Du pluralisme à la militance, l’engagement de Christelle Poujol (2/2)
Dans le cadre de son podcast consacré aux femmes engagées du protestantisme, Jérémie Claeys reçoit Christelle Poujol, directrice de la librairie protestante 7ici et militante contre les injustices. Dans ce deuxième épisode, la libraire évoque ses actions militantes au sein comme en dehors de sa profession, son rapport à la Bible et ses derniers coups de cœur littéraires.
Écouter ce podcast de la série Protestantes !. Lire le premier volet de la retranscription.
Jérémie Claeys. Quels sont les sujets qui ont éveillé ton militantisme ?
Christelle Poujol. La question des abus, la question de la place de la femme ou de l’autre en général. Cela ne signifie pas que je suis active dans toutes les associations possibles. Je suis avant tout militante dans ma librairie (je crois que cela se reflète dans les livres que je mets en avant) mais j’agis aussi à l’extérieur et j’ai plaisir à être membre de quelques associations. Par exemple, ma sœur a créé avec d’autres femmes Une place pour Elles, une association que j’essaye d’aider, modestement. Une place pour Elles est là pour parler des violences conjugales dans l’Église mais pas seulement, c’est aussi une association qui se veut plus générale. Personnellement, je trouve qu’il y a déjà largement à faire dans l’Église…
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, j’ai installé une chaise recouverte d’un tissu rouge pour visualiser symboliquement la place d’une femme morte sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint, comme le fait l’association. Une petite manière d’être militante sur ces causes-là. Ce peut être aussi ne pas montrer des livres dont je pense qu’ils sont clairement nocifs pour les femmes. Il m’arrive de dire que des livres sont dangereux. Un livre où on t’explique sous couvert de spiritualité ou de je ne sais quelle bêtise que la femme doit dire oui à chaque fois que son mari a envie d’une relation sexuelle, par exemple. Non, c’est quand les deux en ont envie, pas juste quand monsieur a envie, sinon ça s’appelle du viol.
«Les gens entrent dans ma librairie avec de vraies problématiques»
Selon toi, quelle marge de manœuvre existe-t-il sur ces sujets des abus sexuels et spirituels dans les Églises en protestantisme aujourd’hui ?
Ce serait déjà, pour moi en tant que libraire, présenter des livres qui parlent de ces sujets et soutenir les efforts des éditeurs qui les font exister. Les éditions Bibli’O ont sorti un ouvrage collectif sur les violences en protestantisme, Comprendre et lutter contre les violences en protestantisme. On en a beaucoup parlé, nous étions à la soirée de lancement, en avons parlé sur nos réseaux et il est encore bien présent en magasin sur notre table de nouveautés alors qu’il est sorti depuis plusieurs mois. À ma hauteur, ce serait ça. L’autre biais d’action, c’est moi. Je me suis formée en relation d’aide. On va dire: «Elle a suivi la formation de Papa !»… Et c’est vrai: j’ai suivi la formation d’Empreinte formation, l’organisme créé par mon père. Pourquoi ? Pas pour ouvrir un cabinet de consulting, de coaching ou je ne sais quoi, mais parce que les gens entrent dans ma librairie avec de vraies problématiques. Suis-je capable de les entendre ? Suis-je capable de déceler quelque chose, d’être à l’écoute ? J’oriente ensuite vers quelqu’un d’autre car je ne suis pas psychologue mais je peux aider avec un livre.
Un exemple : il y a quelques semaines, au magasin, une très jeune fille était à la recherche d’un livre car elle sentait qu’elle s’éloignait de Dieu. Après lui avoir proposé un ou deux livres, j’ai vu qu’elle continuait à tourner dans le magasin. Je suis revenue la voir pour lui demander si ce que je lui avais proposé lui convenait ou s’il fallait autre chose. Je sentais qu’il y avait autre chose.
Tu es dans le soin, finalement.
Oui, ou en tout cas dans l’écoute, au minimum. Finalement, une demi-heure plus tard, elle m’a confiée être tombée sur des films pornographiques, en regarder de plus en plus, ne pas aimer ça, trouver cela dégradant mais constater que l’addiction s’installait sans savoir comment s’en sortir. D’une question très vague on est arrivé à quelque chose de très spécifique.
Cela a dû lui demander une certaine forme de courage et de vulnérabilité !
Et en même temps, j’ose penser, modestement, que c’est aussi parce qu’elle a senti qu’elle pouvait me le dire. Il faut se poser la question de quel espace on crée pour que quelqu’un puisse déposer ça ? Comment a-t-elle senti que cela allait être accueilli ? Est-ce que je l’ai dit fort devant tout le monde ou est-ce que je l’ai pris un peu à part pour lui en parler ? Est-ce que j’ai émis une forme de jugement ? Non. J’ai senti que c’était difficile, je lui ai dit qu’on allait trouver, qu’il existait des livres intéressants sur le sujet qui allaient lui dire des choses importantes. Je pense que c’est là un des rôles du libraire. Pour moi, la question est aussi: est-ce que je suis prête à entendre une femme qui me demanderait un livre sur la communication dans le couple et qui au bout d’un quart d’heure révèlerait que son mari l’insulte, la frappe ou lui a pris sa carte bleue ?
Le fait qu’il s’agisse d’une librairie chrétienne est intéressant car, finalement, la foi est quelque chose de très intime. Cela fait de toi une sorte de panneau indicateur au milieu de l’intime. Les gens viennent chercher de quoi nourrir leur âme, leur réflexion, leur intimité, ce n’est pas une librairie généraliste.
C’est différent, c’est vrai, mais je tiens à dire que j’ai beaucoup de respect pour les librairies généralistes, qui viennent nourrir autre chose chez les gens. Bien que nous ayons aussi des clients allant très bien (heureusement !), une partie des gens viennent avec de vraies questions ou de vraies difficultés. Tu me demandais tout à l’heure comment je me mettais à l’écoute du Seigneur: parfois c’est difficile et parfois des clients viennent précisément me poser la question. Sans évidemment avoir de réponse absolue, j’essaye alors de trouver un ou deux livres qui vont les aider. Oui, on est dans l’intime, ça c’est sûr. Même lorsque les gens nous parlent de leur belle-fille ou de leur fils, ils parlent toujours d’eux car c’est en eux que cela vient chatouiller quelque chose.
La librairie: «une ‘safe place’»
Cette librairie, finalement, c’est un peu une safe zone.
J’ai en tout cas plaisir à essayer que ça le soit. Dernièrement nous avons accueilli un groupe de jeunes filles venues faire un tableau de prière. Cela consiste à dire: Seigneur, cette année, je voudrais penser à prier à tel ou tel sujet, voici les choses que je voudrais te remettre, etc. L’important à mes yeux est qu’elles ont pu, toutes les 12, parler entre elles, échanger sur leur vie, leurs relations amoureuses, l’Église. Là, clairement, c’était une safe place, elles s’y sont senties bien, ont partagé des choses très personnelles. Cela m’a fait plaisir.
Dans quelles conditions as-tu repris cette librairie, il y a 25 ans ?
La librairie 7ici fête cette année ses 75 ans et elle a été créée au départ par les Églises baptistes. Nous sommes d’ailleurs dans les locaux d’une Église baptiste, au rez de chaussée, l’église étant au premier étage. Les années ont passé et, il y a une trentaine d’année, Denis Guillaume, un ami de mes parents avec qui ils ont créé la maison d’édition Empreintes, a été embauché pour reprendre la librairie vieillissante. Il l’a bien dynamisée, l’a remise sur des rails de modernité et, il y a 25 ans, s’est mis en quête d’une assistante capable de faire un peu de comptabilité pour l’aider dans son travail de directeur. Je finissais tout juste mes études de gestion des entreprises et il a pensé à moi…
C’est donc ton premier job ?
Oui, quasiment car au sortir de mes études j’avais fait 6 mois dans une association. Il m’a proposé cet emploi d’assistante de direction et j’ai fait ça pendant un temps. Puis, en 2016, il a déménagé dans le Sud. Il a repris uniquement la direction de sa maison d’édition et m’a proposé de prendre la direction de 7ici. Cela s’est donc fait assez naturellement car j’étais dans la place ! Et puis, il y a quelques années nous nous sommes offerts au rachat par une association, la librairie chrétienne CLC, et nous faisons désormais partie de cette association de librairies chrétiennes. Je suis ainsi directrice des librairies à la CLC, c’est-à-dire que je m’occupe d’un réseau de 13 librairies en France et aux Antilles. Cela aussi me prend un peu de temps.
«La Bible doit être force d’ouverture et non d’enfermement»
C’est une question un peu convenue mais, étant libraire dans une librairie chrétienne, quel est ton rapport à la Bible ? Et en tant que femme ?
Mon rapport à la Bible, en tant que libraire est… que c’est ce qu’on vend le plus ! Cela reste le best-seller absolu. Voilà pour la partie commerçante !
Mon rapport à la Bible est assez simple, je suis contre cette obligation qui dit qu’il faudrait la lire tous les jours. Je crois qu’il faut au contraire aller y chercher des choses au moment où on en a besoin. On veut se faire du bien ? On va lire un psaume. On veut se rappeler qui est Jésus ? On va lire un évangile. Je suis intéressée par le lien avec les femmes car, pour la Bible en français, trop de traductions ont trop longtemps été réalisées uniquement par des hommes. Les spécialistes parlent de ça mieux que moi mais c’est intéressant d’avoir de nouvelles traductions de la Bible en français qui laissent la place aux femmes. Dans des passages bibliques où il y a écrit «l’homme», est-ce qu’on parle de l’homme par opposition à la femme ou est-ce qu’on parle de l’homme-humain ? Auquel cas, je me sens concernée par le verset. Je vois bien que la plupart des clients ne se posent pas toujours la question et ça m’interpelle. C’est pour cela que nous essayons d’encourager les traductions épicènes. Sur les passages bibliques où l’on parle d’hommes et de femmes, on va écrire «les personnes», «les gens»; il existe de nombreuses manières de tourner les phrases pour éviter le terme «hommes». Trop de générations de jeunes filles ont été découragées par des passages bibliques où elles n’étaient pas incluses. Notre rôle de libraire est donc aussi de dire qu’il existe maintenant des traductions comme la Nouvelle Français courant qui prennent cela en compte. Et, oui, c’est peut-être un chouïa moins littéral au sens d’un mot = un mot mais, en revanche, un mot = un sens. Comme nous ne sommes pas tous capables de lire le grec et l’hébreu, il nous faut des traductions à la hauteur.
Mon rapport à la Bible réside dans cette conviction qu’elle doit être libératrice, force d’ouverture et non d’enfermement. Sinon pour moi, en tant que femme, ce n’est pas possible, ce n’est pas le Dieu auquel je crois, ce n’est pas la Bible telle que je la connais, ni Jésus tel qu’on le connaît avec son rapport extraordinaire aux femmes. Il y a beaucoup de livres sur le sujet qu’il faut lire, on ne peut pas continuer à laisser penser que les femmes sont assignées à tel ou tel rôle dans la Bible et que, par conséquent, la société devrait refléter cela car c’est faux. De nombreuses femmes dans la Bible étaient très bien placées, proches de Jésus, dans le ministère. Ce n’est pas que mon côté militant qui parle, c’est la réalité. En tant que libraire et femme (mais j’ai un collègue libraire homme qui pense la même chose), des bibles qui enferment ne m’intéressent pas, des Bibles qui enferment par les explications qu’elles donnent, par exemple. On a le droit d’aller chercher d’autres ouvertures.
Une Bible étonnante est sortie récemment, La Bible de méditation par les femmes d’Afrique (1). C’est le texte de la Nouvelle Français courant donc c’est sympa, on comprend tout ce qu’on lit, le texte est assez proche de la réalité et les notes, commentaires, méditations ont été écrites par des femmes d’Afrique. Cela change, pour une fois ! On n’a pas que des auteurs américains qui ont des choses à nous dire sur la foi chrétienne ou des auteurs français d’il y a 200 ans ! Il y a aussi cette perspective des femmes d’Afrique, une perspective de femmes tout court, en fait, car leur origine ne change pas fondamentalement leur vision de la Bible alors que sur certaines questions comme la famille, on sent de petites nuances dues au genre. Je trouve cela vraiment intéressant et riche. Et puis, dans cette Bible on trouve aussi 52 portraits de femmes. Qui serait capable de citer 52 femmes de la Bible ? Il y a certes Ruth, Esther, Marie, les grands classiques, mais il y en a beaucoup d’autres !
Il y a eu un livre remarquable aussi il y a quelques années, Une bible des femmes, sous la direction d’Élisabeth Parmentier. Puis Une Bible. Des hommes a été publié dans la foulée, réclamée par des hommes (2)… Alors qu’en réalité elle existe déjà, la Bible des hommes.
Évidemment. Nous avons d’ailleurs souvent la remarque en magasin de personnes qui viennent nous dire: «Mais ces Bibles pour les femmes, là, ça veut dire qu’il y en a pour les hommes ?»… Je leur réponds: «Ne vous inquiétez pas, ce sont toutes les autres». Ce n’est pas comme si on avait besoin d’en faire une spécialement pour les hommes…
Question des plus classiques pour une libraire, mais qui reste toujours intéressante: peux-tu me citer trois livres qui t’ont particulièrement marquée ?
Pour commencer je voudrais préciser que je ne suis paradoxalement pas une grande lectrice. Les vrais grands lecteurs sont ceux qui lisent un livre par semaine ou un livre tous les deux jours (ma mère était comme ça). Je suis davantage une picoreuse de lecture. Surtout, vue la masse de livres qui arrivent à la librairie, il faut les découvrir sans les lire entièrement, faute de temps.
Qu’est-ce que tu n’aimais pas ?
Je ne sais pas, ça ne faisait pas partie de mes centres d’intérêt. En revanche, l’exemple de mon père et de ma mère qui avaient ouvert une librairie a marqué quelque chose. Mais pour répondre à ta question: quand j’étais jeune, j’ai lu un livre, qui d’ailleurs ne doit plus être édité et qui n’était pas chrétien, Ils ont osé dire non ou Ceux qui ont dit non. C’étaient des portraits d’hommes et de femmes militants qui ont dit non à quelque chose: à l’esclavage, à la ségrégation, etc. Dans mon parcours, ces trajectoires de personnages célèbres venaient dire quelque chose. Pour être honnête, je ne sais même pas comment ce livre a atterri dans mes mains, je pense que j’étais au lycée ou étudiante. Ce livre plein de tous ces gens qui ont osé dire non – pour dire oui à quelque chose d’autre d’ailleurs – m’a vraiment marquée.
C’est une graine qui a été plantée en toi très tôt.
Oui. J’apprécie les témoignages quand ils ne virent pas à la doctrine. Au contraire, les témoignages qui affirment que puisqu’on a vécu une expérience, il suffirait de la reproduire pour obtenir le même résultat m’insupportent. Souvent les témoignages ne décrivent pas des vies très linéaires. La vie est un souffle (3), par exemple, récit d’une mère dont l’enfant est malade et qui raconte cette aventure jusqu’à la rémission miraculeuse, est un livre bien écrit, émouvant, à la fois plein de faiblesses, de richesses et de force.
Récemment, aussi, j’ai lu un livre d’Olivier Abel qui m’a beaucoup marquée, De l’humiliation, désormais en livre de poche et que j’ai trouvé impressionnant. Cela parle de la société faite pour humilier une partie des gens et de la manière dont les structures administratives dans de nombreux domaines semblent conçues pour humilier. L’ouvrage interroge: est-ce que c’est vraiment ce que nous souhaitons pour notre société ? Les conférences d’Olivier Abel sont toujours extrêmement intéressantes et riches. J’avais des appréhensions concernant cet ouvrage car, n’étant pas une grande lectrice de philosophie, j’avais peur de ne pas m’en sortir, mais je l’ai trouvé très accessible et brillant. Il explique parfaitement la société d’aujourd’hui et pose la question de la place des chrétiens dans tout ça. Il pose enfin la question: souhaite-t-on perpétuer ces systèmes d’humiliation permanente dans nos Églises ?
«Les livres nous délivrent par la connaissance et l’ouverture d’esprit»
Y a-t-il des souvenirs de ces 25 années passées à la librairie 7ici que tu chéris particulièrement ?
Je suis une personne très active, j’aime faire plein de choses différentes, organiser des événements par exemple, et cela fait maintenant 2 ans que nous organisons un salon du livre: Des livres et vous. Je suis très fière qu’on y soit arrivé !
Le titre est super !
Il est assez classique mais il nous a beaucoup parlé avec mes collègues Stéphanie et Sephora. Ce n’est pas encore parfait, on voudrait qu’il y ait plus de monde mais je suis très fière de ce salon, car il exprime vraiment ce qu’on veut faire en tant que libraires: proposer des livres de qualité écrits par des auteurs vivants, français ou francophones et constater leur impact dans la vie des gens… car oui, cela peut les délivrer ! On pourrait évidemment citer la Bible en premier mais en dehors de la Bible, d’autres livres peuvent nous aider à nous délivrer de telle ou telle situation, par la connaissance et l’ouverture d’esprit. Cet évènement est récent mais c’est vraiment une chose dont je suis fière et qui marque une belle étape. Nous verrons comment les choses vont évoluer, mais c’est déjà très chouette.
Toujours le lien, finalement. On sent que ça vibre, chez toi ! On sent une affection pour les livres mais surtout – nous parlions de safe zone et d’écoute – tu es dans l’événementiel. C’est normal, ce sont des moments dont on se souvient dans un parcours mais on sent quand même ce plaisir, cette joie d’être en lien avec les gens.
Oui, et le défi aussi parce que faire beaucoup de choses, ne pas être plan-plan, ne pas être dans un statu quo, à ne rien changer, ça me ressemble. J’aime assez l’adage Celui qui n’avance pas recule. C’est vrai aussi en librairie. Nous n’avons pas encore évoqué les méchants sites internet mais nous, en tant que librairie, nous nous devons d’être en mouvement, de proposer de nouvelles choses pour conserver nos clients, proposer du lien, des services qui vont plus loin que le simple livre. Parce que les livres, les gens peuvent les acheter ailleurs que chez nous, les commander en ligne. Ce que nous proposons c’est un accueil, de la chaleur, du conseil.
«7ici, c’est une expérience».
C’est vrai, c’est une expérience ! Si on sait déjà ce qu’on veut, on commande sur internet mais si on vient avec une envie de lire sans savoir quoi exactement, on peut entrer à la librairie et faire des découvertes. On peut aussi venir avec une problématique, une question et être à la recherche d’un livre qui va aider.
Une petite question totalement anecdotique: en tant que libraire très connue dans le milieu protestant, pourrais-tu nous partager deux, trois petites couleurs à ton sujet qu’on ne soupçonnerait pas ? Des petites choses que tu apprécierais et que les gens ne connaîtraient pas de Christelle.
J’adore chanter ! Je chante dans une chorale dans mon quartier depuis 20 ans. On parlait du lien – ce qui me plaît c’est de chanter avec des gens que j’apprécie. Je ne resterais pas dans une chorale si je m’y ennuyais ou si les gens n’y étaient pas agréables. J’y reste parce les gens sont chouettes mais aussi parce qu’on y chante de beaux chants. J’aime le chant classique bien que je n’aie pas du tout été éduquée à ce registre-là; on n’écoutait pas de musique à la maison. Mais plus j’en découvre, plus j’adhère et plus je trouve ça beau.
Qu’est-ce qui t’y a amenée, alors, il y a 20 ans ?
J’ai toujours adoré chanter. Quand je suis arrivée dans mon quartier, j’ai réfléchi à la manière de faire connaissance avec des gens. N’ayant pas d’enfants, je n’allais pas me rendre à la sortie de l’école pour parler avec les parents d’élèves. J’aurais pu m’investir dans une association de quartier ou quelque chose comme ça mais j’ai pensé à la chorale. On se fait toujours des copains dans les chorales.
J’ai inscrit mon fils à la chorale !
Bravo ! Le chant apporte tellement de choses. Je peux ajouter aussi que j’aime bien faire des puzzles dont j’affectionne le côté enquête. J’en fais assez régulièrement, des puzzles de 1000 ou 2000 pièces…
Tu les encadres après ?
Non, après je les remets dans leur boîte !
Vous savez donc quoi offrir à Christelle: des puzzles et de la musique classique ! Une dernière question: qu’évoque pour toi le mot protestante ?
On parlait de militantisme tout à l’heure et c’est ce que ce mot évoque pour moi. Enfin non, il y a peut-être d’abord le mot foi, une foi chevillée au corps, choisie même si héritée, non subie. Liberté aussi, peut-être, car quand je parle de mon protestantisme aux gens, cela évoque souvent une image plutôt positive, une certaine ouverture. Parfois quand je précise «évangélique», les gens s’interrogent, ne se rappellent plus bien ce que c’est. C’est assez drôle. C’est donc sûrement un mélange de tout cela. On retrouve chez les évangéliques une forte implication dans la société, que ce soit à travers des diaconats ou des associations. Cela fait aussi partie de notre ADN et par extension de l’ADN protestant. Protestante, je crois que ça signifie aussi tout simplement des choix de vie.
(Lire la première partie de l’entretien)
Transcription: Pauline Dorémus
Illustration: portrait de Christelle Poujol pour le podcast Protestantes !
(1) Alliance biblique universelle/Bibli’o, 2024.
(2) Élisabeth Parmentier, Pierrette Daviau et Lauriane Savoy (dir.), Une bible des femmes, Labor et Fides, 2018. Denis Fricker et Élisabeth Parmentier (dir.), Une Bible. Des hommes, Labor et Fides, 2021.
(3) Agnès Sanders, La vie est un souffle, Empreinte Temps présent, 2010.
(4) Olivier Abel, De l’humiliation, Les liens qui libèrent, 2022, 2023.
