Une «curée» journalistique contre les manifestations catholiques demandant le rétablissement des messes, une participation personnelle à l’une de ces manifestations en tant que protestant «pour la liberté de culte», deux occasions pour Philippe Malidor de réaffirmer «que la mort n’est pas pour nous l’horizon ultime de cette existence» et que nos vieux ont «au moins autant besoin de perspective que de médicaments».

Texte publié sur Protestant incorrect.

 

 

France Info, ‘Les Informés’, le 16 novembre 2020. Comme d’habitude, quatre personnes, pas toutes journalistes, réunies autour d’un animateur pour commenter l’actualité du jour. Informés, ils le sont en général. Pertinents, c’est variable.

 

Haro sur les cathos!

Arrive le sujet des manifestations de catholiques pour le rétablissement du droit de célébrer les messes. Et là, subitement: la curée!

Le spirituel, ça n’a rien d’essentiel. Ce n’est pas prioritaire, on peut très bien prier chez soi; et d’ailleurs, les lieux de cultes sont ouverts (même si on n’a pas le droit d’y tenir le culte); et ces catholiques, les mêmes que ceux de la Manif pour Tous (et toc!), c’est: on n’en a rien à faire des autres! Nous, on veut notre messe! Et puis, même si les distanciations sont respectées dans les églises, ils vont se retrouver à la sortie pour discuter, ils vont se regrouper (c’est horrible)…

Le seul qui paraissait relativement décent dans ce déchaînement de réprobation, c’est un agnostique ayant été élevé dans le catholicisme, qui a rappelé ce que représentait l’eucharistie pour un catholique et qui a ironisé et prophétisé sans le savoir en disant que, croyant en l’au-delà, les catholiques avaient peut-être moins peur de mourir que les autres. Et puis, cerise évangélique sur le gâteau: l’Église de Mulhouse (celle par qui tout le Covid est arrivé en France, voyons!)… Sauf que cette Église est une megachurch de 3000 personnes et que, comme cela a été établi, elle n’est coupable en rien de ne pas avoir pris des mesures qui n’existaient pas à l’époque.

La plus déchaînée, l’omniprésente journaliste du Parisien, était la même qui, quelques jours auparavant, était masquée comme un djihadiste quand elle ne parlait pas, et qui ôtait son masque quand elle parlait! Admirons la logique sanitaire, et pensons à l’état bactériologique de son microphone qui, à ce compte-là, n’était pas plus immunisé que celui des deux d’en face qui, contrairement à elle et à son voisin, étaient assez cohérents pour ne pas du tout mettre le masque. Cette dame n’est d’ailleurs pas la seule à faire n’importe quoi, comme j’ai pu le constater dans diverses réunions, notamment celle où je me suis fait intimer l’ordre de mettre mon masque bien sur le nez pendant deux longues heures… sauf que, au moment du gâteau, autour de la même petite table qui ne s’était pas miraculeusement agrandie, tout le monde a ôté le masque comme je l’avais prévu. Passons.

 

Manif pour les autres aussi

Il se trouve que, le dimanche 15 novembre, apprenant à midi sur mon ordinateur que se tenait une manifestation catholique pour le rétablissement du culte à 14h à la cathédrale de ma ville, j’ai aussitôt décidé d’y aller. Je ne voulais pas y représenter mon Église, la sachant frileuse, et sachant que la FPF n’est pas aux avant-postes pour réclamer le droit de célébrer le culte en temps de Covid-19. Je ne souhaitais représenter que moi-même, avec ma pancarte ainsi libellée: «Je suis protestant, pour la liberté de culte (loi de 1905). Solidaire de mes amis cathos. Aujourd’hui, le culte est libre en Allemagne… et pas en France!»

Oui, car nos amis les Informés ne s’intéressent pas au fait que, chez nos voisins allemands, non seulement la population n’a pas d’Ausweis humiliant à remplir pour sortir dans la cour de récréation et pas plus loin, mais elle a la liberté de célébrer le culte moyennant le respect des distanciations et le port du masque. Exactement ce qui se pratiquait très bien dans les églises catholiques entre les deux confinements, comme j’ai pu le constater lors d’un enterrement. A-t-on entendu dire que le Covid explosait davantage en Allemagne qu’en France, et à cause des Églises?…

Dans cette manifestation, j’ai été très remarqué, et très remercié. En revanche, je me suis beaucoup amusé de constater que le journaliste de France Bleu et la camerawoman de France 3 faisaient tout pour ne pas me voir alors qu’ils passaient juste à côté de moi. J’ai noté que les organisateurs affirmaient défendre la liberté de culte pour tout le monde et pas seulement pour les catholiques, qu’ils ne réclamaient rien de plus que ce que les évêques avaient soumis à l’État, qu’ils approuvaient les mesures-barrière et demandaient instamment qu’elles soient respectées. Cette manifestation, autorisée par la Préfecture (dont on peut saluer le courage et la clairvoyance), s’est déroulée très dignement.

 

Des horizons différents

Ce qui me frappe encore, c’est que les Églises ne se montrent guère prophétiques pendant ce temps de Covid. Là où elles sont très bibliques, c’est dans la soumission aux autorités supérieures selon Romains 13, dûment appliquée dans le protestantisme (avec une petite vigilance critique au CNEF). Pour le reste, je n’ai pas entendu beaucoup de paroles d’espérance fortes. Je n’ai pas entendu dire que, peut-être, on pouvait s’interroger sur le fait que cette maladie frappe essentiellement à un âge très acceptable pour trépasser, et qu’il vaudrait mieux accompagner spirituellement nos anciens vers une issue qui, à cet âge, ne peut guère tarder – surtout en EHPAD où, quand on y est admis, on sait que c’est la dernière station avant l’au-delà. Je ne dis pas que rien n’a été fait, mais la discrétion a été grande sur ce sujet; heureusement que les visites à nos vieux sont quand même autorisées, car le drame de leur isolement (pour ne pas dire leur isolation) lors du premier Confinement a été un scandale contre lequel les chrétiens se sont peu indignés. On se demande vraiment s’ils croient à ce qu’ils prêchent! Sauver les corps en laissant les âmes dans la détresse, voilà ce à quoi nous avons consenti – et je me mets dans le lot.

C’est à un philosophe incroyant, André Comte-Sponville, que revient le triste privilège de marteler à longueur d’interviews que le taux de létalité du Covid-19 est entre 0,3 et 0,5 %; qu’il s’attaque essentiellement aux plus âgés; qu’il est plus triste de mourir à 20 ou 30 ans que de mourir à 68 ans (son âge) ou à 84 ans (l’âge moyen des décès dus au Covid). Pourquoi n’avons-nous pas le courage de dire ces évidences? La peur d’être incorrects, sans doute.

Nous qui sommes censés avoir une espérance, nous pour qui le cercueil ou l’urne n’est pas le dernier mot, pourquoi n’élevons-nous pas la voix un peu plus?

Non pas pour contester la gravité du Covid-19, qui nous frappera peut-être personnellement et à un âge trop précoce;

non pas pour contester dans leur principe les efforts du gouvernement (mais sans s’interdire de le ramener à un bon sens pratique qui, on le voit, n’est pas son fort);

non pas pour dire que la mort, c’est pas grave.

Quand on est très vieux (et ne nous réfugions pas derrière les termes de senior, de doyenné du printemps ou que sais-je encore; vieux n’est pas une insulte), on a au moins autant besoin de perspective que de médicaments.

Mais pour affirmer que la mort n’est pas pour nous l’horizon ultime de cette existence. Or, c’est selon cet horizon bouché que sont prises les mesures que nous savons. Il ne faut pas mourir! Il ne faut jamais mourir! Il faut absolument prolonger de malheureuses personnes à bout de souffle (c’est le cas de le dire) attendant souvent d’être délivrées d’un corps épuisé qui ne peut plus rien leur donner. Je sais de quoi je parle, comme beaucoup de gens de mon âge qui ont eu des anciens à accompagner pendant des jours, des semaines, des mois, voire des années interminables assorties au pire de souffrances terribles et au mieux d’un ennui affreux. Nous sommes dans une société qui aborde la mort aux extrêmes; soit par la revendication de l’euthanasie active, soit par la prolongation à toute force d’une existence qui est, comme on dit, au bout du rouleau. Pourquoi ne pas traiter la mort de manière plus naturelle? Quand on est très vieux (et ne nous réfugions pas derrière les termes de senior, de doyenné du printemps ou que sais-je encore; vieux n’est pas une insulte), on a au moins autant besoin de perspective que de médicaments. Il m’est arrivé de participer à des réunions d’aumônerie en maison de retraite: ce sont des moments joyeux, des moments de réconfort; et quand cette vieille dame ou ce vieux monsieur part, on se souvient d’elle ou de lui avec émotion et gratitude, de cette lueur dans ses yeux fatigués mais heureux d’avoir reçu un peu d’amour, d’avoir partagé un chant, d’avoir entendu dire que le ciel n’est pas vide, et d’avoir récité une vieille prière qui est parfois tout ce qui reste et qui, j’en suis persuadé, est recueillie dans les lieux très hauts…

Nous allons fêter Noël. Pas pour engraisser Amazon, mais pour célébrer la venue du Fils de Dieu parmi nous afin d’annoncer la Bonne Nouvelle: la Vie ne s’arrête pas à cause du Covid-19!

 

Illustration : rassemblement de catholiques pour le rétablissement des messes en novembre 2020.

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