Une place à elle parmi les intellectuels protestants
«Des années 1970 au milieu des années 1990, la voix de France Quéré est habituelle aux protestants», mais aussi aux catholiques et au grand public. Sans être ni universitaire, ni pasteure, elle est aussi reconnue par les institutions puisque l’Église réformée la charge du délicat synode sur la sexualité de 1979 et que la FPF la nomme (sur suggestion de Mitterrand) pour représenter le protestantisme au Comité d’éthique. Une place à part qui, selon Stéphane Lavignotte, a à voir avec une pensée «à la fois inspirée par le concret de la vie, inquiète et critique des évolutions du monde, attentive aux fragilités, le tout porté par une magnifique écriture». Et aussi un positionnement très complémentaire par rapport aux trois autres penseurs qui «tiennent le haut du pavé protestant de l’après-guerre au début des années 1990»: Jacques Ellul, Paul Ricœur et André Dumas.
Article publié dans le dossier France Quéré, une foi vive, une pensée libre de Foi&Vie 2025/2-3, pp.7-11.
Quand France Quéré décède en 1995, elle est une intellectuelle protestante connue aussi bien dans le protestantisme qu’en dehors. Son nom peut être cité parmi ceux de Paul Ricœur, Jacques Ellul (décédé l’année précédente) ou André Dumas (l’année suivante). A priori dans une position subalterne car femme et n’ayant pas de poste universitaire, qu’est-ce qui explique cette reconnaissance ? Sans doute sa place spécifique, à la fois inspirée par le concret de la vie, inquiète et critique des évolutions du monde, attentive aux fragilités, le tout porté par une magnifique écriture.
Une reconnaissance générale
Des années 1970 au milieu des années 1990, la voix de France Quéré est habituelle aux protestants. À partir de novembre 1971 et jusqu’à sa mort en avril 1995, ils peuvent la lire dans Réforme qui n’accueille pas moins de 96 de ses textes. Elle est une des conférencières du cinquantenaire de l’hebdomadaire en mars 1995. Ils peuvent l’entendre à la radio. Elle est une des six voix des conférences de Carême en 1982 sur La croix aujourd’hui, avec notamment Éric Fuchs, Jacques Ellul et André Dumas. Puis à nouveau en solo en 1994, avec des méditations qui seront publiées (1).
Sans prendre de responsabilités institutionnelles dans l’Église, elle est la rapporteure principale du synode national de mai 1977 sur la sexualité. Celui-ci est précédé d’un conflit entre anciens et modernes autour de l’affaire Feurich-Levejac, du nom de deux pasteurs ayant décidé avec leurs épouses de vivre en communauté, partageant leurs biens, leurs responsabilités parentales et leur vie sexuelle. Le synode s’annonce électrique. Pourtant, comme l’écrit Henri Fesquet, infatigable chroniqueur du protestantisme dans Le Monde:
«Rarement synode de l’Église réformée de France – il a eu lieu du 19 au 22 mai – fut aussi alerte, enjoué, joyeux. Est-ce parce que le modérateur, le pasteur Jean Valette, a fait preuve, de bout en bout d’humour, d’humeur taquine ? Est-ce en raison du thème de la sexualité qui – c’est bien connu – porte au rire et à la plaisanterie pour cacher l’embarras, voire la peur, plus ou moins inconsciente, qu’elle suscite ? Est-ce enfin – n’est-ce pas surtout ? – la présence de Mme France Quéré, rapporteur principal, qui a don de hausser au niveau de la poésie et de la spiritualité les réalités les plus ardues et les plus opaques ?» (2).
Le peuple protestant la rencontre lors des innombrables conférences qu’elle court donner dans la France entière. Yves Quéré, son mari, se souvient qu’elle pouvait être au Mans le matin, à Paris l’après-midi et à Lille le soir.
Elle a également la reconnaissance de ses pairs. André Dumas consacre un long et élogieux article dans Le Monde au premier livre (3) de France Quéré:
«Ce livre n’est ni intégriste ni progressiste. Il échappe, mais il entraîne. Son style est accordé à sa passion. Le lyrisme éclaté y foisonne avec la critique insolente. Le certain tremblement féminin y manie un scalpel redoutable. J’en connais peu, ces dernières années, qui aient autant de persuasive force» (4).
Paul Ricœur offrira des préfaces à deux des livres publiés après sa mort (5).
France Quéré est aussi la protestante la plus lue dans le monde catholique à son époque. Elle publie plus d’une centaine d’articles dans La Croix de mars 1981 à sa mort. Elle publie depuis 1968 dans Panorama où paraîtront presque 180 textes, presque 50 dans France Catholique. Elle publie ses premières lignes dans Esprit en 1967, période où elle se rapproche du comité de rédaction de la revue. Cette collaboration lui ouvre les portes de la collection théologique du Seuil, celle où sont publiés des grands textes de Rudolph Bultmann, Harvey Cox, Hans Küng ou Jacques Maritain. Ni André Dumas, ni Georges Casalis ne publieront dans des collections aussi prestigieuses.
Elle est donc une des figures protestantes qu’on invite, cite, fait écrire. Le Monde n’oublie pas de la mentionner parmi les conférenciers quand, en mai 1987, Panorama organise ses assises sur Être chrétien aujourd’hui ; parmi les intervenants des formations des dominicains du Saulchoir en 1988; aux côtés de Paul Ricœur et Jean Baubérot lors d’un colloque réunissant chrétiens et laïcs de la Ligue de l’enseignement sur la morale en 1994… Elle est la seule femme et la seule plume protestante à côté de cinq hommes catholiques quand Le Monde publie une série de Confessions de foi chrétiennes (6) en juin 1978. Elle est une des contributrices en septembre 1982 quand le même journal consacre une série à la situation des femmes (7), à nouveau seule femme et de confession protestante à côté de cinq hommes catholiques sur Noël à l’hiver 1983 (8)… Ses livres sont chroniqués régulièrement dans le quotidien du soir.
Enfin, elle est membre dès sa création du Comité consultatif national d’éthique, selon une modalité qui montre sa reconnaissance publique. Selon le témoignage de Jacques Maury:
«Quand se crée le comité d’éthique, je suis devenu président de la Fédération protestante de France. Je reçois un coup de téléphone de l’Élysée qui me demande qui peut représenter le protestantisme. Spontanément, je dis: « André Dumas ». Quinze jours après, nouveau coup de téléphone: « Le président vous est reconnaissant de votre suggestion, mais il préférait que ce soit une femme. Il proposerait France Quéré, à condition que vous soyez d’accord ». Je fais remarquer qu’elle est plus littéraire qu’éthicienne… Je connaissais France, elle était présidente des étudiants de Montpellier quand j’étais président de la Fédé. Je la rencontre par hasard. Elle me dit: « Ah, je sais, ça m’intéresserait beaucoup ». Et je rappelle l’Élysée pour donner mon accord…» (9).
Une place différente
Cette reconnaissance n’a rien d’une évidence tant son profil est différent de ses homologues masculins qui comme Ellul, Ricœur, Casalis ou Dumas, tiennent le haut du pavé protestant de l’après-guerre au début des années 1990. Elle est une femme dans un monde protestant certes moins misogyne que le monde catholique mais qui n’accepte le ministère féminin qu’en 1965 et la première femme professeure en faculté de théologie (Françoise Smyth) qu’en 1972. Par ailleurs, elle n’est pas professeure de faculté comme eux.
Elle est aussi d’une autre génération. Ils sont nés entre 1912 (Ellul) et 1918 (Dumas), elle est née en 1936. Outre le risque paternaliste, il y a sans doute un décalage de génération qui peut se ressentir sur certaines thématiques, par exemple sur la politique. Eux sont issus d’une génération qui a poussé les chrétiens – face aux risques totalitaires des années 1930, à l’occupation allemande, aux changements rapides de l’après-guerre – à s’engager dans les combats du monde, quitte à ce que ce soit dans un engagement dégagé (10) comme Jacques Ellul. Elle est sans doute déjà de la génération qui voit les limites de cet engagement. Elle vit mal à la revue Esprit les procès faits par la nouvelle génération à Jean-Marie Domenach au lendemain de mai 1968. Elle est dubitative face à l’utopisme faisant table rase du passé qui porte une partie de la théologie de l’espérance du début des années 1970 (11), critique les élans libertaires de la révolution sexuelle des années 1970 comme le montre son rapport au synode d’Angers en 1977 sur le sujet.
Elle ne se désintéresse pas de la politique pour autant. Elle est de la génération de la Fédé protestante étudiante qui s’engage contre la guerre d’Algérie, participe au tournant des années 1960 à une réunion publique à Montpellier contre la bombe atomique française avec son mari Yves Quéré, où intervient le dominicain révolutionnaire Jean Cardonnel avec qui elle restera en relation. En 1964, elle participe à un «cercle d’étude entre marxistes et protestants avec participation orthodoxe» où elle présente avec André Dumas un exposé sur «L’évolution de la morale sociale chrétienne après le christianisme primitif» (12). Elle s’engagera résolument pour la cause des juifs d’URSS, sujet auquel elle consacrera de nombreuses chroniques dans Réforme ou la presse catholique.
Mais quand une «assemblée générale du protestantisme» réunie à La Rochelle appelle la France à s’engager «vers un gel nucléaire comme premier pas de désescalade du surarmement, même unilatérale» en novembre 1983, elle fait partie des signataires d’un appel protestant (aux côtés de personnalités aussi différentes que Pierre Chaunu ou André Gounelle) qui s’en désolidarise. L’appel craint que ce pacifisme ne sous-estime le danger soviétique, citant la répression anti-religieuse à l’Est, mais conteste également que ce soit le rôle des Églises de prendre de telles positions:
«Il n’appartient pas [aux Églises] de dicter à l’État les moyens appropriés d’une stratégie, y compris dans le domaine de la dissuasion nucléaire, qu’impose précisément une volonté cohérente de maintenir un équilibre mondial et la liberté des personnes et des peuples» (13).
Engagée personnellement avec prudence, elle prépare cette évolution néo-luthérienne de la fin des années 1980 dans l’Église réformée de France qui accorde plus d’importance à la théorie des deux règnes de Luther: le chrétien peut s’engager dans la politique mais comme citoyen, ce n’est pas le rôle de l’institution ecclésiale.
Une place à elle
Cette sensibilité à part ne lui donne-t-elle pas une place spécifique, une place à elle ? Si l’on devait décrire en schéma les places respectives de Ricœur, Ellul, Dumas et Quéré, ou pourrait proposer deux axes.
L’un qui irait de Penser avec les livres, qui montre un travail intellectuel d’abord nourri d’une abondante bibliographie et d’un dialogue avec des écrits, à Penser avec le vécu des personnes qui s’inspire d’abord des rencontres avec les personnes concernées et de l’attention à leur vécu et leurs sentiments, ce que j’ai appelé ailleurs une éthique embarquée (14). L’autre axe croisant le premier irait de la Confiance à l’Inquiétude face aux évolutions du monde et à la capacité des sociétés à inventer des solutions aux déséquilibres de ces évolutions. Ces axes se croisant par leur milieu formeraient quatre carrés sur lesquels ont pourrait placer chacun de nos intellectuels.
Ellul et Ricœur seraient du côté du Penser avec les livres. Le premier accumule d’impressionnantes bibliographies à la fin de ses ouvrages : par exemple, la bibliographie «complémentaire» de Propagandes (15) en 1962 ne compte pas moins de 107 ouvrages, en plus des ouvrages mentionnées en bas de presque chacune des 327 pages de l’ouvrage. Ricœur complète sa grande culture philosophique avec des dialogues avec quelques auteurs et livres choisis, chaque dialogue marquant l’avancée dans le raisonnement de ses ouvrages. Voilà sur le premier axe.
Sur le second, si Ellul est du côté de l’inquiétude – voire de l’alerte catastrophiste – sur le monde tel qu’il va, Ricœur est du côté de la confiance, même si c’est une confiance critique comme le montre en particulier ses textes pour le mouvement du Christianisme social (16).
André Dumas est avec France Quéré du côté du Penser avec le vécu des personnes. Par exemple dans les débats sur la contraception et l’avortement, André Dumas s’appuie sur le vécu des militantes du mouvement Jeunes femmes qui se sont engagées dans la création du Mouvement français du planning familial et son propre engagement dans une filière d’avortement clandestin. Il échange directement avec des femmes concernées. De la même manière, France Quéré construit une opinion nuancée sur la procréation médicalement assistée à partir de l’expérience contradictoire des femmes. Elle est à l’écoute de leurs aspirations:
«Dans les problèmes qui tournent autour des commencements de la vie, elles ont leur mot à dire, fait de réalisme et de modération, et qui tranche sur les rhétoriques sévères qu’inspirent aux professionnels de la morale les choses du sexe et de la procréation. Ainsi, seraient-elles plus indulgentes envers le désir d’enfant, que tant d’autres vouent aux gémonies» (17).
Mais en même temps, elle ne cache pas les douleurs causées par le faible taux de réussite des nouvelles techniques de procréation médicalement assistée:
«Il n’est rien dit du surcroît du chagrin occasionné par les échecs de ces tentatives, dix fois plus nombreux que leurs succès, et pas un mot non plus de compassion pour de telles douleurs. Tant de femmes repartent meurtries par le désir éveillé, les contraintes subies, l’effondrement de leur espérance» (18).
France Quéré en appelle aux principes pour protéger les plus faibles mais à la sagesse pratique pour ne pas les rendre aveugles:
«Tout ne sera pas dit avec des maximes. S’il suffisait de lancer des formules, comme une incantation, pour résoudre nos dilemmes, la tâche des moralistes serait simple et l’on ne verrait pas l’intérêt de les réunir pour débattre de convictions aussi claires. Quand la morale se déploie dans les généralités, tous admirent l’irréfutable éclat de son évidence. Vient-elle à considérer des objets particuliers et apparemment circonscrits, curieusement les belles idées s’évanouissent, la conscience tâtonne à travers une forêt d’objections et d’incertitudes et chacun, à commencer par les plus fermes sur la loi, s’emmêle les pieds» (19).
Sur le second axe, là où l’attention à la sagesse pratique fait pencher André Dumas du côté de la confiance, la confiance dans les individus et la société pour construire de nouveaux arrangements, elle fait pencher France Quéré du côté de l’inquiétude, comme est titré un des chapitres de L’éthique et la vie. Si la science est une force qui va, «elle ne sait pas où elle va, mais seulement qu’elle y va» (20): chaque spécialité court de son côté, au risque de l’instrumentalisation de ses recherches par l’État, sans compter «le profit des industries, la fureur de consommation, le besoin social de donner des emplois, l’inconscience généralisée» (21). Dès 1972, année où émerge la question écologique avec le rapport du Club de Rome sur Les limites à la croissance et le premier sommet de l’ONU sur l’environnement à Stockholm, France Quéré dit dans son premier ouvrage toute son inquiétude pour l’avenir technique du monde:
«La maîtrise technique de la nature était jadis source d’euphorie et d’orgueil. Il y a seulement vingt ans, Mounier s’émerveillait que l’homme donnât à la pâte du monde la forme de son logos. L’on commence à douter aujourd’hui de l’opportunité de telles métamorphoses. Dessous tant de découvertes, la nature geint et se tord. Ne parlons pas de la force nucléaire dont on a pu persuader les foules qu’elle faisait partie de la sécurité de l’État qui la possédait. Mais l’asphyxie progressive dont la civilisation industrielle menace tant de populations, l’avancée implacable de la technique qui cingle vers un avenir inconnu, indifférente au désarroi d’un monde qu’elle laboure si profondément, tout cela contribue à découronner la science d’un prestige qui a longtemps paru invulnérable» (22).
Des lignes que n’auraient pas reniées Jacques Ellul, du côté des inquiets du monde intellectuel protestant.
Apparaît ainsi un double paradoxe. Alors que dans ce schéma c’est de Ricœur, livresque et confiant, qu’elle paraît la plus éloignée, il n’a pas hésité à donner deux préfaces à ses ouvrages posthumes. On peut y lire un hommage du philosophe protestant à une façon de penser qui n’est pas la sienne mais donne à penser, où l’on reconnaît bien son éthique du débat. Autre paradoxe, alors qu’elle partage avec Ellul les inquiétudes sur la technique et l’évolution de la sexualité, il ne semble pas qu’il y ait eu de dialogue particulier entre eux. Dans tous les cas, cela montre la voix propre de France Quéré et justifie qu’on la redécouvre.
Stéphane Lavignotte est pasteur de l’ÉPUdF et ancien coordinateur à la Mission populaire évangélique. Il a publié récemment André Dumas, Habiter la vie (Labor et Fides, 2020), et L’écologie, champ de bataille théologique (Textuel, 2022).
Illustration: France Quéré lisant Réforme (photo famille Quéré).
(1) France Quéré, Si je n’ai pas la charité, Propos sur l’amour, Desclée de Brouwer, 1994.
(2) Henri Fesquet, La sexualité : lieu d’apprentissage de la liberté et de la grâce, Le Monde, 25 mai 1977.
(3) France Quéré, Dénuement de l’espérance, Seuil, 1972.
(4) André Dumas, Une fragilité exubérante, Le Monde, 29 septembre 1972.
(5) France Quéré, Le sel et le vent, Bayard, 1995 ; Conscience et
neurosciences, Bayard, 2001.
(6) France Quéré, Le miracle de l’amour, Le Monde, 20 juin 1978.
(7) France Quéré, Le nouveau mariage, Le Monde, 3 septembre 1982.
(8) France Quéré, Adorer l’adorable, Le Monde, 24 décembre 1983.
(9) Stéphane Lavignotte, André Dumas, Habiter la vie, Labor et Fides, 2020, p.79.
(10) Ellul rejette l’engagement qui met au service d’une cause ou d’une idéologie (l’idolâtrie d’un engagement) et lui préfère un engagement personnel, libre, responsable et à distance de son objet. Il n’est possible que si la personne a profité auparavant d’une libération personnelle – pour lui liée à la rencontre avec le Christ – à l’égard de soi-même et de ses tendances spontanées.
(11) Quéré, Dénuement de l’espérance, op.cit.
(12) Archives André Dumas à l’Institut protestant de théologie de Paris.
(13) Des personnalités protestantes critiquent la position de l’assemblée de La Rochelle, Le Monde, 19 décembre 1983.
(14) Cf. Lavignotte, André Dumas, op.cit.
(15) Jacques Ellul, Propagandes, Armand Colin, 1962.
(16) Paul Ricœur, Histoire et vérité, Seuil (Points), 2001 (1955). Par exemple Le paradoxe politique (pp.294-321) et Prévisions économiques et choix éthiques (pp.339-356).
(17) France Quéré, L’éthique et la vie, Seuil/Odile Jacob (Points), 1992 (1991), p.264.
(22) Quéré, Dénuement de l’espérance, op.cit., p.132.
