Après quelle couronne courons-nous?

Qu’est ce qui nous fait courir dans la vie? Pour Grâce Nkunda, équipière-directrice du Foyer de Grenelle«depuis que nous sommes nés, on nous a dit qu’il faut travailler pour être le meilleur, travailler pour avoir une bonne place, un bel avenir, travailler pour être heureux, travailler, travailler, travailler…» Alors que l’histoire de Marthe et Marie remet en question nos certitudes, nos bonnes consciences, nos modes d’action en mettant au premier plan l’état de «notre cœur au moment où nous agissons, faisons du bien, prenons soins des autres, vaquons à nos activités quotidiennes, domestiques… en nous frappant la poitrine, en pensant que nous sommes meilleurs que ces autres qui ne font rien et nous regardent trimer pour le bien de l’humanité»

Texte publié sur Blog pop.

 

Puisque ce que nous faisons est déterminé par ce que nous pensons et vice versa, regarder après quoi nous courons et comment nous courons peut-il nous indiquer ce qui nous motive intrinsèquement? Pendant longtemps, l’action a été dissociée de l’esprit et l’esprit dissocié de l’action. Aujourd’hui les théories sur le sujet ont évolué et relient les deux de manière très étroite. Le pouvoir dont dispose notre esprit a été démontré ainsi que son influence sur notre manière d’agir et d’être. Nos actions peuvent donc témoigner de l’altération de notre esprit et aider à le réguler.

 

Marthe ou Marie?

L’histoire de Marthe et Marie (Luc 10,38-42) peut nous aider à y voir clair. Marthe est connue comme celle qui s’agite dans tous les sens pour accueillir comme il se doit le maître alors que Marie est assise aux pieds de celui-ci pour écouter ce qu’il a à dire, boire ses paroles. D’ailleurs, dans cette histoire, on peut se demander qui reçoit qui? Est-ce Marthe qui reçoit le maître ou l’inverse? Parfois, lorsque nous pratiquons l’accueil, nous nous plaçons dans une posture dominante alors que c’est peut-être l’accueilli qui nous accueille et qui nous accorde la grâce de l’accueillir… En d’autres mots, il nous fait cadeau de pouvoir le recevoir. Sans lui, nous ne pourrions pas exercer ce don. Et qui sait, peut-être est-ce nous qui avons le plus besoin d’exercer cet accueil et qu’il n’a lui nul besoin de notre accueil? Entre l’accueillant et l’accueilli, à y regarder de plus près, qui est le plus dans le besoin? L’accueilli a la liberté de se faire accueillir n’importe où alors que l’accueillant est lui souvent dépendant de cet accueilli.

L’histoire de Marthe et Marie présente deux manières d’être et de servir, l’une dans l’action, l’autre dans la contemplation. Est-il nécessaire d’opposer les deux? Et si nous nous exercions à lier les deux? Le souci est souvent que nous voulons que les autres soient comme nous puisque notre ego nous pousse à penser que nous savons mieux que les autres, que nous faisons mieux que les autres et mêmes que nous sommes mieux que les autres. Désolée de vous décevoir mais, comme disait un de mes anciens profs, il suffit de gratter, d’enlever le vernis pour se rendre compte que tout le monde a ses failles, ses faiblesses voire des choses à cacher.

Aujourd’hui, ceux qui sont dans l’action sont tellement persuadés qu’ils font mieux qu’ils vont jusqu’à se vanter auprès du Maître de leurs bonnes actions: «Maître, as-tu vu tout ce que j’accomplis ? Et que dis-tu de ces autres qui ne font rien?» Mais le Maître n’est pas impressionné par nos belles actions, aussi bonnes et louables soient elles. Il répond que qui est à ses pieds et l’écoute a choisi la bonne part. Ce qui est le plus important pour le Maître, c’est d’être attaché à lui. Ce qui vaut à Marie d’être louée par le Maître, contrairement à Marthe.

Quel coup dur pour Marthe, elle qui a travaillé si dur pour donner un meilleur accueil au Maître! Et c’est celle qui ne fait rien qui est encensée! C’est le monde l’envers! Depuis quand reproche-t-on aux gens d’être travailleurs, de prendre des initiatives et de vouloir tout faire correctement pour réserver un bel accueil à ses invités en prenant soin d’eux?

D’autant plus que dans un autre passage de la Bible, la parabole du bon samaritain (Luc 10, 25-37 ), le Maître semble dire l’inverse. Il loue l’action de celui qui prend soin du blessé et critique tous ceux qui ont été à son écoute, ont appris par cœur sa parole et la connaissent du bout du doigt mais ne la mettent pas en application lorsqu’ils rencontrent un blessé sur leur chemin. Dur, dur de savoir au final ce que veut le Maître!

 

L’agitation

On pourrait croire que même lui ne sait pas ce qu’il veut réellement? Maître, que veux tu que je fasse? Que je t’écoute sans prendre soin de toi ou que je prenne soin du pauvre blessé qui est au bord de la route? Pourtant le Maître est clair lorsqu’il parle à Marthe et Marie: celle ou celui qui choisit de rester aux pieds de son Maître a choisi la bonne part. En fait, avec le Maître, rien n’est figé. Aors comment savoir quand être au pied du Maître à écouter et quand agir? Ce qui est sûr, c’est que le Maître regarde au cœur et n’aime pas ceux qui servent avec amertume et aigreur. Est-ce pour cela qu’il reproche à Marthe d’être agitée? L’agitation peut être compris comme l’inverse de la paix.

Et si le Maître regardait notre cœur avant de regarder ce qu’on est en train de faire?

C’est sûr qu’à lire le texte, on a l’impression que notre chère Marthe manque de paix à ce moment précis. D’ailleurs, c’est très compréhensible: quelle maîtresse de maison devant accueillir un nombre important d’invités de haut rang ne stresserait pas pas pendant les préparatifs? On pourrait dire que c’est le bon stress qui lui permet de carburer. Mais non, le Maître nous veut en paix, quelles que soient les circonstances. Cette paix n’est pas celle que le monde donne mais une paix qui vient de lui et qui a une autre origine et une autre base que celle du monde. Marie en effet n’a pas l’air de se soucier de ce que les invités vont manger ou boire et si le couvert est mis: ça n’est pas son affaire et c’est elle qui a choisi la bonne part. Et si le Maître regardait notre cœur avant de regarder ce qu’on est en train de faire? S’il regardait dans quel état est notre cœur au moment où nous agissons, faisons du bien, prenons soins des autres, vaquons à nos activités quotidiennes, domestiques… en nous frappant la poitrine, en pensant que nous sommes meilleurs que ces autres qui ne font rien et nous regardent trimer pour le bien de l’humanité?

 

Prier sans cesse

Alors y a-t-il une hiérarchie entre l’écoute de la parole et l’action? Y a-t-il une priorité à respecter entre les deux? Doit-on séparer le spirituel des bonnes œuvres? Je crois que non. Cela rejoint les propos de Paul qui nous dit de prier sans cesse. Et oui, sans cesse. Et s’il nous le recommande, c’est que c’est possible. Peut-être pas aisé pour notre nature charnelle mais possible pour ceux qui se savent être aussi des êtres spirituels. Puisque oui, nous sommes esprit, âme et corps. Dans cette enveloppe charnelle qui nous sert de véhicule se trouve un être spirituel capable d’être en lien avec l’Esprit de celui en qui nous croyons.

Dommage pour tous ceux qui s’activent, se dépensent, donnent de leurs temps, de leurs biens… et qui au final n’ont pas les félicitations du Maître. Tout ça pour rien (devant le Maître j’entends)! Devant les hommes, vous êtes des héros. Après, cela dépend pour qui vous travaillez et après quoi vous courez.

Après quelle couronne courons-nous? Une couronne périssable ou une couronne éternelle? Il me semble intéressant de voir que nous n’avons presque rien à faire pour hériter de cette couronne éternelle. Juste s’asseoir aux pieds du Maître et le reconnaître lui seul comme notre Sauveur et Seigneur. Quelle énorme grâce! Je pourrais dire, quel cadeau infini et éternel! N’avoir rien à faire sauf de croire. Mais n’est-ce pas cela le plus dur? Seulement croire. Depuis que nous sommes nés, on nous a dit qu’il faut travailler pour être le meilleur, travailler pour avoir une bonne place, un bel avenir, travailler pour être heureux, travailler, travailler, travailler…

Et là, changement de paradigme: il n’y a rien à faire pour avoir le salut, pas d’un jour mais éternel. J’avoue que c’est dur. Mais il n’y a pas d’autres voies à part celle de la foi, de la confiance en ce Maître. Donc, le choix nous appartient. Voulons-nous courir derrière des œuvres qui peuvent être qualifiées de stériles par le Maître? Ou choisissons nous d’être à son écoute pour rentrer dans son plan parfait pour nous et ne faire que les œuvres qu’il est seul à nous avoir préparées d’avance? Rentrer non dans le plan des hommes mais dans le plan du Maître. Alors nous serons à notre place et malgré les difficultés, les oppositions, les persécutions, nous saurons que ce que nous faisons n’est pas vain et nous aurons la paix qui dépasse tout entendement.

 

Illustration : Le Christ dans la maison de Marthe et Marie (détail de la peinture de Vermeer, 1654/56, Scottish National Gallery, Édimbourg).

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