Le Président et le philosophe: «Résister à l’air du temps»
«Comment agir dans son époque sans s’y perdre ?» Loin de l’Esprit du temps tel que le voyait Hegel et de la distance critique qu’il souhaitait à son égard, nous sommes plongés dans un temps qui «produit une complexité croissante du réel tout en favorisant paradoxalement des formes de pensée de plus en plus simplifiées». En suivant Hegel, «résister à l’air du temps» (Macron le 31 décembre) serait «penser le présent sans le sacraliser» dans «un monde dominé par l’urgence et la réaction».
«Oui, au fond, je nous souhaite de résister à l’air du temps» (Emmanuel Macron) (1).
«Chaque époque est une figure de l’Esprit», aurait pu répondre Hegel (2).
Que l’on se rassure: je n’ai nulle envie de rejouer ici les Pécuchet tentant d’introduire son comparse Bouvard à la difficile philosophie d’Hegel. Mais il se trouve qu’en écoutant le président Macron conclure son discours rituel – et sans relief – des vœux, j’ai spontanément entendu «Esprit du temps» à la place de «l’air du temps». Sans faire immédiatement référence à Hegel, l’ayant partiellement lu il y a fort longtemps et partageant les réserves que Flaubert formulait – comme tant d’autres – à l’égard de la pensée systématique du philosophe. Prenant cependant ma confusion au sérieux, et après de nombreuses recherches et relectures, je dois me rendre à l’évidence, malgré le côté périlleux de la démarche: une interprétation hégélienne (3) de l’injonction présidentielle lui donnerait une profondeur conceptuelle qu’elle n’a peut-être pas, mais qu’elle invite à explorer. Sous les dehors rhétoriques de cette chute, on pourrait lire une conception exigeante du rapport du politique au présent historique. Car elle renvoie à une question centrale de la pensée politique moderne: comment agir dans son époque sans s’y perdre ? Comment être de son temps sans en devenir le simple relais démuni, parfois inconscient ? C’est à cette réflexion difficile que nous voudrions nous atteler ici, sans prétention, à nos risques et périls, en nous refusant toutefois à faire une critique politique systématique d’un président en fin de règne, critique que bien d’autres savent quotidiennement faire, à longueur d’éditoriaux, parfois avec pertinence. Nous nous permettrons seulement de rappeler que «résister à l’air du temps» est paradoxal d’un point de vue hégélien car cela reviendrait à vouloir se soustraire à la figure historique dont on est pourtant l’expression et le produit.
Air du temps et ère du temps
«Résister à l’air du temps», ce n’est pas seulement s’opposer à certaines opinions momentanément dominantes. C’est refuser la normalisation de ce qui est, refuser que l’époque impose ses évidences comme des fatalités. Et savoir s’y soustraire, quitte à paraître sortir de l’Histoire. C’est ce que semble dire le Président. Mais interprétée philosophiquement, si le principe structurant de cette interprétation est explicitement l’approche hégélienne de l’Esprit du temps, alors la formule présidentielle apparaît comme une invitation paradoxale. Non pas à sortir de l’Histoire, mais à ne pas se laisser absorber aveuglément par la figure actuelle de l’Esprit. Ainsi, au «résister à l’air du temps» s’opposerait un résister dans l’ère du temps. Certains commentateurs politiques ont inscrit cet appel à la résistance «à l’air du temps» dans le sillage d’un Camus ou d’un Marc Bloch. À la lumière d’Hegel, cette déclaration nous semble dépasser (sans la nier) l’exhortation morale à la modération ou à la lucidité pour prendre une signification autrement plus complexe. Elle appelle nettement une relation critique à l’esprit du temps (Zeitgeist), entendu comme la configuration historique de la rationalité elle-même. Il est nécessaire d’adopter une attitude critique vis-à-vis de notre époque, non seulement sur le plan des idées ou des valeurs, mais plus profondément sur la manière dont la raison elle-même est structurée et fonctionne à ce moment donné de l’histoire.
L’Esprit comme processus historique
Un très court détour théorique semble nécessaire. Il demeure bien difficile, sinon impossible, de donner une définition du concept d’Esprit chez Hegel (4). Pour essayer de le décrire, sinon simplement du moins en termes accessibles, nous emprunterons à Franck Fischbach son approche qui a le mérite d’être claire, sans réduction: «Esprit veut dire: ce que les humains font d’eux-mêmes quand ils se comprennent et se rendent plus libres» (5). Ce qui ici est en jeu est donc moins l’esprit subjectif que sa relation à l’esprit objectif, à savoir «une objectivation de l’esprit pensé comme volonté intelligente dans un cosmos éthico-juridico-politique», selon Laurent Giassi (6). L’esprit qui se réalise dans les institutions, le droit, la famille, la société civile, l’État. C’est alors que se dessine l’articulation avec l’esprit de l’époque, du monde, du temps. Par ses institutions, ses œuvres, ses révoltes et ses révolutions, c’est l’humanité qui, au fil des siècles, réalise et apprend ce qu’elle est. Dans ce dialogue imaginaire esquissé en exergue entre le politique de la fin du premier quart du 21e siècle et le philosophe du 19e siècle, l’un invite à se tenir à distance de «l’air du temps» quand l’autre pourrait lui répondre – ou objecter ironiquement – que l’époque est précisément une configuration de l’Esprit lui-même. Dès lors, «résister à l’air du temps» ne peut signifier s’opposer purement et simplement à «l’esprit du temps». Ou le remettre radicalement en question; ce que nous faisons parfois. Une telle posture serait abstraite, irréelle. Ne s’agit-il pas plutôt de refuser l’adhésion aveugle à la figure présente de la rationalité historique ? De maintenir une distance réflexive à l’égard de ce qui se donne comme évident ? Que serait alors résister dans ces perspectives ? Ce serait habiter le présent de manière consciente et critique. Quel présent ?
L’esprit du temps contemporain
Nous traversons des crises liées à ce que nous estimons être la désorientation de la rationalité. L’époque contemporaine se pense elle-même sous le signe de la crise permanente. Crise climatique, crise géopolitique, crise économique, crise sanitaire, crise du sens. Mais cette pluralité de crises relèverait-elle de la contingence ? Non. Elle constitue la forme historique spécifique sous laquelle l’esprit du temps se manifeste. Dans son Introduction à la pensée complexe, Edgar Morin parle de «polycrise»: un enchevêtrement de crises multiples, interdépendantes, qui excèdent les cadres classiques de l’intelligibilité. Si l’on adopte la perspective hégélienne, cette situation, paradoxalement, ne traduit pas l’absence de rationalité, mais une tension interne de la raison historique, c’est-à-dire une situation qui ne montrerait pas un déficit de rationalité, mais un conflit au sein même de la raison qui se développe dans l’Histoire. L’esprit du temps produit une complexité croissante du réel tout en favorisant paradoxalement des formes de pensée de plus en plus simplifiées. C’est le règne de la «doxa», phénomène que Bourdieu décrivait dans Ce que parler veut dire. Un «ensemble de présupposés que les agents sociaux acceptent sans les connaître». «Résister à l’air du temps» – compris comme esprit du temps – consisterait alors à refuser cette naturalisation de la complexité en fatalité, devenue parfois subjective, émotionnelle (7). Il s’agit dès lors de restaurer les médiations intellectuelles sans lesquelles la raison politique se dissout dans la réaction. Sans cadres intellectuels et institutionnels (universités, médias, revues d’idées favorisant le débat rationnel, syndicats, partis politiques, les intellectuels eux-mêmes), une société est mise dans l’incapacité de réfléchir sur elle-même, de délibérer collectivement pour orienter ses décisions selon l’intérêt général et non selon ses instincts ou ses passions. C’est cela la «raison politique». Elle se délite sous nos yeux, semaine après semaine, entraînant une politique de réaction (au sens propre) qui répond, mais ne pense plus, et qui se fonde sur des solutions hâtives, populistes ou idéologiques.
«Ce n’est pas seulement le monde qui va plus vite, dit Hartmut Rosa dans Accélération, c’est notre rapport au monde qui se transforme.» Accélération qui altère nos capacités de jugement et réduit comme peau de chagrin le temps de la réflexion et de la délibération. Or, pour Hegel, la rationalité historique suppose le temps de la maturation (8). Notre époque privilégie l’instantanéité, le ‘présentisme’ et rend impossible ce processus en négligeant sa dimension temporelle. Que serait alors une résistance à «l’air du temps» ? Ce serait d’abord comprendre que «l’histoire est l’esprit qui se détermine dans le temps» (9).
Gouverner dans et contre l’esprit du temps
Au-delà de notre pays qui s’affaiblit et de l’Europe silencieusement vassalisée, devant le spectacle du monde et la montée des néo-impérialismes contrevenant au droit international et à la liberté des peuples, on est en droit plus que jamais de s’interroger sur ce qu’est gouverner. Dans sa Philosophie du droit (1821), Hegel affirme: «L’État est la réalité effective de l’idée éthique». Cela signifie que l’État n’est pas seulement un simple appareil de gestion, mais la forme dans laquelle se réalise une vie commune rationnelle, c’est-à-dire une liberté éthique partagée. Rationalité de la vie morale, non individuelle, mais comme un ordre objectif fait d’institutions, de règles et de mœurs communes partagées. Cette réalité ne peut devenir «effective» que si «l’idée éthique» se réalise concrètement dans des institutions visibles. Loin d’être abstraite, elle est pour le philosophe réalité historique lorsque les individus se reconnaissent dans ces formes étatiques (10). Que serait-ce donc gouverner en résistant à l’air, ou l’esprit, du temps ? Ce serait ne pas suivre l’opinion, mais, contre cette préoccupante dérationalisation, incarner une rationalité historique qui dépasse les affects et les soubresauts du corps social (11). Or, dans les démocraties contemporaines, le pouvoir politique est soumis à une pression constante de l’instantanéité, sacrifiant les intérêts communs aux exigences catégorielles. Privilégiant le court terme, en gérant les opinions, aux horizons prometteurs du long terme. Bernard Manin, philosophe et théoricien du politique, montre comment la démocratie représentative se transforme progressivement en «démocratie du public» où la visibilité et la réaction priment sur la délibération (12). L’opinion publique devient centrale, non plus électorale mais quotidienne, exigeant des ajustements prudents, stratégiques et confus, fragilisant toute tentative de compromis durable. «Résister à l’air du temps» serait, pour un gouvernant, refuser cette confusion. Ce serait reconnaître et décider que la rationalité de l’État ne peut coïncider avec les émotions dominantes du moment.
Max Weber distinguait l’éthique de conviction (13) de l’éthique de responsabilité. Cette dernière anticipe les imperfections humaines et assume les conséquences imprévues. Il nous semble que cette distinction trouve un écho dans la pensée hégelienne. L’action rationnelle, historiquement effective, s’inscrit dans le paradigme du devenir collectif et non dans celui de la satisfaction immédiate des impulsions subjectives. Cette conception de rationalité historique s’apparente, selon nous, à la rationalité téléologique de Hegel. Elle subordonne, via «la ruse de la raison», la conviction subjective à la cohérence du processus historique, évitant l’idéalisme au profit de l’efficacité pensée et inscrite dans le devenir et le progrès collectifs. Gouverner en résistant à «l’air du temps», c’est assumer que l’enjeu et le poids historique d’une décision ne se mesurent pas à son effet immédiat, mais à sa capacité à s’inscrire durablement dans le temps. Dans et contre l’esprit du temps.
La numérisation du monde
Mais l’esprit du temps contemporain est indissociable de la numérisation du monde. Elle
reconfigure totalement les conditions de la formation de l’opinion publique et du jugement. Sous l’influence silencieuse et perverse des biais algorithmiques, elle fragmente l’espace public et affaiblit durablement toute possibilité de conscience collective, réduisant les expériences communes et compromettant toute délibération collective. Cette fragmentation qui isole et accentue la radicalisation des esprits, affaiblissant, voire en détruisant, toute possibilité de reconnaissance de l’autre. Cela rend de plus en plus difficile la tâche d’un gouvernant qui voudrait résister à l’air du temps en s’efforçant de défendre un espace public commun, où contredire ne serait pas détruire. Hegel plaçait la reconnaissance au cœur de la vie éthique. Une société ne tient que si ses membres sont capables de se reconnaître mutuellement au sein d’un monde social partagé. L’Esprit ne peut se réaliser que dans des formes universalisables. Or l’esprit du temps contemporain substitue à la reconnaissance une logique de confrontation permanente ! Serait-il encore temps de résister à cette dynamique en réaffirmant, comme nous l’avons déjà dit, la nécessité d’institutions, de langages, de médiations capables de produire du commun sans cependant nier la pluralité ?
Résister à l’esprit du temps: critique et réflexivité
Contrairement à des lectures hâtives ou superficielles (il est vrai qu’il est difficile à lire !) Hegel n’invite pas à se soumettre à l’esprit du temps. La tâche du philosophe, et des intellectuels, bien au contraire, est de permettre à une époque de se comprendre, de prendre conscience d’elle-même, grâce à une prise de distance critique. Distance vis-à-vis de l’esprit du temps. Conscience qui nous invite à ne pas absolutiser le présent, encore moins à le prendre pour la rationalité achevée, mais qui préserve l’ouverture à une autocritique historique. C’est cette tonalité quasi philosophique que j’ai cru percevoir (effet de l’excès de sens ricœurien ?) dans cette conclusion: «Oui, au fond, je nous souhaite de résister à l’air du temps». Effet de dialogue intérieur, sans rapport évident, direct, avec ce qui venait d’être dit, comme si le locuteur acquiesçait mezza voce à une pensée non formulée. Il semble que les commentateurs, toujours aux aguets des faiblesses et des contradictions, n’aient pas été intrigués, sinon sensibles, à cette tonalité presque méditative. Comme un mouvement bref vers l’essence, vers ce qui est enfoui sous les apparences. Peut-être est-ce là la cause de ma confusion entre «air du temps» et «esprit du temps» ? La phrase a comme une valeur de résolution, ou de vœu sincère, alors que le «nous» élargit la réflexion personnelle en une invitation collective. Comme une tension sémantique, «résister», qui implique un effort à partager, un combat à mener contre une force étrangère et contraire, contre ce qui s’imposerait sans qu’on y prenne garde. Lucidité face aux conformismes de la pensée ? Gravité discrète moins d’une proclamation que d’une confidence, celle d’un aveu de ce qui anime le sujet pensant. Des vœux qui, au fond, pourraient se résumer à cette seule phrase. Du moins la seule que j’ai retenue.
Le Président et le paradoxe de la résistance
À première vue, cette résistance à «l’air du temps» peut sembler anti-hégélienne, paradoxe que je soulignais en introduction, puisqu’elle suggère une opposition au mouvement historique lui-même. Même si elle renvoie à la question du rapport entre action politique et esprit d’une époque, elle semble de prime abord difficilement compatible avec la pensée du philosophe. Mais une autre lecture, que j’ai la faiblesse – et peut-être le tort – de proposer, permet de rapprocher cette formule d’une attitude profondément hégélienne, puisque le philosophe ne soutient pas que tout ce qui caractérise une époque est immédiatement rationnel et que tout devrait être accepté sans examen. Au contraire, le développement historique de l’Esprit s’opère par le travail de la contradiction. «Résister à l’air du temps», c’est aussi penser son temps pour être capable d’en discerner les tensions, les excès et ses formes d’irrationalité. Ainsi cette résistance n’est pas sortie hors l’histoire, mais la seule manière consciente d’y prendre part. L’État a précisément pour vocation de donner une forme rationnelle aux antagonismes sociaux et de contenir les dérives susceptibles de fragmenter la communauté. La formule présidentielle peut être interprétée comme l’expression de la persistance d’une volonté politique (bien affaiblie) visant à maintenir une orientation rationnelle face aux fluctuations d’un monde mouvant. Ou celle d’un remord de n’y être pas parvenu…
Dès lors, la référence implicite à Hegel (référence qui ne tient qu’à notre interprétation) peut apparaître double: si l’idée de résister à l’esprit du temps peut sembler anti-hégélienne lorsqu’elle se comprend comme un refus du devenir historique, elle devient profondément hégélienne dès lors qu’elle désigne l’effort de la raison pour comprendre, orienter et transformer le présent de l’intérieur même de son époque. Posture de surplomb réflexive, louable ambition, quoiqu’on en pense, mais qui se heurte aux conditions mêmes de l’esprit du temps contemporain: hyper communication, personnalisation du pouvoir, régime de l’immédiateté. L’exercice du pouvoir est aujourd’hui pris dans une logique d’exposition permanente qui rend difficile toute véritable distance.
Volontairement – et peut-être imprudemment – interprétée à la lumière de Hegel, l’injonction à «résister à l’air du temps» prend une signification exigeante. Il ne s’agit ni de refuser l’histoire ni de s’ériger en conscience hors-sol, mais de vivre son époque sans s’y dissoudre, de penser le présent sans le sacraliser.
Résister à l’esprit du temps, c’est préserver la possibilité d’une rationalité historique consciente d’elle-même. C’est maintenir ouverte la tension entre ce qui est et ce qui pourrait ou devrait être. Dans un monde dominé par l’urgence et la réaction, cette résistance devient une vertu politique majeure — peut-être la condition même pour que l’histoire demeure humaine.
Illustration: Emmanuel Macron lors des vœux télévisés le 31 décembre 2025.
(1) Vœux aux Français pour 2026, 31 décembre 2025.
(2) «Chaque époque est une figure de l’Esprit» aurait effectivement pu répondre Hegel. Car, après recherches, cette citation attribuée à Hegel, souvent mentionnée et prétendument extraite de sa Philosophie de l’Histoire, n’y apparaît pas exactement en ces termes. Nous la conservons cependant, car il est vrai qu’elle reflète parfaitement l’idée hégélienne que l’histoire universelle est le processus par lequel l’Esprit se réalise en prenant des formes successives, chaque époque incarnant une étape de cette conscience. Une version proche se trouve dans les Éléments de la philosophie du droit (1821): «Chacun est un fils de son temps et donc la philosophie est elle aussi une époque telle qu’elle est appréhendée dans la pensée de ce temps». Chaque période, chaque époque, est saisie comme une manifestation spirituelle. L’histoire n’est pas une simple succession de faits, mais le processus par lequel l’Esprit (la manière dont les hommes se rapportent à eux-mêmes, au monde et aux autres) se comprend progressivement.
(3) M’interrogeant sur ce «Je qui est un Nous, et un Nous qui est un Je», ce qu’Émile Benveniste analyse comme «un je dilaté» dans ses Problèmes de linguistique générale, je rencontre le «Ich, das Wir, und Wir, das Ich ist» de Hegel dans la Phénoménologie de l’Esprit (1806-1807): «Ce qui advient ultérieurement pour la conscience, c’est l’expérience de ce qu’est l’esprit, cette substance absolue qui, dans la liberté et subsistance par soi accomplie de l’opposition qu’elle contient, à savoir celle de diverses consciences de soi étant pour elles-mêmes, est leur unité: un Moi qui est un Nous, et un Nous qui est un Moi». Cité par Franck Fischbach, «L’agir de tous et de chacun»: l’autre mot de l’esprit, in Christophe Bouton et Emmanuel Renault (éd.), Lire la Phénoménologie de l’esprit de Hegel, ENS Éditions, 2022.
(4) Hegel ne donne pas, à notre connaissance, de définition de l’Esprit. C’est un concept qui se déploie dans toute son œuvre. C’est la réalité humaine qui devient consciente d’elle-même et libre à travers des formes de vie individuelles, sociales, politiques, culturelles. Voir note 2.
(5) Franck Fischbach, «L’agir de tous et de chacun», art.cit.
(6) Laurent Giassi, L’Esprit selon Hegel, Philopsis (Essais et recherches), 2010.
(7) «Ainsi, l’aspect corrosif de la pure subjectivité politique est la première limite de la souveraineté» (Jérôme Lèbre, Présence de l’État ou présence du peuple ? Volonté et théorie de la souveraineté dans les Principes de la philosophie du droit, in Jean-François Kervégan, Gilles Marmasse (éd.), Hegel penseur du droit, CNRS Éditions, 2004).
(8) Pour Hegel (Leçons sur la philosophie de l’histoire), la rationalité historique n’est pas un donné immédiat ou abstrait, mais un processus dialectique qui se déploie nécessairement dans le temps. Elle exige des phases de maturation des formes spirituelles (comme les États ou les cultures), d’institutionnalisation dans des réalités objectives (droit, mœurs), et de reconnaissance mutuelle entre sujets historiques.
(9) Duncan Forbes, Hegel et les historiens, traduction de Marc Bononi, Revue germanique internationale 15 (2001).
(10) Nous sommes ici largement redevable à l’article très critique de Pierre Gravel, Hegel et la construction de l’État, Contribution à sa destruction, Philosophiques 9/1 (avril 1982).
(11) Pour ne prendre qu’un exemple, les craintes d’une catégorie d’agriculteurs face au Mercosur sont tout à fait compréhensibles. Mais «dans le monde de Trump et de Poutine, les avantages géopolitiques comme géoéconomiques d’un tel accord, semblent bien excéder significativement les risques qu’il pourrait comporter» (Josep Borrell et Guillaume Duval, L’accord Union-Mercosur: un levier stratégique pour l’Europe, Le Grand Continent, 5 novembre 2025).
(12) Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, nouvelle édition, Flammarion (Champs Essais), 2025. La fragmentation de l’espace public, la recherche de visibilité (les confrontations spectaculaires dans l’enceinte de l’Assemblée nationale sous les objectifs des caméras) affaiblissent la capacité collective à élaborer des jugements informés et stables.
(13) «L’homme agit justement et laisse l’issue à Dieu» (Max Weber, Le métier et la vocation d’homme politique (Politik als Beruf), 1919, in Le savant et le politique, 10/18, 1963, Les classiques des sciences sociales). Lire: Max Weber: Conviction et responsabilité du politique «authentique», Fondapol, 22 janvier 2011.
