Le logement bi-générationnel, « c’est de la dentelle »

Le docteur Philippe Chabasse est responsable de la conception et de la gestion des résidences bi-générationnelles pour la fédération Habitat et Humanisme. Une résidence bi-générationnelle, c’est un endroit où des seniors et des jeunes vivent ensemble, les jeunes pouvant se loger à prix réduit en échange de services rendus aux plus âgés. Exemple avec une résidence ouverte dans le Sud-Est de la France il y a un an et demi.

 

« Cette résidence, c’est un projet que nous avons pris en cours de route, l’architecture n’est donc pas forcément adaptée : sur une colline, avec des marches partout. Mais notre choix était de privilégier le maintien du lien social par rapport à toutes les questions d’accessibilité et de domotique. Je préfère une grand-mère qui a du mal à monter quelques marches mais qui peut être aidée par son voisin à une autre qui a un beau plan incliné mais qui est toute seule. On a 37 logements dans un quartier très agréable, pour 12 personnes âgées et 25 étudiants et jeunes travailleurs. Le montage financier permet de la mixité sociale via des loyers différenciés. Deux dames âgées par exemple ont été d’accord pour payer un peu plus car ça les intéressait d’être avec des jeunes plutôt qu’aller en maison de retraite. D’autres personnes sont tout simplement contentes d’avoir un toit car elles vivaient seules ou dans des logements dégradés ou trop coûteux. Elles disent : « Les jeunes sont gentils, ça ne me dérange pas ».

Si on avait pu travailler sur les plans en amont, on aurait certainement mieux organisé les espaces communs qui sont très importants pour le bon fonctionnement. La salle commune est capitale, ici c’est un un espace où on peut faire un thé ou un café, regarder la télé, jouer aux cartes. C’est un bel espace commun. Il y a une locataire qui faisait de la peinture sans en parler à personne, son appartement d’avant était bourré de tableaux. Là, l’animatrice lui a proposé d’en mettre dans la salle commune, ça a été pour elle une manière d’exister, de prendre conscience que l’on s’intéressait à elle.

« Il y a trop de jeunes par rapport aux personnes âgées, d’où un risque de frustration de la part des jeunes lorsqu’ils n’ont pas suffisamment l’occasion d’aider les seniors. »

L’animatrice est à tiers-temps, son travail est de créer de la vie sociale, du lien, d’organiser les réunions, les sorties communes. Elle est épaulée par une équipe de bénévoles de l’association locale Habitat et Humanisme. L’animateur et l’équipe bénévole, c’est fondamental. C’est l’un des enjeux les plus sensibles : articuler activité salariée et investissement bénévole. L’équipe a en charge l’animation mais aussi l’articulation avec le quartier et les services sociaux. Il faut que la dynamique profite aux autres personnes âgées du quartier, que les jeunes fassent de l’accompagnement et du contact.

Les premiers locataires sont arrivés fin 2017, on en est aujourd’hui à la deuxième rentrée universitaire. On a fait une évaluation 7 mois après l’ouverture qui est assez satisfaisante mais nous montre qu’il y a trop de jeunes par rapport aux personnes âgées, d’où un risque de frustration de la part des jeunes lorsqu’ils n’ont pas suffisamment l’occasion d’aider les seniors. L’évaluation montre aussi le soin qu’il faut apporter au déménagement et à l’installation des personnes âgées, l’importance de la localisation des logements pour que le lien s’établisse naturellement, la nécessité d’organiser des évènements. Le temps de la personne chargée de l’animation doit aussi être revu et ses missions mieux précisées avec une plus grande participation des bénévoles. Mais globalement, on ne s’est pas trompé. C’est toujours compliqué, c’est de la dentelle. »

Sur le même sujet, lire Lutter contre l’isolement de Philippe Chabasse dans Réforme.

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