Daech, Turquie, Moyen-Orient : les effondrements en cours

Directeur de recherche à l’EHESS, spécialiste du Moyen-Orient, Hamit Bozarslan a expliqué, lors du petit-déjeuner du Forum du 15 décembre, pourquoi la région est actuellement des plus instables, avec en point d’orgue le conflit syrien, aux multiples acteurs et marqué par la montée en puissance de l’organisation terroriste État islamique.

 

 

L’effondrement du Moyen-Orient, d’abord, s’explique par plusieurs facteurs d’instabilité : un état de violence généralisé qui a succédé au refus des régimes arabes autoritaires et a pour conséquence une fragmentation de l’espace et du temps ; des conflits de nature différente (Libye, Syrie …) mais qui communiquent entre eux ; une grande vitesse dans leur évolution, le conflit syrien se métamorphosant chaque été (création de l’Armée Syrienne Libre en 2011, attentat contre le haut-commandement militaire en 2012, entrée en scène du Hezbollah en 2013, formation de l’État islamique en 2014, entrée en guerre de la Russie en 2015)  ; des guerres civiles de nature confessionnelle.

Les États n’ont plus – ils l’avaient déjà peu auparavant – le monopole de la violence. Seuls s’imposent alors les acteurs qui proposent une forme de radicalisation. Depuis 2014 règne l’organisation terroriste État islamique. Elle obéit à deux logiques contradictoires : d’une part une logique rationnelle, avec une véritable construction étatique, une capitale, des ministres, une diplomatie ; d’autre part une logique suicidaire à travers de multiples attentats qui lui coûtent beaucoup de soldats et détruit sa logique rationnelle même.

La Turquie, elle, se distingue par une renforcement de plus en plus fort de l’AKP, le parti d’Erdogan, qui veut s’installer durablement au pouvoir et imposer la Turquie comme super-puissance. Il défend une politique de complaisance envers les mouvements djihadistes, distribue des centaines de milliards de dollars de fonds publics à une nouvelle bourgeoisie non-libérale, s’appuie sur une Anatolie provinciale ultra-conservatrice. Les crises sont utilisées comme système de pouvoir, les conflits externes comme mode de gestion en interne, la politique devient la guerre, l’opposition devient l’ennemi. Ou comment un régime démocratique se transforme peu à peu en régime autoritaire.

 

Écoutez son intervention en intégralité :

 

(Illustration : char de l’armée Assad à Deraa en 2015, photo News Channel Online)

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