable pour craquer une allumette», Le Monde, 26 octobre 2026. 

(13) Signalons que les voix modérées et nuancées, lucides, qui tiennent à peu près ce discours dans le cadre de cette campagne – dont celle de Raphael Glucksmann –, sont inaudibles parce qu’empêchées, étouffées sous le vacarme et la violence.

(14) Rappelons en guise de rapide éclairage, que le tragique en politique, chez Hannah Arendt, ne réside pas dans le malheur ou la fatalité. Il est dans la condition même de l’action humaine. Dans sa fragilité et la perte de maîtrise face aux conséquences de nos actes collectifs. Le moment tragique apparaît lorsque le responsable politique se dépossède d’une part de souveraineté.

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