Avenirs… - Forum protestant

«Tout le monde a souffert physiquement de la chaleur. Et puis ensuite ? Pas grand-chose.» L’absence de remise en question collective chez les chrétiens comme les autres ne porte pas à l’optimisme mais l’observation des multiples «initiatives de bien plus petite échelle, avec des associations ou des collectifs qui vivent différemment» rappelle que, même si elles «sont quasiment invisibles dans le débat politique et l’espace médiatique», ce sont elles qui ont de l’avenir dans un monde qui ne semble guère en avoir.

Texte publié sur Tendances, Espérance.

 

La France a suffoqué sous la chaleur. La sécheresse qui en est résultée a transformé les forêts en carburant, à la merci du moindre acte de malveillance, d’imprudence ou de la moindre étincelle parasite sur un engin de débroussaillage. Beaucoup de récoltes ont brûlé sur place. Tout le monde a souffert physiquement de la chaleur. Et puis ensuite ? Pas grand-chose. L’opinion publique ne tourne nullement casaque: tout se réchauffe, mais pourquoi changer ? L’espace politique est à peu près aussi impavide. Quelqu’un a fait remarquer que l’on polémiquait sur les Canadair, comme si on essayait de limiter les accidents de la route en multipliant les ambulances.

 

 

Avenir bouché

Quelque réflexion de fond sur ce à quoi on attache du prix, sur ce que l’on pourrait faire ensemble, le sens de nos choix de vie, serait salutaire. Et les chrétiens devraient avoir l’habitude de ce genre de questionnement. L’annonce de la grâce, dimanche après dimanche, devrait nous rendre plus libres pour discerner nos manquements et nos erreurs. À vrai dire, cet été, certains appels à la prière, n’évoquant pas l’ombre d’une remise en question, m’ont consterné.

Et, pendant ce temps-là, on continue à m’interroger sur l’espérance. Mais je n’attends pas grand-chose face à un tel immobilisme.

 

 

Loin de ces blocs figés…

D’un autre côté, j’ai eu l’occasion, aussi, cet été, de changer de focale et d’observer des initiatives de bien plus petite échelle, avec des associations ou des collectifs qui vivent différemment, donnent d’eux-mêmes sans bénéfice lucratif, vivent d’une manière ouverte et respectueuse, avec les autres et avec l’ensemble du vivant. Le sens de ce qu’ils mettent en œuvre est au cœur de leur démarche.

Je découvre, ainsi, en pleine campagne, une propriété qui a été transformée en un espace dédié aux concerts champêtres. Le matériel est simple. Le public vient des environs. Le projet dure depuis plusieurs années et j’ignore tout de son modèle économique. J’imagine simplement que le moteur essentiel en est la passion.

Les convictions à l’œuvre, dans ces projets décalés, sont variables. Mais on y trouve toujours une interrogation sur ce qui importe, le refus de la facilité, et des choix de vie courageux et assumés.

Je perçois cela aussi chez les militants associatifs que je rencontre, ici et là, et qui restent mobilisés malgré la crise des financements publics. Je rencontre aussi des personnes qui investissent du temps dans leur travail pour améliorer la situation de personnes peu rentables. Il faut avoir accédé à un certain niveau hiérarchique pour pouvoir se le permettre, certes, mais une fois ce niveau atteint, cela suppose de mettre entre parenthèses des préoccupations trop carriéristes.

 

 

Le festival des Poussières

Et fin août s’est tenu le 3e festival des Poussières: rencontre de chrétiens (majoritairement, mais pas uniquement) de divers horizons qui refusent les dynamiques dominantes à l’œuvre aujourd’hui et veulent vivre leur foi de manière pratique et conséquente. Ils étaient plus de 600 cette fois-ci: des poussières, par rapport aux grandes masses qui font l’opinion publique.

Ces poussières se réenracinent dans les mouvements qui, au fil de l’histoire, n’ont pas eu peur de critiquer les puissants et ont cherché une vie simple, au nom de leur foi. Aujourd’hui, comme hier, ils sont minoritaires.

À vrai dire, ni les mouvements associatifs divers, ni les personnes, chrétiennes ou non, qui investissent dans la solidarité ou des modes de vie plus simples, ne font vraiment tache d’huile. Ils sont quasiment invisibles dans le débat politique et l’espace médiatique.

 

 

Où est l’avenir ?

On m’interroge, donc, sur l’espérance. D’un point de vue terre à terre, je vois un avenir dans ces mouvements, dans leur diversité, qui font un pas de côté. Quel que soit le devenir du monde, ils continueront à nous inspirer. Quant au monde en question, dans sa globalité, dans sa course folle à l’abîme, je ne lui vois guère d’avenir.

Pour le reste, mon espérance fondamentale est en Dieu, assurément. Et quand je prie «que ton règne vienne», je pense davantage à ces mouvements qui surgissent à droite et à gauche, qu’aux règnes de ceux qui se veulent, aujourd’hui, grands et puissants, ou aux rêves de puissance technique qui nous habitent trop facilement.

Au moment de la résurrection du Christ, ses disciples n’étaient qu’une poignée. Ils étaient peut-être 3000 le jour de la Pentecôte. Mais cela continuait à faire peu au sein de l’Empire romain. Mon impatience ne s’en satisfait pas, je l’avoue…

 

Illustration: lors du premier Festival des Poussières en 2023 (photo Festival des Poussières).

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