Bientôt la rentrée… même pas peur !

Cette rentrée «bien particulière» est marquée par «deux dérives»: «l’obsession du risque zéro, considéré presque comme un droit» (et sa recherche permanente de coupables) et «une conception individualiste de la liberté» (et son indifférence pour la protection des autres). Or les croyants sont «appelés à la confiance» et «invités à vivre la solidarité et la fraternité»

Texte publié sur le Blog-notes de Vincent.

 

 

C’est bientôt la rentrée! Les vacances sont terminées, on y repense sans doute avec un peu de nostalgie… La routine de la vie professionnelle ou estudiantine va reprendre, et en fonction des circonstances de chacun, c’est plus ou moins une bonne nouvelle. Mais quand les conditions sont favorables, la rentrée est aussi un moment excitant de reprise des activités, de retrouvailles, de nouveaux projets. Cette période de l’année est toujours un mélange de nostalgie et d’excitation. Mais ça, c’était avant…

Les théories complotistes entretiennent la suspicion et la défiance. Les discours alarmistes et culpabilisants, relayés à l’envi, ne les apaisent pas vraiment. Les uns et les autres sont anxiogènes.

La rentrée 2020 s’annonce en effet bien particulière, épidémie de Covid-19 oblige. On l’aborde forcément d’une façon différente, avec bon nombre d’incertitudes et de questions, marqué par les mois de confinement/déconfinement. Dans notre société de l’information immédiate et souvent sans recul – des réseaux sociaux aux chaînes d’information continue – avec les voies discordantes des spécialistes (réels ou autoproclamés), le brouhaha médiatique est assommant et crée la confusion. Les théories complotistes entretiennent la suspicion et la défiance. Les discours alarmistes et culpabilisants, relayés à l’envi, ne les apaisent pas vraiment. Les uns et les autres sont anxiogènes. Je ne suis pas moi-même un spécialiste, alors j’en parle avec prudence. Mais j’ai quand même l’impression que la vérité n’est pas dans ces deux extrêmes. Et je trouve qu’on peine à entendre un discours équilibré et lucide sur la crise que nous traversons…

Avec du recul, une fois l’épidémie vraiment derrière nous, je me demande ce que nous dirons de cette période. Elle aura en tout cas été révélatrice, me semble-t-il, des obsessions et des peurs de notre société occidentale. Je ne citerai que deux exemples qui m’interpellent.

D’abord, l’obsession du risque zéro, considéré presque comme un droit. Le moindre risque est alors perçu comme une injustice, un scandale (et on veut un responsable, voire un bouc émissaire: le gouvernement, les autorités sanitaires, une Église évangélique ou les jeunes qui se relâchent…). Bien-sûr que face à l’épidémie la vigilance et un comportement responsable s’imposent… mais la mort, la maladie, le risque, font partie de la vie. C’est comme si on l’avait oublié!

Je crois qu’en tant que croyant, nous devons résister à ces deux dérives. Face à l’obsession du risque zéro et la peur qu’elle engendre, nous sommes appelés à la confiance. (…) Face à la liberté individualiste, nous sommes invités à vivre la solidarité et la fraternité.

Ensuite, une conception individualiste de la liberté. Le débat autour du masque me semble à cet égard intéressant (même s’il n’a, certes, pas été aidé par une communication chaotique, affirmant tout et son contraire…). Aujourd’hui, le port du masque est devenu aux yeux de certains une contrainte liberticide: je veux rester libre de mettre ou non un masque, c’est mon corps! Et on oublie au passage qu’il s’agit d’abord de protéger les autres en le portant, pour ne pas transmettre un virus dont nous sommes peut-être porteurs tout en étant asymptomatiques. Mais ce qui compte, c’est moi, ma liberté chérie… et égoïste.

Je crois qu’en tant que croyant, nous devons résister à ces deux dérives. Face à l’obsession du risque zéro et la peur qu’elle engendre, nous sommes appelés à la confiance. Le croyant n’a pas à craindre un environnement incertain voire hostile, il sait que Dieu veille sur lui. Ça n’ôte évidemment pas les risques et les dangers, ça ne garantit pas d’y échapper… Il est donc bien légitime d’aborder cette rentrée avec prudence et vigilance, par souci des autres au moins autant que de soi-même. On ne sait pas comment les choses vont évoluer mais on ne peut pas s’enfermer, ou enfermer les autres, dans une peur mortifère! «Même si je marche dans la vallée de l’ombre et de la mort, je ne redoute aucun mal, Seigneur, car tu m’accompagnes.» (Psaume 23,4)

Face à la liberté individualiste, nous sommes invités à vivre la solidarité et la fraternité. Les victimes de l’épidémie sont nombreuses, et pas seulement ceux qui en ont souffert dans leur corps, mais aussi ceux qui ont été traumatisés par le confinement, ceux qui souffrent des conséquences économiques et sociales, ceux qui sont oubliés et isolés plus que jamais… Le monde post-Covid aura besoin de solidarité et de fraternité (qui est aussi une valeur de la République!). Nous devons en être, avec d’autres, porteurs! «Tu aimeras ton prochain comme toi-même!» (Marc 12.31, entre autres…)

Alors, en cette période de rentrée, nous les croyants, et nous les Églises, saurons-nous incarner ces deux valeurs du Royaume de Dieu que sont la confiance et la solidarité?

 

Illustration : allée du Moulin des Corbeaux à Saint-Maurice, dans la banlieue parisienne en août 2020 (photo CC-Chabe01).

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