Le double héritage missionnaire - Forum protestant

Née d’une mission américaine, l’Église presbytérienne camerounaise se retrouve aujourd’hui avec un double héritage analysé par Nick Sandjali lors du Jeudi du Défap du 12 mars: un héritage social (hôpitaux, écoles) en difficulté, un héritage confessionnel (temples, paroisses) florissant.

 

Jeudi du Défap avec Nick Sandjali

Visionner le Jeudi du Défap du 12 mars 2026 avec Nick Sandjali

 

Jean-Pierre Anzala. Bonsoir et bienvenue à tous et à toutes pour cette nouvelle session des Jeudis du Défap. Ce cycle de conférences lancé en 2024 est au cœur de la mission du Défap: il s’agit de favoriser les échanges théologiques et la rencontre entre les cultures. Nous donnons la parole à des chercheurs, des pasteurs ou des acteurs de terrain pour mettre en perspective des travaux qui interrogent nos sociétés et nos Églises. Les Jeudis du Défap ne sont pas un lieu d’affrontement d’idées mais un espace de dialogue, d’analyse et d’ouverture. Nous construisons ensemble quelque chose.

Nick Sandjali est pasteur de l’Église presbytérienne camerounaise, et aussi doctorant en théologie. Enseignant d’hébreu biblique et d’Ancien Testament à l’Institut supérieur de théologie Dager de Bibia à Lolodorf dans le sud du Cameroun, il a bénéficié d’une bourse du Défap pour un séjour de recherche à l’Institut protestant de théologie (IPT) de Paris. Ses recherches doctorales portent sur la séparation du sacré et du profane dans le chapitre 10 du Lévitique, une thématique qu’il réinterprète dans le contexte de l’Église camerounaise. En plus de ses responsabilités de secrétaire exécutif du consistoire de Lom et Djérem (1), Nick Sandjali est actif au sein de plusieurs sociétés savantes internationales comme la Society of Biblical Litterature ou l’Association catholique pour l’étude de la Bible. Il a aussi écrit de nombreux articles, par exemple sur la gestion des conflits dans l’Ancien Testament, le concept du sabbat ou l’anthropologie vétérotestamentaire. Et il nous apporte ce soir son regard à la fois historique et exégétique sur l’héritage missionnaire …

 

L’héritage missionnaire aujourd’hui
Cas de la Mission presbytérienne américaine au Cameroun

Nick Sandjali. Merci. La question qui nous rassemble aujourd’hui est d’actualité depuis une trentaine d’années, depuis que l’héritage laissé à l’Église presbytérienne camerounaise (EPC) par la Mission presbytérienne américaine (MPA) a commencé à se fanner aux yeux de tous. Plusieurs questions se posent à propos de cet héritage aujourd’hui: qu’est-ce qui n’a pas marché ?, qui doit faire quoi pour le relever, rebâtir ?, qui est responsable de quoi ? Ce soir, nous reviendrons sur l’œuvre des missionnaires de la MPA, mais nous ne parlerons pas de toute leur activité: nous aborderons quelques éléments qui nous permettront de mieux voir ce que l’on peut aujourd’hui considérer dans l’EPC comme l’héritage missionnaire et ce qu’il devient. Après avoir identifié les problèmes, nous aborderons ensuite des propositions de solutions.

 

Ce qu’a fait la Mission

Les missionnaires américains de la MPA ont agi dans trois zones géographiques: la grande région du Sud, la région de l’Est et les environs de Bafia dans la région du Centre. Venus vers 1832 de Norfolk (Virginie) au Libéria où l’on tentait d’installer des esclaves afro-américains libérés, ils y constatent que leurs efforts missionnaires ne sont pas concluants et déplacent leur activité vers le Gabon. Autour de 1858, les missionnaires George et Mary Simpson s’installent dans l’île de Corisco (au large de ce qu’on appelle alors le Rio Muni (2)). L’activité évangélisatrice prospère et c’est depuis cette île que les missionnaires Cornelius et William Clements embarquent pour Batanga et déposent d’abord leurs valises dans la région de Kribi (3). Bien accueillis, ils choisissent un certain nombre de jeunes qu’ils envoient suivre une formation chrétienne. Un peu plus tard, ce sont ces jeunes revenus de leurs études qui vont aider à fonder vers 1879 une Église à Batanga, dirigée par deux natifs, parmi lesquels Edouma Moussambani (qui deviendra le premier pasteur camerounais à être consacré vers 1903). Ces jeunes responsables conduisent fidèlement la nouvelle Église malgré les difficultés qu’on peut imaginer et, assistés par les missionnaires, ils inaugurent vers 1889 le temple de Batanga, tout premier temple de la MPA au Cameroun. C’est donc à Batanga que la Mission se fixe et c’est de là qu’elle part pour l’intérieur du pays.

C’est vers 1886 que les puissances européennes attribuent le Cameroun à l’Allemagne (4). Les missionnaires américains avaient d’abord envisagé la colonie française du Gabon, mais les autorités y toléraient mal certains de leurs projets, notamment l’apprentissage de l’anglais et des langues locales. Avec le passage du Cameroun sous domination allemande, ils peuvent s’y installer confortablement et mettre sur pied leur politique de formation initiale en langue locale, puis, pour les plus intelligents, dans des écoles américaines et souvent même allemandes. C’est de cette façon qu’une élite va commencer à se former à partir de 1895 dans la région d’Ebolowa où l’EPC est aujourd’hui fortement implantée: d’abord en ville puis, sur la demande de l’administration coloniale allemande qui voulait bâtir une base militaire à cet endroit, un peu à l’extérieur, à Elat où elle est actuellement (5). Quant à la station de Libamba, elle fut ouverte pour y fonder le fameux collège évangélique (6). Dans le Sud du Cameroun, on crée aussi une imprimerie, une école professionnelle, une léproserie (à Ebolowa), une pouponnière (à Metet), un hôpital à Enongal qui deviendra l’un des grands pôles d’administration des soins à cette période de l’histoire du Cameroun (7). Les missionnaires ont dès le départ évité de concentrer l’essentiel de leurs activités dans les grandes stations parce que leur but était de pénétrer dans le pays. Les grandes stations servaient donc plutôt de bases, avec des annexes plus loin à l’intérieur qui leur étaient étaient rattachés. Mais nous ne pouvons pas manquer de signaler qu’il y a souvent eu dans la région du Sud des différends entre l’administration coloniale et la Mission.

La Première Guerre mondiale fait passer l’essentiel du Cameroun allemand à la France (8). Il était un peu difficile pour les Américains (qui n’étaient pas les colonisateurs et n’étaient pas associés à la gestion politique du territoire) d’étendre véritablement leurs activités dans la zone de la Sanaga maritime (9), ce qu’on appelle vulgairement au Cameroun le pays Bassa. Les missionnaires n’ont pas eu beaucoup d’activités dans la grande région de l’Est, non parce qu’il n’en avaient pas la volonté, mais parce qu’il était difficile pour eux d’y implanter des stations.

Nous pouvons déjà retenir que l’évangélisation est le but premier, et que vient ensuite la création d’œuvres, c’est-à-dire la mise sur pied de services, de projets qui étaient destinés à appuyer l’œuvre évangélisatrice. Nous pouvons aussi souligner que l’activité missionnaire finit par représenter un danger pour l’administration coloniale puisque les missionnaires formaient, éduquaient, éveillaient les consciences. L’un des grands opposants historiques à la colonisation du Cameroun, Ruben Um Nyobe, avait adhéré à l’Évangile et au message de la Mission. Il avait été formé par elle, avait fait ses études à l’extérieur et a été l’un des maillons essentiels pour que le Cameroun accède à l’indépendance (10). S’il y a des relations de collaboration entre l’administration coloniale et la Mission, il y a aussi souvent des relations difficiles, délicates entre la Mission qui éduque, forme, soigne, éveille les consciences et l’administration coloniale qui use elle d’autres méthodes pour gouverner et diriger le territoire.

L’évangélisation était donc la mission principale, à la base de tout. On n’a construit des hôpitaux, des écoles, formé des autochtones, éveillé les consciences que pour mieux évangéliser. Ces œuvres mettaient la Mission au cœur même de la vie du territoire camerounais qui n’était pas encore un pays indépendant. La Mission faisait venir des gens de de l’étranger pour soigner, formait l’élite dans ses grandes écoles. C’est grâce à la Mission que le Cameroun a son hymne national puisqu’il a été composé à l’école normale de Foulassi qui est aujourd’hui l’un des deux instituts de théologie de l’EPC. On voit par là comment la Mission a impacté non seulement l’aspect religieux en apportant une nouvelle doctrine, mais aussi l’aspect social et l’aspect politique.

Les œuvres sociales (comme nous les appelons d’habitude) sont juste un témoignage de l’Évangile et ne sont pas la raison principale de la présence des missionnaires au Cameroun. La mission a été une courroie entre les populations et l’administration coloniale.

Il ne faut pas se limiter aux œuvres sociales qui comprennent l’éducation (écoles primaires, secondaires, supérieures pour former l’élite, les cadres administratifs du pays) et la santé (léproseries, hôpitaux, centres de santé): l’action missionnaire va au-delà puisqu’il s’agit aussi d’éveiller les consciences. Les missionnaires ont dispensé l’enseignement d’une Église qui éveille les consciences, qui réveille des personnes qui semblent endormies. L’action missionnaire est aussi un esprit de collaboration. Cela ne saurait se limiter à des structures, c’est aussi des idées, des idéologies.

 

De la Mission à l’Église

Le 11 décembre 1957, une Église va naître de cette Mission suite à des réclamations, des querelles, des protestations. Plusieurs raisons sont à l’origine de la naissance de cette Église qui hérite de tout ce dont je viens de parler.

Il y avait d’abord le désir de se sentir pleinement pasteur. Les missionnaires avaient consacré des autochtones au ministère pastoral, mais ceux-ci n’étaient pas véritablement considérés comme des pasteurs, étaient souvent relégués au second plan. Et il a fallu à un moment que ces pasteurs revendiquent un statut beaucoup plus noble, d’autant plus qu’il y avait déjà une certaine élite au sein d’eux. Cette histoire de pasteur de second plan ou de seconde zone ne passait plus parce qu’ils étaient déjà des intellectuels, des personnes qui pouvaient poser un raisonnement, avaient la mémoire ouverte.

Il y avait aussi la recherche du pain: les pasteurs pensaient que le niveau de vie des missionnaires venait de l’argent de l’Église, qu’ils vivaient de l’Église (alors qu’ils vivaient des subventions). Il y avait cette envie d’avoir le même niveau de vie.

L’intention des missionnaires américains n’était pas de demeurer au Cameroun, en terre étrangère, mais de former une élite. C’est la raison pour laquelle il y avait une école primaire, un collège dans pratiquement toutes les stations en plus du temple: il fallait former l’élite qui allait être capable d’évangéliser et de gérer ces œuvres. C’était une mission holistique: de par ses œuvres, son activité, la Mission presbytérienne américaine ne prenait pas seulement en compte l’aspect spirituel par l’Évangile ou l’évangélisation, mais mettait sur pied des structures qui permettaient de s’occuper de l’homme intégral.

 

L’Église et son double héritage missionnaire

Lors de la toute première assemblée générale de l’Église le 11 décembre 1957, elle hérite de 3 synodes et 9 consistoires avec une trentaine de pasteurs, de 17 stations missionnaires constituées souvent de temples, d’écoles primaires et secondaires et d’hôpitaux, d’écoles supérieures qui ont formé l’élite administrative du Cameroun.

Selon les statistiques, l’Église semble avoir bien reçu et fait fructifier l’héritage reçu puisqu’aujourd’hui, elle a une quarantaine de consistoires, pratiquement 800 paroisses avec plus d’un millier de temples et près de 1000 pasteurs. Elle a 28 écoles primaires, 11 écoles secondaires, une école normale d’instituteurs de l’enseignement général, une école qui forme les infirmiers diplômés d’État, deux universités: celle de Bibia qui forment essentiellement les futurs pasteurs et celle de Foulassi avec une faculté de théologie qui forme les futurs pasteurs et une faculté de sciences sociales.

Mais doit-on encore parler d’héritage missionnaire ? L’héritage semble perdu aujourd’hui dans ces écoles, hôpitaux, écoles secondaires, facultés de théologie où la douleur est grande. Qu’elles aient été laissées par les missionnaires ou créées ensuite par l’Église, ces œuvres sociales sont dans un état désastreux pour diverses raisons.

Il y a d’abord des problèmes ecclésiaux: l’Église presbytérienne camerounaise semble ne pas faire de distinction entre ces œuvres qui sont aujourd’hui des organes techniques exigeant des fonctionnements particuliers. Lorsque l’on divise deux consistoires, cela peut prendre 5 à 10 ans parce qu’une station missionnaire est au centre de la querelle et que chaque nouveau consistoire veut l’emporter avec lui et prendre son nom. Cela a souvent un impact pour le fidèle membre de la paroisse de la station et pour le fonctionnement même des œuvres: le médecin ne sait plus exactement à qui obéir, le directeur d’école ne sait plus de qui recevoir les instructions…

Il y a ensuite des problèmes d’ordre structurel: des hôpitaux et des écoles ont été fermés par manque de personnel ou parce que le personnel recruté est incompétent. Un hôpital avec à peine 10 lits, sans ordinateur, avec pour seul responsable le médecin chef, recrute 2 ou 3 secrétaires qui vont arriver et ne pas trouver de poste de travail parce qu’on n’y a pas besoin de secrétaire. Alors elles vont apprendre les soins sur le tas et commencer à les administrer.

Pour ce qui est de l’œuvre évangélique au contraire, malgré les problèmes ecclésiaux, on constate un foisonnement, un embellissement: il y a de plus en plus de grands temples: à Yaoundé, celui de la rue Ceper est digne d’une cathédrale (11) et il y a un peu partout dans la ville de beaux lieux de culte, des édifices très solides en matériaux définitifs, pour la plupart plus grands que ceux que les missionnaires avaient construit. Ce qui signifie que l’héritage a été reçu, gardé, multiplié.

À travers ces deux constats, on voit la différence qui existe aujourd’hui entre l’héritage social et l’héritage évangélique. L’héritage est aujourd’hui plus confessionnel que holistique. Les lieux de culte (temples et chapelles), les paroisses se multiplient un peu partout… mais les hôpitaux et les écoles ne suivent pas toujours. Ils essayent de suivre ce rythme et de se multiplier, mais restent fragiles, ont du mal à fonctionner, et beaucoup ferment rapidement. Une Église aujourd’hui plus confessante que holistique est née d’une Mission plus holistique que confessante (même si elle était basée sur l’évangélisation). La partie holistique de l’héritage missionnaire souffre aujourd’hui des maux dont je viens de parler.

Mais ce n’est pas un constat définitif car lorsque vous fréquentez certains de ces centres, certaines de ces écoles (par exemple le collège Djhon-ston à Yaoundé Djoungolo, au siège de l’Église), vous pouvez vous sentir fier et vous dire: heureusement que les missionnaires nous ont légué ceci. Si ces œuvres sociales réussissent à tenir debout, donnent l’impression de résister, c’est parce qu’elles ont adopté une autre façon de gérer, une autre façon de faire: des partenariats sont conclus avec des particuliers ou des structures, elles obtiennent des financements et une certaine implication de l’État. Il y a par exemple une grande différence entre Bibia et Foulassi. À Bibia, c’est vétuste et délabré. Tandis qu’à Foulassi, vous vous sentez fier d’être presbytérien et héritier de la Mission parce que le gouvernement camerounais (pour remercier l’Église de la composition à cet endroit de l’hymne national) a donné des subventions qui ont été utilisées pour construire. Le Défap lui-même y a souvent financé des projets. Ce qui vit et résiste dans l’œuvre sociale obéit à d’autres normes que les normes conventionnelles.

Les missionnaires ont créé des œuvres et posé des actes de leur temps. Mais l’Église qui hérite de ces œuvres agit de manière conservatrice: rien ne change, rien ne bouge. Il faut garder les choses telles que les missionnaires les ont laissées. Même chose pour la constitution qui gouverne l’Église: elle date des missionnaires et n’a jamais été amendée, même lorsqu’on se rendait compte qu’il y avait un problème avec cette constitution. Peut être parce que l’Église a choisi d’être conservatrice.

 

Pistes

Pour que cet héritage reflète l’œuvre missionnaire, il serait bon que sa gestion soit actualisée et contextualisée. Les missionnaires ont créé des œuvres qui répondaient à des besoins, à une certaine demande. La demande est-elle la même aujourd’hui ? Nous sommes dans un contexte camerounais où il y a quatre écoles par quartier, où les services de santé se multiplient aussi vite que les écoles. Est-il toujours bon que l’Église aille dans ce sens ? Les missionnaires n’ont pas toujours bâti leurs stations dans des centres urbains, ils préféraient s’en éloigner. À côté de chez moi, ici à Kambele, il y a un hôpital qui est à plus de 5 kilomètres du centre-ville et il faut payer pour s’y rendre alors qu’en centre-ville, vous avez pléthore de centres de santé… Qui quittera la ville pour se faire soigner dans cet hôpital si c’est pour y être reçu et soigné comme dans tous les autres hôpitaux ? L’Église devrait peut-être revoir le type de services qu’elle offre dans ces hôpitaux. Il est donc question d’actualiser, recréer, mieux adapter. L’Église doit aussi distinguer la gestion des œuvres (héritage reçu de la Mission presbytérienne américaine), et la politique. Car les œuvres sont parfois utilisées aujourd’hui comme récompense politique: pour avoir bien agi envers l’Église et vous récompenser, on peut vous nommer directeur d’une œuvre scolaire ou médicale, que vous ayez les compétences ou non pour cela…

Ce qui nous amène à une autre proposition: la recherche et la promotion de la compétence. Les œuvres ont été créées par des professionnels. Les missionnaires n’étaient pas tous pasteurs: certains étaient médecins, enseignants, comptables… Chacun d’eux travaillait, mettait à profit sa compétence et sa formation pour le rayonnement de ces œuvres. Or aujourd’hui l’héritage est souvent aux mains de gens qui n’ont pas l’expertise ou la compétence nécessaire pour le gérer et agir. Le résultat n’est donc pas très surprenant.

Lors de l’assemblée générale de l’Église presbytérienne camerounaise en 2019, l’Église a adopté le principe de la gestion décentralisée des œuvres: chaque synode et consistoire devait gérer les œuvres présentes sur son territoire. Mais l’Église a ensuite décidé de recentraliser (tandis qu’au même moment, le gouvernement camerounais parlait de décentralisation et semblait même l’accélérer). D’où des lourdeurs lorsqu’il y a un problème: celui qui doit décider est à la capitale… et l’œuvre est à 800 kilomètres de la capitale. Le temps de le joindre (souvent le réseau n’est pas bon) et qu’il dise ce qu’il faut faire ou bien qu’il vienne, la situation s’est aggravée et l’œuvre finit par en souffrir. Revenir à la décentralisation des œuvres ne dépossèderait pas l’Église de l’héritage missionnaire.

 

Conclusion

En arrivant et en œuvrant, les missionnaires avaient comme principal objectif d’évangéliser et de transmettre l’Évangile. Ils ont construit et mis sur pied ces projets, ces programmes, ces œuvres comme témoignage de leur Évangile pour mieux faire comprendre et mieux faire passer le message, pour prendre en compte l’homme dans toutes ses dimensions. Ils avaient les compétences nécessaires et c’est ce qui explique que cela ait pu se passer ainsi et ressembler au paradis. Quand l’Église est devenue autonome et a pris en main la gestion de ces œuvres, elles se sont certes multipliées mais l’héritage a pris un coup sur le plan qualitatif. On observe une déformation de l’héritage qui avait tout pour être holistique au départ, et devient aujourd’hui plus confessant que holistique.

Il y a des choses à faire pour que l’héritage missionnaire ne se perde pas. Le gouvernement a déjà commencé à récupérer certaines écoles et certains hôpitaux qui essaient de mieux fonctionner. D’autres sont en friche, ont carrément fermé, ont brûlé, n’existent plus… Que faut-il faire ? Il faut adopter des mécanismes de gestion et de fonctionnement qui permettent à ces œuvres de rester debout et vivantes.

 

Illustration: : lors de la cérémonie de rétrocession d’un pavillon de la Maternité du centre de santé EPC de Bibia le 1er février 2025.

(1) Correspondant au département du même nom autour de la ville de Bertoua, dans l’Est du pays à la frontière centrafricaine.

(2) Cette petite île faisant partie aujourd’hui de la Guinée Équatoriale mais toute proche de Libreville (Gabon) appartenait alors au royaume Benga, lié à l’Espagne à partir de 1843 avant de se fondre dans la Guinée espagnole (formée du territoire continental du Rio Muni et de l’île de Fernando Poo (Bioko)) au début du 20e siècle.

(3) Aujourd’hui sur la côte sud-ouest du Cameroun dans une région où l’on parle la même langue qu’à Corisco.

(4) Présents à Douala depuis 1868, les Allemands signent en 1884 un traité avec les dirigeants locaux. Les frontières de la nouvelle colonie sont tracées lors de la Conférence de Berlin en 1884-1885 et entérinées par la France et le Royaume-Uni en 1885-1886.

(5) Fondée en 1901, la station d’Ebolowa puis d’Elat devient l’une des plus importantes de la MPA et c’est là qu’elle se transformera en EPC en 1957.

(6) Le Collège évangélique de Libamba (CEL), entre Makak et Minka (au sud-ouest de Yaoundé et au nord d’Ebolowa) est fondé en 1945 et devient l’un des premiers établissements secondaires du pays.

(7) Sur le rôle des missionnaires dans l’histoire sanitaire du Cameroun colonial, voir Ntsama Joseph Owono, Pour une introduction à l’histoire sanitaire au Cameroun français : 1845-1938, 2025.

(8) La colonie allemande est conquise par les troupes françaises et britanniques entre 1914 et 1916, puis divisée avec un cinquième à l’ouest pour le Royaume-Uni et le reste pour la France. La majorité de la partie sous mandat britannique sera récupérée par le Cameroun indépendant en 1960, le reste allant au Nigeria.

(9) Département camerounais situé entre la région Sud et Douala.

(10) Né en 1913 dans une famille presbytérienne bassa, il devient fonctionnaire et syndicaliste, puis est l’un des fondateurs en 1948 du parti indépendantiste UPC (Union des populations du Cameroun). Lorsque l’UPC est interdite en 1955, il prend le maquis et est tué par l’armée française en 1958.

(11) Inauguré en 2021, le temple de la paroisse Adna dans le quartier Elig-Essono est aujourd’hui l’un des plus grands du pays. Voir Eleanore Marthe Amélie Bissou, Paroisse EPC ADNA: Le plus grand temple de l’Église presbytérienne du Cameroun à Yaoundé, Journal chrétien, 22 décembre 2021.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Lire aussi sur notre site